Azmi Süslü

Keywords: Ottomano, Français, Rapports, Diplomatiques, 1798-1807

Nous allons étudier dans l’étude présente les relations turco-françaises jusqu’en 1798, la question d’Egypte-et ses conséquences, la politique de Napoléon ier vis à vis de l’Empire ottoman, sa reconnaissance comme Empereur, les manoeuvres diplomatiques françaises pour attirer l’Empire ottoman dans le sens de la politique française et d’en faire un allié contre la Russie, l’action et la réaction de l’Empire ottoman contre les deux puissances et ainsi le vrai visage de Napoléon Ier, contradiction entre ses paroles et ses actions.

1- RELATIONS TURCO-FRANÇAISES

A-Histoire des relations avant iyg8

Les relations diplomatiques, commerciales et religieuses entre Ottomans et Français, entamées dans la première moitié du XVIe siècle, furent en général bonnes, avec toutefois certaines crises en 1 798, date de la conquête de l'Egypte par les Français.

Après la défaite de Pavie (24 février 1525), François Ier recherchait l’appui militaire de l’Empire ottoman pour sauver son royaume et préserver l’ancien équilibre européen. Par cet événement qui marque le point de départ de l’entente entre les deux Etats, l’Empire ottoman accorda aux Français en Egypte certaines facilités commerciales, qui se concrétisèrent en 1569, 1581 et 1597, qui offrirent dans tout l’Empire aux commerçants français des avantages particuliers, liberté du négoce, exemptions d’impôts, sauvegarde de leurs biens en cas de décès et celles de 1604 leur accordèrent le droit de pavillon, le droit de protection des Chrétiens et de Lieux Saints.

Dans la deuxième moitié du XVIe et au cours du XVIIe siècle, l’Angleterre et la Hollande virent d’un mauvais oeil la supériorietè de la France en Orient. Les Anglais obtinrent, par les Capitulations de 1597, le droit de pavillon et en 1581, la Compagnie de Turquie, base du développement du commerce anglais en Orient, fut fondée. Les Hollandais, obtenant en 1612 les Capitulations, remportèrent aussitôt de grands succès commerciaux grâce à leur organisation centralisée. Tandis que le commerce français se détériorait par suite de nouvelles difficultés, les guerres de religion leur firent néglier les questions extérieures et les crises survinrent entre la porte et la France. En effet, durant la guerre de Candie (1645-1669), la France avait envoyé des vaissaux pour soutenir les Vénitiens ( 1647) contre les Ottomans, et Mazarin, défavorable à l’entente turco-française, poussa le Pape Alexandre VII à l’idée de la guerre sainte et envoya du renfort pour dégager Candie assiégée par les Turcs[1]. La France fournit aussitôt un contingent militaire aux nations occidentales défendant Vienne contre l'offensive ottomane (1662-1664). Tout ceci, ainsi que l’expédition de Djidelli contre les Barbaresques ( 1664), excitèrent la colère du sultan. Fous ces événements allaient entrainer comme conséquence le premier refroidissement entre l’Empire ottoman et la France, et cette dernière ne sera représentée à Constantinople par aucun ambassadeur pendant cinq ans.

La politique de Louis XIV était en effet hésitante et manquait de continuité vis à vis de la Porte. Bien que le projet de conquête d’Egypte, présenté par un penseur allemand, Leibnitz, en 1672, qui consistait à la conquête des territoires ottomans par les Allemands et les Français, n’ait pas approuvé par lui, il marquait pourtant dans l’opinion française la première idée de conquête d’Egypte. En effet. Saint Priest, ambassadeur français à Constantinople, proposait dans le rapport qu’il présentait à son gouvernement le projet de conquête de l’Egypte et certains arguments s’y attachant (1777); le Baron de Tott, au retour de son voyage en Egypte, raconta dans son rapport les moyens à utiliser pour la conquête de celle-ci. Cette idée ne donnera de résultats concrets que du temps de Bonaparte, comme nous le verrons.

La Ligue d'Augsbourg, formée en 1686 contre la France, fit revenir l'entente entre la Porte et la France et Louis XIV tenta de diriger une politique commune. Ce qui entraîna un renouveau du commerce français, prêt désormais à concurrencer le commerce anglais.

Durant la guerre de succession d'Espagne, l’Empire ottoman soutint la France d’une façon passive, mais utile en facilitant l’insurrection en Hongrie (1703-1705), en accordant des secours en vivres et munitions à Rakoczy, des subsides à Charles XII de Suède et en autorisant la sortie du blé au profit de la France affamée. Un tel soutien empêcha la Maison d’Autriche de concentrer toutes ses armées contre la France. Après la guerre de succession

1   Apprenant le contenu d'une correspondance secrète entre les Vénitiens et jean de la Haye-\ antelet, ambassadeur français à Constantinople, et la participation française au secours des Vénitiens, Mehmed Kôprülü,er ministre ottoman, lit jeter l'ambassadeur français en prison (1659 l660), qui fut par la suite renvoyé en France: DU PARC Pierre, Recueil des instructions données aux Ambassadeurs et Ministres de France en Turquie..., Paris, 1969, Instructions de Venise, II à V. Chéruel et Instruction, I à II, Darrieau.
d’Espagne, l’Empire ottoman devint pendant quelque temps le gardien de la Pologne, dont la diplomatie française, grâce à la mission du comte Des Alleurs, favorisa la politique. La Porte envoya en 1720 un ambassadeur à Paris pour confirmer la protection de la France sur les Lieux Saints.

En 1740, la France obtint le renouvellement des Capitulations, plus détaillées que les précédentes, et donna aux marchands français le droit de naviguer dans la mer Noire, grâce à ses efforts diplomatiques fournis durant les négociations entre Ottomans et Autrichiens et à la paix de Belgrade par laquelle les frontières turco-autrichiennes, fixées à la Save, resteront inchangées jusqu’en 1914. Cependant, les traités de Versailles (Ier mai 1 756 et Ier mai 1757) conclus entre la France et l’Autriche ne manquèrent pas de faire des sensations à Constantinople et une grave tension en résulta lorsque la Tsarine Elisabeth y adhéra (Il janvier 1757). Cette crise fut surmontée avant la fin de la guerre de Sept-ans.

A partir de 1768, l’Empire ottoman et la France s’entendirent pour affaiblir la Russie, devenue menaçante dans l’est de l'Europe. L!n projet de traité franco-turc fut élaboré en 1 770, puis rejeté par Louis XV. Désormais, les agents de la France, comme le Baron de Tott, essayeront de réorganiser l’armée turque, d’où le développement du commerce français dans le Levant, qui est dû aussi au détournement de l’attention des Anglais et des Hollandais à l’Inde, à l’Amérique et à l’Extrême-Orient.

Profitant de la décadence de l’Empire ottoman, et du perfectionnement de leurs techniques, les Occidentaux cherchèrent à la fin du XVII Ie siècle de nouvelles voies pour leur commerce. Ainsi la Méditerranée et la mer Rouge gagnèrent de l’importance et le libre passage par les détroits des navires de commerce et la navigation dans la mer Noire furent une autre préoccupation des Occidentaux. Devant cette poussée économique de l’Europe et ses défaites militaires, l’Empire ottoman essaya de réorganiser son armée en faisant appel à des officiers français à la fin du XVIIIe siècle [1].

