AZMİ SÜSLÜ

A Dieu eternel, Seigneur des seigneurs, sans rival, la louange et la reconnaissance, Qui a annonce le bien et le mal par l’envoi de ses messagers. A son excellence, le sceau des prophetes, â sa famille, â ses compagnons et assistants, la benediction innombrable, qui a enseigne â ses disciples fideles la lutte et la guerre saintes afin de confirmer la religion musulmane et en vue d’eclairer et convaincre les infideles et les hypocrites. Apres cela, qu’on sache que selon la juste affirmation rapportee: “Les derniers rois de ma communaute seront les Benu Gandura”, le protecteur essentiel de la souverainete sublime contre 1’aneantissement, le garant de 1’amitie solide, sa Seigneurie, le Padichah ottoman, le Roi des rois du monde qui est constant dans ses traites sublimes, est superieur aux autres rois qui lui demandent protection. De ce fait, â present, Napoleon Bonaparte, Empereur français, deployant maints efforts, a fait des promesses et pris des engagements qui ont cree une bonne amitie entre les ministres et les representants de 1’Empire ottoman et le dit Empereur, pousse par la fausse idee de ne laisser autun empereur, ni roi sur terre qui soient aussi influents et consideres que lui, l’Empereur de France, Napoleon Bonaparte, qui a agresse et envahi en peu de temps les regions d’Allemagne et d’Italic grace aux combats sangiants, aux querelles et â la bonne chance, nourrit actuellement 1’idee de faire expedier ses armees dans les pays de 1’Etat russe. En consequence, le fait qu’il exprime son intention vis-â vis de la Russie d’une façon irritante et avec un air victorieux, attire la sympathie des voisins, plus particulierement celle de 1’Empire ottoman puissant. Comme it ne pouvait oser entreprendre seui une telle manoeuvre, il envoya le general Sesabtiani, qui est competent et qui fait partie de sa famille, comme ambassadeur â Constantinople afin d’engager les preliminaires d’assistance et de solidarity et d'encourager 1’Empire ottoman â conclure une alliance contre la Russie. D’autant plus qu’il declara et fit mention des agressions et ambitions russes perpetuelles contre 1’Empire ottoman dans ses lettres qu’il fit soumettre par le dit general â Sa Seigneurie, le Roi des rois. En se posant comme un ami bienveillant du Padishah de 1’Islam, Napoleon considere que I’expedition contre la Russie est un devoir d’amitie. Par ailleurs, il pretend amicalement qu’il est temps de recuperer par une simple action les territoires ottomans usurpes par 1’Etat susmentionne et insiste astucieusement sur 1’affaire d’expedition. Cependant que les hotnmes d’Etat ottomans s’eflbrçaient courtoisement de ne perdre ni 1’une, ni I’autre partie sans pour autant trouver une solution, certains propos facheux pousserent les Russes â expedier des soldats sur les frontieres musulmanes. Cet evenement suscita comme auparavant une vive insistance de la part des Français et mit naturellement â 1’evidence la necessity de preparer une expedition imperiale contre la Russie. En raison de la campagne des Russes, aillies de 1’Etat de Prusse, contre les Autrichiens et aussi â cause de leurs mauvaises intentions et de leurs hostilites vis-â-vis des pays bien gardes de 1’Empire ottoman, actuellement, il a fallu nommer et envoyer un ambassadeur de 1’Empire ottoman au dit Empereur en vue de preparer ensemble, ainsi qu’il est necessaire, une armee contre les Russes qui apparaissent comme un ennemi commun et pour cela, etablir en hate un traite renfermant des clauses secretes, lourdes de consequences. Avec 1’approbation et selon la juste decision des responsables des affaires, ce pauvre serviteur, que je suis, Seyyid Mehmed Emin Vahîd, a ete nomine avec le titre eleve de Nişancı (chef du bureau du Sultan) comme ambassadeur plenipotentiaire. Oblige de nous hater de partir en quelques jours, nous