1 Bonaparte lui-même voulut partir en 1795 pour Constantinople avec des officiers afin d'enter au service de la Porte en vue de réformer l’artillerie turque au moment où la Russie et l'Autriche essayaient de consolider les liens d’amitié, disait-il, et qu'il rendrait un grand service à la France en réorganisant l'armée ottomane. Mais sa demande fut rejetée et il fut envoyé pour le commcndement de l’armée d'Italie: Vahid Paya (seyyid Mchmed Enfin Vahid Efendi ou Paya), Vahid Paya’nm Fransa Scfaretnamesi (manuscrit dont avait fait cadeau l'auteur lui- mêmeà la bibliothèque qui porte son nom: Vahid Paya Kütuphanesi, El Yazmalan, nu. 830), p. 57; KARAI. Enver Ziya, Fransa, Misir ve Osmanli Imparatorlugu (1797-1802), Istanbul, 1938, pp 35-36, et BRL'N'AU André, Tradition et la politquc de la France au Levant, Paris, '932, p. 90.
Cependant, une crise grave allait suspendre pendant plusieurs années toutes les relations diplomatiques, économiques et militaires entre l’Empire ottoman et la France, c’est celle qui naquit de l’expédition d’Egypte.

B- Occupation de l’Egypte ottoman et ses conséquences-pôlitique de Bonaparte

Ayant remporté la victoire des Alpes à l’Adriatique en 1797, conquit la même année Corfou, Zante et Kefelonya, Bonaparte songeait à donner un coup décisif à l’ennemi anglais, à faire de la Mediterranée un lac français et surtout à remporter des victoires. II écrivit au Directoire une lettre, afin de déblayer le terrin en août 1797, dans laquelle il précisait que l’Empire ottoman s’écroulait tous les jours davantage et que par conséquent, avec la conquête des îles Ioniennes, la France pourrait prendre sa part du partage de l’Empire ottoman et qu’elle comprendrait bientôt la nécessité de la conquête de l’Egypte afin d’écraser l’Angleterre[1 ]Bientôt il s’ennuya à Paris et dit à Talleyrand: “je ne veux pas rester ici, il n’y a rien à faire. Ils (les Directeurs) ne veulent entendre à rien. Je vois que si je reste, je suis coulé dans peu... Tout s’use ici. je n’ai déjà plus de gloire!’’ Il se concerta avec Tallayrand, qui tomba d'accord pour une expédition en Egypte[2] et ajouta: “Cette petite Europe n’en fournit pas assez... Il faut aller en Orient!... Toutes les grandes gloires viennent de là[3]!...

Après un séjour de trois semaines au bord de la Manche, Bonaparte conclut qu’il était impossible de vaincre les Anglais ni par un débarquement en Angleterre, ni sur les mers; qu’il fallait donc la frapper dans ses colonies. En conséquence, il fallait commencer par l'occupation de l’Egypte et, avec une partie de l’armée qui serait renforcée par les forces de Tippo-Saïb en

1   TESTA le Baron de, Revueil des traités de la Porte ottomane avec les les puissances étrangérens, Paris, 1865, t. 1, p. 516.
2 II est intéressant de passer en revue le rapport officiel de Talleyrand, remis au Directoire, dans lequel il précise notamment que, si les suppositions des gens connaissant la situation le l’Empire ottoman se révéle vraies, il faut que la République française prenne les mesures nécessaires afin qu’elle puisse choisir ce qui est intéressant de la ruine de l’Empire ottoman, en premier lieu, l'Egypte, les îles de Crète et Limni (Lcmnos); que l’Egypte cl l'Inde, que la nature lui offre comme voisines, fourniront à la France non seulement des profits commerciaux incalculables, mais qu’elles peuvent remplacer ses colonies de l’Inde ouest; que les îles de Crète et de Limni la rendront maîtresse de la mer des îles et des Dardanelles; que cela ne serait possible que par la conquête de Malte; que l’Egypte était déjà une province de la République de Rome; qu’elle doit être en conséquence une province de la République de France; que les Romains avaient conquis l’Egypte des rois célébrés en sciences et en arts et que les Français la sauveront de l’emprise des barbars (des Turcs) dont on n’a pas vu l’exemple jusqu’à présent... I.ACOL'R- GAYET G., Talleyrand, Paris, 1928, pp. 306, 308; K ARAL Envcr Ziya, op. cit., pp. 37-38.
3 SAVANT jean, Napoléon, Paris 1974, p. 79.
Inde, vaincues par les Anglais, mais qui brûlait de l’envie de vengence, on pourrait chasser les Anglais de l’Inde [1]. C’était en effet ce que voulait le Directoire, vaincre les Anglais à tout prix. Cependant, on se demandait comment expliquer la question à l’Empire ottoman qui pourrait s’élever contre la France, entraînant avec lui l’Angleterre, la Russie et l’Autriche. Talleyrand et Bonaparte répondirent alors que cette expédition visait les Bey, insoumis au Sultan, favorables aux Anglais et, en combattant les Mamelouks, à rendre l’Egypte à son maître, le Sultan [2]. Ni cette réponse, ni la formule de chasser les Anglais de l'Inde en concert avec les forces de Tippo-Saïb ne furent des raisons convaincantes, Car, bien que l’Empire ottoman eût négligé l'Egypte à la fin du XVIIIe siècle, en portant naturellement son attention sur les provinces de Roumélie pour plusieurs raisons, dont notamment la population non-Musulmane, les ambitions russo-autrichiennes, les insurrections, il était en droit de la défendre comme son bien. D’autant plus que l’occupation de l’une de ses provinces par un Etat, qu’il considérait jusqu’alors comme un ami, était une atteinte évidente à son indépendance. Quant au fait de chasser les Anglais de l’Inde n’était que du rêve[3], parce qu’une armée de 35 ou 40.000 hommes n’était même pas suffisante pour maintenir l’ordre en Egypte. Mais l’ambition faisait dire à Bonaparte “Il me faut des batailles et des triomphes” [4], le poussait à faire à tout prix cette expéditon. Il fit bientit accepter cette idée à Barras qui usa de son influence auprès de Reubell. Le Directoire céda alors (1-2 mars 1798) et désigna Bonaparte pour le commendement, celui-ci promettant d'envoyer
1    PRENTOL'T Henri, Histoire d'Anglctrre depuis les origincsjusqu’cn 1919, Paris, 1935, P. 2'4
2 DRIAULT Edouard, La politique orientale de Napoléon, Sébastian! et Gardene, 1806¬1808, Paris, 1904, p. 23.
3 Bonaparte se défendra plus tard en invocant le même prétexte: “Et toi, lumière des croyants, n’es-tu pas aussi mon ani? je te croix assez de grandeur d’âme pour ne pas me reprocher, au sein de l'infortune, l’expédition d’Egypte, bien que l'on ait pu te dire que ce fût moi qui en donnai le plan au Directoire, tu as trod de sagacité pour ne pas savoir que lorsque je m'emparai de tes provinces, ce n’était point à toi que j’en voulais. On dit communément que tous les moyens sont bons pour arriver au but que l’on s'est proposé; or, mon but était de contraindre le fier dominateur des mers à me céder au moins la moitié de cet empire. Ce fut pour atteindre ce but que je mis la couronne d’Espagne sur la tète de mon frère, et que j'cntrpris la guerre désastreuse de Russie,,,”: Lettre de Napoléon Bounapartc au Grand-Turc, datée de lîle de L'Elbe : 1814), signée COLAU Pierre. Paris, pp. 3-4, Bibliothèque Nationale de Paris, département central.
4 SAVANT jean, op. cil., p. 78 et TULARD jean. Napoléon ou le Mythe du sauveur, Paris, 1977, p. 95.
un premier accompte de 30 millions (18 milliards anciens) sur le premier butin fait... En fait, c’est dix fois cela que sa campagne coûta à la France. Il fit également serment à ses soldats qu’après le retour, chacun aurait de que devenir propriétaire d'une maison et que le butin serait bien plus considérable que celui fait en Italie[1] .

Gardant le secret sur l’expédition, Bonaparte conquit Malte et débarqua sur le sol égyptien le premier juillet 1798. Il remporta la bataille des Pyramides (21 juillet) et entra au Caire. Mais la flotte française, dont le directoire avait ordonné le retour après le débarquement du corps expéditionnaire en Egypte, fut contrainte de rester dans la rade d’Aboukir, surprise par la flotte anglaise de l’Amiral Nelson et succomba le Ier août 1798.

Surpris par le débarquement inattendu, Selim III essaya de gagner du temps pour réorganiser sa défense et profita de l’inimitié anglaise et de l’inquiétude russe pour chasser les Français. II ordonna aux Bey des ports de la Méditerranée d’aider la flotte anglaise et à ceux des forteresses d’Anatolie à se préparer[2]. Il déclara officiellement la guerre à la France le 9 septembre; Ruffin, chargée d’affaires de France, fut enfermé à la prison des Sept-Tour (12 septembre). Tepedelenli Ali Pa§a reprit Preveze et Parge de l’emprise française et la flotte ottomane, aidée par les Russes, s’empara des îles Ioniennes qui avait été cédées à la France en 1797. L’Empire ottoman signa des traités avec la Russie le 31 décembre 1798 et avec l’Angleterre le 1er janvier 1799.

Coupé dans ses relations avec la France en raison de la destruction de sa flotte, Bonaparte essaya de gagner la sympathie des populations en prétendant de les libérer, en faisant psalmodier du Coran et en déclarant sa foi en Islam [3]. Il passa ensuite en Syrie, s’empara d’El-Ariç, de Gaza et de Jaffa où il fit procédor à un massacre de la population en en faisant fusiller cinq ou six par jour “pour l’exemple”[4]. Il mit ensuite le siège devant Akka (Saint-jean d’Acre) le 24 mars 1799 et malgré un succès au mont Thabor, il essuya un échec total devant Cezzar Ahmet Paça, commendant en chef de la

1    SAVANT jean, ibid., pp. 82, 85.
2 Voir les firmans envoyés aux Bey à propos de l'attaque française en Egypte, Archives de la Présidence du Conseil (Ba^bakanbk Arçivleri), Istanbul, Cevdet Tasnifi, Hariciye Vcsikalan, 1798, nu. 241, 245.
3 AHMED RA§ÎD- Tarihi-i Ostnanî, Constantinople, 1327, t. II, p. 396.
4 Lorsqu'on lui en parlera longtemps plus tard, il en conviendra sans la moindre gêne: “C'est vrai, j'en fit fusiller à peu prés deux mille...”: SAVANT jean, op. cit., pp. 87-91; TUI.ARD jean, op. cit., p. 98.
forteresse d'Akka, à la suite de quoi, il dut lever le siège (21 mai)[ 1]et retourna en Egypte. Après cet échec, l’armée, démoralisée, commança à se plaindre. Bonaparte déserta son poste et, en laissant par écrit le commendement à Kléber (août), s’embarqua pour la France. Lorsque Kléber aura demandé à son tour à rentrer en France, Bonaparte ne prendra pas la chose du bon côté et vingt ans après dira encore: “Kléber s’est déshonoré en voulant quitter l’Egypte’’ [2].

A la suite de la défaite ottomane à Aboukir (25 juillet 1799), Selim III envoya une armée de 80.000 hommes sous le commendement de Yusuf Pa§a qui reprit El-Ari§ et proposa à Kléber l’évacuation de l’Egypte. Ils signèrent la convention d’évacuation le 24 janvier 1800, mais celle-ci fut aussitôt rompue devant l’insistance des Anglais qui ne voulaient pas que les Français partent ainsi en liberté. Subissant une autre défaite à Héliopolis (20 mars) devant Kléber, l’armée ottomane fut renforcée et ensuite victorieuse de l’armée française le 9 mai 1801 qui devra évacuer l’Egypte dans les cinquante jours au plus tard selon la nouvelle convention signée le 27 juin 1801.

En vertu du traité signé entre la Porte et la Russie (21 mars 1800), Parga et Preveze furent restituées à la Porte et on rétablit la République Septe-Ils sous le protectorat ottomano-russe. Mais comme cette République n’avait pas été reconnue ni par la France, ni par l’Angleterre et que la Porte n’avait pas été invitée à participer aux préliminaires du traité d’Amiens, Selim III demanda la médiation du roi de Prusse auprès de la France, et une convention, stipulant l’intégrité de l’Empire ottoman et la reconnaissance de la République des Sept-Ils, fut signée en octobre 1801. Ces stipulations furent ratifiées au traité de paix d’Amiens le 27 mars 1802.

Sur la demande de Bonaparte à Selim III, l’Empire ottoman et la France signèrent à Paris un traité le 25 juin 1802 qui mit fin aux hostilités entre les deux puissances et qui remit les Capitulations en vigueur[3].

1     Ne voulant pas se charger du transport de ses soldats blessés, Bonaparte les fit empoisonner par le professeur Desgenettcs, médecin de l'armée de l’Egypte: AHMED RA§lD, op. cit., p. 397; SAVANT jean, op. cil., pp. 91, 129.
2 VAHÎD Paça.op. cit, p. 58; SAVANTjean, op. cit., p. 91 et GROUSSET Pascal, Le coup d'Etat de Broumaire en VIII, Paris, 1869, résume ainsi la fuite de Bonaparte: “C’est ainsi que Bonaparte abandona froidement, dés qu’il vit la partie perdue, cette armée qu’il avait conduite en Egypte pour la seule satisfaction d’un caprice insensé. Semblable à un banqueroutier, il fuyait pour se soustraire aux conséquences de sa folie et devancer en France la nouvelle de nos désastres. L’indignation et la stupeur furent universelles dans l'armée...”
3 NORADOUNGHIAN Gabriel Efendi. Recueil d'actes internationaux de l’Empirc ottoman, Paris et Leipzig, 1897-1903, t. Il, pp. 47-89; TESTA le Baron de, op. cit., pp. 146-148.
Dès lors, la politique d'amitié se maintiendra sans interruption, malgré les tentatives de la Russie et de l’Angleterre, entre la Porte et la France.

Après l’évacuation de l’Egypte par les Français, l’Angleterre ne retira pas ses forces militaires postées à Alexandrie cl, essayant de protéger les Mamelouks, elle commença à s'immiscer dans les affaires intérieures du pays.

C’est pour celte raison que Selim 111 imposera les séjours de son premier ministre et de son ministre de la guerre en Egypte pendant deux ans. L'Angleterre causera tant d’embarras en Egypte durant cette période, que l’évacuation sera enfin décidée le g janvier 1803 par une convention signé à Constantinople.

Les conséquences de cette campagne furent importantes à tous les points de vue aussi bien pour la France et l’Empire ottoman que l'Angleterre et la Russie, qui n'hésitera pas de s’entendre avec la France en vue d’élaborer le partage de l’Empire ottoman, au temps de Paul Ier, comme durant les traités de Tilsitt et d’Erfurt. sous le règne d’Alexandre ter.

IL EVENEMENTS DES ANNEES 1803-1805

Après son aventure coûteuse en Egypte, Bonaprte essaya de se rapprocher de l’Empire ottoman et envoya le général Sébastiani à Constantinople (1801-1802) [1] pour s’y créer un climat favorable et entraver les ambitions russes sur la Porte ottomane. A partir de 1804, il s'appliquera fermement à renforcer son influence auprès de Selim III[2].

Occupé par les réformes qu’il a entreprises dès son avènement, principalement par la réorganisation de l’armée qui s’est montrée assez faible lors de l'occupation de l'Egypte, inquiet des mouvements nationalistes, soutenus le plus souvent par la Russie, l’Autriche, l'Angleterre et parfois par la France, qui agitaient les provinces, préoccupé par l’insurrection de certains Bey et par le mécontentement du peuple, qui voyait l’influence étrangère d’un mauvais oeil et qui se plaignait de la mauvaise disposition de l'administration, et enfin par le soulèvement wahhabite menaçant les Villes saintes et le pèlerinage. Selim III adopta durant ces périodes une politique neutre vis-à-vis de tout le monde et en fit la déclaration officielle à la France et à l’Angleterre à l'occasion de la guerre survenue entre ces deux puissances

1    Sa première ambassade. Nous verrons sa deuxième, plus importante que la première, dans les pages suivantes.
2 Lettres èehengees entre Bonaparte et Selim III et entre leurs chargés d'affaires: TESTA le Baron de, op. cil.. 68, 254-256, 341-342, 350, 269.
(20 septembre 1803) [1].Bonaparte, en effet, repris à cette époque son projet d'invasion de l’Angleterre et s’y préparait sérieusement [2].

Un événement inattendu se produisit le 3 mars 1804, quand Bonaparte se déclara “empereur”. L'Angleterre et la Russie ne reconnurent pas ce titre et prônèrent l’invincible puissance de la troisième coalition, c’est à dire, toute l’Europe (car, la Prusse, disaient-ils, allait aussi se joindre aux alliés), soulevée contre l’usurpateur corse, prête à venger les souverains depuis longtemps insultés. Elles s’efforcèrent aussi par leurs ambassadeurs à Constantinople, Sir Straton et Monsieur Italinski, d’obtenir l’allience turque comme en 179g.

Comme la Russie soulevait contre l’Empire ottoman les Serbes, dont le chef Kara Yorgi (Kara Georges) avait juré de ne laisser les armes qu’après l’indépendance de la Serbie, qu’elle poussait les peuples chrétiens de la Méditerranée et des Iles à l’insurrection, qu’elle montait des opérations en Géorgie et que l’ancien traité turco-russe venait à expiration, l’Empire ottoman, sur l’insistance de la Russie et de l’Angleterre, se vit obligé de signer le 24 septembre 1805 un traité d'alliance défensive avec la Russie, valable pour neuf ans, et même un traité d’alliance défensive secret [3].

Le nouveau titre inquiétait Selim III, qui craignait que l'ambition impériale ne se portât bientôt sur l’Orient, plus redoutable encore qu'en 1798 et pensait à l’éventualité d'une intervention russo-anglaise, car, en reconnaissant un tel titre, l’Empire ottoman manquerait, disaient les ambassadeurs russe et anglais, aux traités qu’il avait signés avec elles.

Le général Péron, ambassadour français à Constantinople, fut chargé de faire accepter le nouveau titre à la Porte et, devant l'attitude hésitante de celle-ci, menaçait de repartir dans son pays au cas où Selim III ne le reconnaîtrait pas. La Porte lui précisa alors par écrit qu'elle ne manquerait pas de le reconnaître dans un avenir proche. Une fois appris la victoire

1    NORADOL’NGHIAN Gabriel Elendi, op. vit., t. II, pp. <>9-70.
2 AHMF.T GFA DET Pa5a, Tarih-i Ccvdet Tertib-i Ccdit, Dersaadet, 1309, t. VIII. pp.
3 NORADOl ’NGHIAN Gabriel Elendi. op. cit.. I. II. pp. 70-74 cl AHMF.T CFA DET Paça, op. cit-t. VIII, pp. 31-32. Citant les mauvaises dispositions de la France. Ahmel Ccvdet Pa$a dit, pp. 32-33, que les représentants russes auraient pris comme argument pour convaincre la Porte à signer ce traité, une conversation de Bonaparte:** Ce nom amiral anglais, Nelson) m'a empêché de prendre Saint-jean d’Acrc Akka). de venir à Paris par la voie de Constantinople. Cependant, moi, je peux venir à Constantinople par la voie de Paris", dont nous n'avons trouvé aucune trace dans les Correspondances de Napoléon 1er. publiées par ordre de Napoléon III, Paris, 1858-1869, 28 volumes + 4 volumes.
française d’Austerlitz, puis le traité de Presbourg, la Russie étant vaincue, la Prusse contenue, l’Autriche écrasée et la France devenue maîtresse de la Vénétie, de l’Istrie, de la Dalmatie et du royaume de Naples, donc toute voisine de la Péninsule des Balkans, Selim III reconnut officiellement, le 5 juin 1806, Napoléon Ier comme empereur en envoyant un ambassadeur extraordinaire, Muhib Efendi, qui sera solennellement reçu. Dès lors, la Porte et la France entretiendront des relations plus étroites, que nous étudierons dans les chapitres précédentes.

III. EVENEMENTS DES ANNEES 1806-1807

A-Situation de l’Empire ottoman

L’Empire ottoman comprenait en 1806 l’Asie Mineure jusqu’au mont Ararat avec la côte orientale de la mer Noire jusqu’au Caucase et l’entrée de la mer d’Azov, la Syrie, la Mésopotamie jusqu’au golfe Persique, où ses relations avec la Perse étaient toujours troublées; L’Arabie et les Villes saintes, la Mecque et Médine, bien que les tribus nomades du désert ne fussent guère docile; en Afrique, l’Algérie, la Tunisie, la Tripolitaine et l’Egypte, où, cassé la domination mamelouke, Mehmet Ali Pa§a avait rétabli l’autorité de la Porte; en Europe, toute la péninsule des Balkans, y compris la Grèce et la Crète; ses limites au nord étaient marquées par la Save, les Portes de fer, les Alpes de Transylvanie et la chaîne des Carpates, puis par le cours du Dniestr jusqu’à la mer Noire. La République de Raguse était sous le protectorat de la Porte; les Iles Ioniennes étaient soumises à la double suzeraineté de la Porte et de la Russie. Un empire immence donc, l’un des plus vastes empires du monde, capable de jouer un rôle considérable dans les affaires politiques de l’Europe et d’exciter toutes les convoitises.

Comme il se trouvait en pleine décandence, il avait attiré sur lui l’attention de toutes les grandes puissances, France, Angleterre, Russie, Autriche, mais l’une d’elles, la France, lui apparaissait comme un espoir pour le faire sortir de sa situation chancelante. En effet, après avoir conquis l’Italie, l’Allemagne, vaincu trois fois l’Autriche, supprimé momentanément la Prusse, Napoléon se trouvait en face de la Russie. Victorieux à Austerlitz (2 décembre 1805), l’année suivante à léna, il progressait encore en pénétrant sur le terrain des intérêts propres et des dominations traditionnelles de la Russie. Il fit appel à Selim III, lui montrant l’occasion propice pour s’insurger, dit-il, contre l’ennemi éternel de l’Islam[1].

Les années 1806 et 1807 furent également chargées en événements intérieurs. Selim III avait à faire face non seulement aux insurrections

1   Correspondance de Napoléon 1er, datée du 1er décembre 1806, nu. 12138.
survenues dans les Balkans et en Arabie, à l’organisation de l’administration, au mécontentement de la population face à elle, mais surtout à la réorganisation de l’armée, avec son nouveau système, le Nizam-i Cedit, en Roumélie, qui entraînait la colère des Janissaires et aussi le mécontentement de certains ministres et d’Uléa.

B- Action diplomatique de Sébastiani à Constantinople

A la suite des pressions russo-anglaises, exercées sur l’Empire ottoman après la reconnaissance du nouveau titre de Napoléon, de l’envoi de l’ambassadeur extraordinaire, Muhib Efendi, à Paris, de la victoire française d’L'lm, d’Austerlitz et aussi, il faut bien le préciser, des efforts diplomatiques de Napoléon lui-même, la politique ottomane fléchit vers un rapprochement avec la France. Alors Napoléon mit tout en oeuvre afin de forcer la Porte à se prononcer franchement en faveur de la France: Lctteres autographes à Selim III, réponses de ce dernier, lettres de Talleyrand au grand vizir, mais surtout venvoi à Constantinople du général Sébastiani (10 juillet 1806), spécialement choisi pour poursuivre l’exécution de la politique napoléonienne.

Arrivant le g août 1806 à Constantinople, muni des cadeaux importants, dont le portrait de Napoléon, Sébastiani fut l'objet d’une grande réception[ 1] et reçu des cadeaux exceptionnels, notamment une maison de campagne sur le Bosphore pour y faire soigner sa jeune femme malade. Ses instructions, dictées par Napoléon lui-méme et revues par Talleyrand pour leur donner une forme diplomatique, avaient une importance particulière:

  1. Insprirer la confiance et la sécurité à la Porte; la France ne veut que la fortifier.
  2. Triple alliance de Moi, Porte et Perse contre la Russie.
  3. Pas d’arrogance, de l’amitié. Tâcher que la Porte communique à l’ambassadeur les demandes de la Russie et de l’Angleterre.
  4. Je ne soutiendrai nulle part des rebelles.
  5. Que la liaison avec la Porte apparaisse nettement à la Russie, à l’Angleterre, à toute l’Europe.
  6. Jeter de la défaveur sur la Russie; aucune intimité avec sa légation.
  7. Fermer le Bosphore aux Russes, fermer tous les ports, rendre à la Porte son empire absolu sur la Moldavie et la Valachie.
  8. Je ne veux point partager l’Empire de Constantinople; voulût-on m’en offrir les trois quarts, je n’en veux point. Je veux raffermir et consolider
    1    Pour la réception cérénonicuse de l'ambassadeur français voir les .Archives de la Présidence du Conseil, Istanbul, Cevdet Tasnifi, Hariciye Vcsikalan, 1806, nu. 358.
    ce grand empire et m’en servir tel quel comme opposition à la Russie[1] .

Ce qu'il faut remarquer dans ces instructions, c’est que, ne désirant plus partager l’Empire ottoman comme auparavant, Napoléon voulait le conserver, le prendre sous sa protection, l’absorber peu à peu dans son Empire, “s’en servir” pour y développer son influence politique et maintenir à la France la suprématie commerciale que lui assurait les anciennes Capitulations. Ainsi voulait-il frapper un double coup à l’Angletrre et à la Russie?

Les instructions de Sébastian! auraient perdu toute leur signification si le traité d’Oubril (signé à Paris le 20 juillet 1806 entre la France et la Russie, stipulant l’abandon de Cattaro à la France, la reconnaissance de l’indépendance des Sept-Iles, l’indépendance de Raguse sous la garantie de la Porte et la garantie de l'intégrité de l’Empire ottoman par la France et la Russie) [2] avait été ratifié par le Tsar. Talleyrand en informa Sébastiani le 10 septembre: “La Russie ne veut pas garantir l'indépandancc de la Porte, ni celle de Raguse, ni abandonner les Monténégrins. Elle ne veut pas que l’Empire ottoman soit consolidé; elle voudrait y entretenir toujours des désordres et saisir la première occasion d’attaquer le pays affaibli par scs diversions. Il faut donc agir énergiquement, fermer le Bosphore aux Russes, les emêcher de cerner la Turquie de toutes parts de leurs menées"[3]. En plus de cette offensive russe, les négociations franco-anglaises furent interronpues a la suite de la mort de Fox; la Prusse formait avec la Russie et l’Angleterre la quatrième coalition. Ainsi la situation politique redevenait sombre et Constantinople, l’un des champs de bataille du conflit, où toute l’Europe allait s'engager. La mission de Sébastiani reprit alors toute sa valeur. D’ailleurs son arrivée et ses entretiens particuliers avec le premier ministre et Selim III irritèrent les ambassadeurs russe et anglais qui virent l’annonce d’une redoutable lutte à soutenir contre l’influence française. Ils s'inquiétaient surtout de voir l’Empire ottoman quitter sa politique de neutralité et se renger du côté français.

1   Arhcivcs du ministère des Affaires étrangères de Paris, Correspondance de Turquie, 20 juin 1806, supplément nu. 24, la rédaction de Tallcyrand y est datée du 21 juin.
2 Rapport de Muhib Efcndi, ambassadeur ottoman à Paris, Archives de la Présidence du Conseil, Istanbul. Hatt-i Httmavun Tasnifi, 1806, nu. 594b et rapport de Sébastian! au premier ministre ottoman, 18 août 1806, nu. 5743.
3 Archives du ministère des Affaires étrangères rie Paris Correspondance de Turquie, Tallcyrand à Scbastiani. 10 septembre 1806, supplément nu. 24.
Sébastiani commença sa première mission en reprochant à la Porte le passage des bateaux russes par le Bosphore et les Dardanelles (instructions, nu. 7) [1]. Il prétendit que ceci était contraire à la politique de neutralité ottomane, que c’était injuste et contraire à l’amitié que la Porte refusât à l’armée française en Dalmatie le passage des territoires ottomans par le bord du Danube, et de là, par la route de Valachie et de Moldavie. Bien que le passage des bateaux russes par les Détroits fût autorisé par un traité d’alliance secret (24 septembre 1805), l’Empire ottoman pria la Russie de le suspendre momentanément. Voulant complètement séparer la Porte de la France, la Russie protesta vivement contre cette demande et déclara qu’elle était contraire au traité.

Un autre événement, qui devait attirer la colère de la Russie, vint à se produire: Le gouvernement ottoman, appuyé par Sébastiani, prononça la destitution des hospodars de Moldavie et de Valachie, les princes Morousi et Ypsilanti, qui s’appuyait ouvertement sur la protection de Saint-Pétersbourg. D’autres personnages de la Porte, considérés plus ou moins comme agents russes, furent entraînés dans la même disgrâce. Considérant ces événements comme une sorte de provacation à son égard, la Russie remit, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Constantinople, Italinski, une protestaiton officielle à la Porte. Cherchant d’ailleurs une occasion favorable pour attaquer les territoires ottomans, la Russie ne pouvait se résoudre à un tel échec. La Moldavie et la Valachie étaient pour elle la voie du Danube, la porte des Balkans, le sens même de ses relations avec Constantinople et de son ouverture vers la Méditerranée; elles avaient été pendant environ un siècle l’objet des préoccupations les plus vives de la politique russe. Italinski, soutenu par l’ambassadeur anglais, Arbuthnot, demanda alors la réintégration de Morousi et d’Ypsilanti, sous peine d’une rupture immédiate et de damande de ses passeports. Menacé de guerre et occupé par des soulèvements survenus en différents points du pays, le gouvernement ottoman s'inclina et rétablit Morousi et Ypsilanti dans leurs fonctions. Essuyant son premier échec, Sébastiani exprima son mécontentement vis-à- . vis de la politique ottomane dans les lettres qu’il a envoyées à Talleyrand.

Une semaine plus tard, Napoléon annonçait à Selim III la victoire qu’il venait de remporter à léna en l’encourageant ainsi: “Reprenez confiance. Les destins ont promis la durée de votre Empire; j’ai la mission de la sauver, et je mets en commun avec vous mes victoires. Le'moment est venu où la

1    Note de l'ambassadeur Sébastian! à la Sublime-Porte, datée du 16 septembre 1806, TESTA le Baron de, op. cil. pp. 279-281.
Sublime Porte doit retrouver son énergie et faire marcher ses armés pour couvrir Bender, Choczim, toute la ligne du Dniestr. Je sait que les Russes retirent leurs forces de cette frontière. Ils se dirigent sur moi; je les cherche et vais au-devant d’eux. Ne balancez plus; ils ne vous trompent que par impuissance. Ils se faisaient livrer vos provinces; la valeur ottomane doit les fermer” [1].

La victoire française d’Iéna allait changer les dispositions de la Porte et la rapprochait de plus en plus de la France. Selim III envoya ainsi une lettre d’amitié à Napoléon: “Il est évident depuis une certaine époque que notre désir et notre attente réciproques tendaient simultanément à ce que les fruits salutaires de l’arbres de l'amitié, si heureusement plantés dans nos coeurs vinssent enfin orner le plateau du grand jour...”[ 2]

Par ailleurs, Sébastiani pria le premier ministre ottoman de revenir sur les bons sentiments du mois d’août et essaya d’attirer l’attention du gouvernement ottoman sur le denger russe à la suite de l’agression subite du général Michelson et de son entrée en Moldavie. Selim III était soutenu par une nouvelle lettre de Napoléon: “La Prusse qui s’était liguée avec la Russie a disparu; J’ai détruit ses armées et je suis maître de ses places-fortes. Mes armées sont sur la Vistule et Varsovie est en mon pouvoir. La Pologne prussienne et russe se lève et forme ses armées pour reconquérir son indépendance. C’est le moment de reconquérir la tienne. Chasse les hospodards rebelles, que la plus injuste violence t’a obligé de rétablir au mépris de ton firman qui les avait déclarés traîtres... Fais marcher tes troupes sur Choczim; tu n’as plus rien à craindre de la Russie... Si tu as été prudent jusqu’ à cette heure, une plus longue condescendance envers la Russie serait faiblesse et perdrait ton empire”[3]. Le même jour Napoléon envoyait une autre lettre à son ambassadeur à Constantinople lui précisant qu’il était autorisé à signer un traité secret, offensif et défensif, par lequel il garantirait à la Porte la restitution des provinces de Moldavie, de Valachie et de Serbie et qu’il s’engagerait lui-même à ne faire la paix avec la Russie que de concert avec la Porte[4].

1    Correspondance de Napoléon I er, Berlin, Il novembre 1806, 1. XIII, pp. 638-639.
2 Datée du 30 novembre 1806, TESTA le Baron de, op. cit., pp. 282-284.
3 Correspondance de Napoléon Ier, ["décembre 1806, Poscn (en minute aux Archives de l’Empire), t. XIV’, pp. 5-6.
4 TESTA le Baron de, op. cil., t. II, pp. 284-285.
Devant l’encouragement et le soutien français d’une part et l’agression russe sur le Dniestr d’autre part, la Porte déclara officiellement la guerre à la Russie le 23 décembre 1806.

Cependant, un autre événement, l’arrivée des vaisseaux anglais devant Constantinople, allait attirer l’attention du gouvernement ottoman et permettre à Sébastiani d'établir son prestige lui faisant oublier son premier échec.

En effet, il apporta soutien et encouragement aux ministres ottomans et au Sultan pour repousser l’ultimatum anglais qui présentait certaines exigences à l’égard de la Porte, dont l’expulsion immédiate de l’ambassadeur de France. Sébastiani joua également un rôle important dans l’organisation de l’armée ottomane qui se préparait à défendre Constantinople et les Dardanelles. Après l’échec anglais, il fut récompensé par la grande décoration de la Légion d’honneur, envoyée par Napoléon et remise solennellement par le Sultan lui-même.

A la suite de ce succès, Sébastiani essaya également de faire infliger quelque leçon à l’armée de Michelson, stationnée aux bords du Danube, comme celle que venaient de recevoir les Anglais. Il s’efforça da maintenir le bel enthousiasme de février. Mais la situation des provinces, l'attitude des Janissaires contre le Nizam-i Cedit empêchèrent l’armée ottomane d’àttaqu- er vivement l’armée russe.

Las de cette mission qui lui semblait inutile, l’ambassadeur français demandait dans toutes ses dépêches son rappel pour aller se battre dans la Grande-Armée. Sa femme accoucha bientôt d’une fille et un mois plus tard, le 15 mai, elle fut brutalement emportée par une fièvre puerpérale. Il pria Talleyrand de “l'arracher de cette horrible pays, mais de suite”. Cependant, il dut rester à Constantinople et se remettre à la besogne diplomatique.

IV-OPERATIONS DIPLOMATIQUES

A- Négociations franco-turques - Conférence de Danzig

A la suite de la guerre entre Ottomans et Russes, Napoléon proposa à la Porte une action commune contre l’ennemi commun [1], voulant attaquer la Russie sur plusieurs points en Crimée, au Caucase, en mer Noire, au bord du Danube et en Moldo-Valachie. Il désirait pour cela qu’une armée française de 25.000 hommes passât par la Bosnie et Constantinople[2] .

Pour pousser les Musulmans contre la Russie, Napoléon fit publier un manuel monté, en turc et en arabe, à Paris, émanant d’un certain Müezzin

1    TULARD Jean, op. rit., p. 193.
2 Lettres de Napoléon au premier ministre français des Affaires étrangères, Ostérode, 11 mars 1807 (Archives du ministère des Affaires étrangères, Paris, en minute aux Archives de l’Empire), Correspondance de Napoléon Ier, t. XIV, nu. 11896.
Osman, prêchant à ses coreligionnaires [1]. Le manuel commençait par ces mots: “O Musulmans zélés de la Mecke vénérée jusqu’au Seuil-Sublime” et il invitait les Musulmans à s’allier à l’armée française; à attaquer ensemble la Russie pour redonner à l'Empire ottoman sa splendeur d’avant... Le manuel, comme d’ailleurs la proposition du passage de l’armée française par le territoire ottoman, suscita un vif mécontentement dans l’opinion publique et dans le gouvernement ottoman et provoqua les Janissaires qui ne voulaient ni des réformes, ni de l’influence étrangère dans l’Empire ottoman. Les Pa$a des provinces réagirent avec fureur contre la proposition du passage de l’armée française par le territoire ottoman. Mustafa Bayraktar s’emporta en de violentes colères et le consul de France, Lamare, crut de son davoir et de sa dignité de quitter Ruscuk et de se retirer pour un certain temps à Sistovi. Le Pa§a de Traunik lui-même ne voulut pas prendre la responsabilité de laisser avancer les Français sur son territoire. Ali Paça de Janina reprocha à certains ministres ottomans de favoriser les desseins ambitieux de la France après avoir secoué le joug de la Russie et de l’Angleterre. En fait, on n’avait pas encore oublié chez les Ottomans la campagne de Bonaparte en Egypte et en Syrie; depuis qu’il est empereur, on redoutait plus encore scs ambitions. La présence de 25.000 Français sur le Danube inférieur juste au moment de la paix de Tilsitt n’était-elle pas le signal d'une nouvelle expédition?

Sébastiani, comme Napoléon, entreprit de son côté une mauvaise politique en essayant de semer du désordre chez les janissaires pour obliger la Porte à demander à la France son assistance et, par conséquent, obtenir le passage des soldat français sur le territoire ottoman. 11 s’entretint en secret avec les chefs des Janissaires, leur fit des cadeaux, leur distribua généreusement de l’argent et leur dit: “Le vrai but de votre gouvernement avec la création du Nizam-t Cedit, c’est d’abolir le corps des Janissaires et de se garder l’argent qu’il dépense pour eux. Notre empereur est au courant de la situation et il s’en plaint. Il ne veut pas qu'on abolisse le système ancien. Notre armée stationne actuellement tout près de la frontière ottomane et, en cas de besoin, on la ferait venir à Constantinople pour vous aider[2]. Il parvint à convaincre le grand chef des Janissaires, Yeniçeri Agasi, Pehlivan Aga, de l’idée que les Anglais étaient arrivés à Constantinople sur l’invitation du gouvernement ottoman.

Nous supposons que le changement de la politique française, que nous constatons par ces événements, provient du fait qu’on voyait l’Empire

1   AHMET CEVDET PaŞa. op. cit., t. VIII, pp 137-138.
2 AHMET CEVDET PaŞa, ibid., pp. 58, 221, 152.
ottoman comme un Etat qui s'écroulerait au premier choc, qui, par voie de conséquence, passerait facilement à l’emprise des ennemis de la France, la Russie et l’Angleterre, et que la France, elle, si elle n’agissait pas rapidement, ne pourrait en prendre sa part. Car, l’armée française pouvait très bien attaquer la Russie sans passer par le territoire ottoman et, ni durant la guerre avec la Russie, ni pendant les attaques anglaises sur les Détroits et en Egypte, Napoléon, pas plus que Sébastiani et Talleyrand, n’espéraient autant d’énergie de la part de l’Empire ottoman [1].

C’est dans cette période de politique chancelante que Vahid Paça (Seyyid Mehmed Emin Vahid Pa§a ou Efendi) entreprit sa mission diplomatique[2]. Dès que Napoléon le vit, il le rudoya; il se dit le meilleur ami des Turcs, et leur garantit une indépendance absolue et durable; il promit de les arracher au sort de la Pologne, de déchirer les articles onéreux que leur avaient imposés les Russes au traité d’Yassy, de rendre la Crimée, la Géorgie (promise également aux Persans)[ 3], de rendre la mer Noire, fdle des sultans. Mais il fallait qu’ils travaillent eux-mêmes à ce relèvement prochain; qu’ils le méritent; qu’ils coopèrent avec les Persans et les peuples du Caucase; que le Pa$a d’Erzurum fasse sa jonction avec Abbas Mirza, fils du Schah; que la flotte turque, au lieu de s'immobiliser à l’entrée des Dardanelles comme hypnotisée par les Russes de Tenedos, entre dans la mer Noire et porte ses troupes de débarquement sur la côte de Crimée; que le grand vizir franchisse enfin le Danube et se hâte en Valachie en Moldavie vers le Dniestr où les Français lui donneraient rendez-vous; comme les circonstances étant critiques, que la Turquie se révaille enfin! et elle retrouverait ainsi son ancienne splendeur, sinon elle se verrait livrée à des destinées impitoyables[4].

Vahid Efendi confirma, de son côté, les intentions les plus énergiques de son gouvernement et les négociations s’oùvrirent. L ambassadeur fut mis en rapport avec le grande écuyer, Caulaincourt, assisté de M. Roux, ancien secrétaire d’ambassade à Constantinople. Napoléon chargea Caulaincourt de proposer de sa part à l’ambassadeur ottoman de conclure un traité sur les

1     Lettre de Napoléon à Selim III, Finkcnstein, 3 avril 1807, Correspondance de Napoléonier, t. XV, nu. 12227, PP- 17-18	7 avril 1807- nu-12324- PP- 52'53-
2 Pour avoir plus de détail sur la mission diplomatique, sur le Sefaretname et sur la biographie de Vahid Pa?a, voir notre thèse de doctorat de troisième cycle. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1979, qui va bientôt être publiée.
3 Pour les relations franco-persan, voir Archives du ministère des Affaires étrangères de Paris, Corres pondancc de Perse, 1807 et surtout Correspondance de Napoléon 1er, t. XVI, nus. 11532, 11734..., t. XV, nus. 12277, 12278..
4 DRIAULT Edouard, op. cil., pp. 168-169.
bases suivantes: l'alliance que les deux puissances contracteraient serait offensive et défensive. La Porte et la France s’engageraient à ne point faire la paix avec la Russie sans s’être préalablement entendus. La France garantirait à l’Empire ottoman la conquête de la Crimée, si toutefois les armées ottomanes parvenaient à s’en emparer, ainsi que la possession de la Moldavie et de la Valachie et l’intégrité de son territoire.

Auparavant Sébastiani avait envoyé une dépêche chiffrée à Talleyrand (9 février 1807) dans laquelle il avait mal informé Talleyrand sur les intentions du gouvernement ottoman et les instructions de Vahid Paça: “le gouvernement désire s’allier avec la France par un traité solennel et son ministre (Vahid Efendi) a les pouvoirs nécessaires pour en conclure un offensif et défensif; il est même autorisé à stipuler le passage des troupes françaises sur quelques portions du territoire turc’’ [1]. En fait, l’ambassadeur ottoman était chargé de conclure seulement un accond défensif contre la Russie pour trois ans et qu’il n’était pas autorisé à stipuler le passage de l'armée française par le territoire ottoman.

Les propositions françaises furent soumises à l’ambassadeur ottoman le 28 mai, prenant pour base de discussion une alliance offensive et défensive non seulement contre la Russie, mais aussi contre l’Angleterre. L’ambassadeur précisa alors qu'il n'était pas autorisé à signer un tel traité et les négociations n’allèrent pas plus loin.

Les deuxièmes négociations avec Talleyrand ne donnèrent pas de résultat plus satisfaisant à cause des “propositions froides”; on fit attendre pour rien l’ambassadeur et même on l’abandonna. On ne répondit plus à ses courriers à la veille des entretiens de Tilsitt. Il alla à Paris pour rencontrer Napoléon et lui présenter la lettre du nouveau Sultan, Mustafa IV.

On peut supposer qu’étant au courant des propositions ottomanes et vu les promesses qu’il avait faites à la Porte, Napoléon ait fait traîner les affaires en longueur avec l’ambassadeur ottoman, qu’il n’arrivait pas à lui faire signer un traité à sa guise, comme cela avait été le cas à Finkenstein avec l'ambassadeur persan, et pour ne pas se lier les mains dans ses prochains projets, comme nous le constatons au traité de Tilsit.

R- Révolution de Constantinople vue par Napoléon et Sébastiani

Bien avant la révolution, Sébastiani s’entretint en secret avec les chefs des Janissaires en essayant de leur faire croire que le Nizam-i Cedit avait été créé pour dissoudre le corps des janissaires et que Napoléon était prêt à les

1     TESTA le Baron de, op. cit., pp. 296-297.
aider avec l'armée française de Dalmatie[1]. Pourquoi Napoléon voulait-il semer la discorde chez les janissaires? Ne désirait-il pas voir une armée ottomane capable de battre toute seule ses ennemis? Ou bien n’était-il pas sincère lorsqu’il présentait ses amitiés au Sultan Selim qui était attaché au développement d’une telle armée? Ou encore, était-ce une occasion pour introduire l’armée française dans le territoire ottoman? Nous n’avons malheureusement pas de documents à ce sujet. L'une ou l’outre question, que nous nous posons, pourrait bien être la cause de la politique napoléonienne.

De même. Napoléon lui-même cahcait les véritables causes de la révolution, ou de l’insurrection, de Constantinople aux yeux de tout le monde: “Faites mettre dans les journaux de Varsovie la nouvelle suivante:

“Une révolution a eu lieu à Constantinople. Le Sultan Selim et douze des principaux de la Porte ont été égorgés par les Janissaires. Le Sultan mustafa a été mis sur le trône. La cause de cette insurrection du peuple vient du progrès des Serviens et du peu d’énergie dont les janissaires se plaignent de la part du gouvernement. Ils accusaient les ministres de s’entendre avec les Serviens et les Russes. Le nouveau Sultan a proclamé qu'il ne ferait point la paix avec les Russes (avant) que les anciennes frontières ne soient rétablies et la Crimée reconquise.

L’armée du grand vizir a passé le Danube, le er juin, à Silistrie, la Valachie a été reconquise. Les affaires des Russes vont au plus mal. L'armée du grand vizir est forte et paraît bien animée.

Le journaliste peut dire que ces nouvelles sont officielles et certaines"[2]. Ce ne sont pas là les vraies causes de la révolution de Constantinople. Nous pensons que Napoléon avait peur que la révolution soit dirigée contre l'influence française à Constantinople. Car, les janissaires, hostiles aux réformes de Selim III, protestaient contre la pénétraiton des idées occidentales et ils ne manquaient pas de donner à leur plaintes des raisons patriotiques. Ils sentaient donc dans le prestige de la France la force principale des idées nouvelles; ils reprochaient au Sultan sa sympatie pour les Français et ils excitaient l'opinion publique contre les ambitions qu'ils attribuaient au Napoléon: Celui-ci avait jadis essayé d’enlever l’Egypte et la Syrie à l’Empire ottoman et il n’avait été arrêté que par la défense de bons Musulmans à Saint-Jean-d’Acrc. Maintenant, il menace l’Empire par un autre côté; il a des troupes nombreuses en Dalmatie sous le commendement

1    AH.MET CF.VDET Pa§a, op. cit., pp. 236-237.
2 letlre de Napoléon au general I.emarois. Tilsit, 24 juin, Correspondance de Napoléon îer (en minute aux Archives de l'Empire), t. XV. nu. 12819.
du général Marmont; il cherche à pénétrer en Serbie et en Valachie; c'est sans doute lui qui excite les Serviens à la rébellion; il envoie sur demande du Sultan 600 canonniers français à Constantinople; c’est déjà la Porte aux mains des infidèles.

Sébastian! lui-même sentait que ces évéments ne pouvaient être favorables à 1 influence française et il en exprima son sentiment dans sa dépêche du Ier juin: "Mustapha n a pas les mêmes lumières que son prédécesseurs; il amènera la fin de sa maison. Mahmud. le dernier rejeton de la famille d’Osman est épileptique au dernier degré. La dynastie va s’éteindre naturellement’’ [1].

L’opinion française était donc que l’Empire ottoman était à la veille de sa ruine et qu’il se dissoudrait de lui-même. Mais au lieu d'aider cet Empire à se relever, comme il avait prétendu à plusieurs reprises de le faire. Napoléon essayera dans ses conversations impériales avec Alexandre Ier à Tilsitt d’en prendre sa part, dont nous parlerons dans un autre article intitulé “Projet de partage de l’Empire ottoman, 1807-1812, qui va bientôt paraître dans la revue de Ftrat üniversitesi-Edebiyat Fakültesi.

BIBLIOGRAPHIE

/- Les Archives:

Archives de la Présidence du Conseil d'Istanbul (Ba§bakanhk Arçivleri), dont les catalogues: Cevdet I asnifi (Hariciye Vesikalan), Hatt-i Humayun I asnifi, tbnü'l-Emin I asnifi, Naine Defterleri, Mühimme Defterleri...

Archives du Palais de I opkapi d Istanbul (Topkapi Sarayi Arçivleri), dont les catalogues: Siyasî Vesikalar, Enderun Hazine Defterleri...

Archives du ministère des Affaires étrangères de Paris, dont Turquie, Correspondance politique (nus. 213-224, 1806-1809), Supplément (nu. 24, 1806-1810); Mémoires et Documents de PELISSIER E. (Nus. 63-64, 17921814) et aussi, Russie, Correspondance politique (Nus. 144-149, 18061809); Perse. Correspondance politique (Vols. 9-11, 1806, 1807); Mémoires et Documents (Nu. 7, 1806-1808).

Archives Nationales de Paris (Nus. AF. IV, AD. XV, 54).

//- Les imprimés:

Correspondance de Napoléon 1er, publiée par ordre de Napoléon III, Paris, 1858-1869, 28 volumes, suivie de

1     Archives Naiionales de Paris, AF, IV, 1688, dossier 5.
Des Oeuvres de Napoléon à Saint-Hélène, volumes 29 à 32, Paris, 1870, cette publication est incomplète, depuis ont notammant paru:

BROTONNE de Léonce, Lettres inédites de Napoléon Ier, Paris, 1898 et - Dernières lettres inédites de Napoléon, Paris, 1903, 2 volumes.

LECETRE Léon, Lettres inédites de Napoléon Ier, Paris, 1897, 2 volumes.

PICARD Ernest et TUETEY Louis, Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la Guerre, Paris, 1912-1925,5 volumes, et du premier auteur:

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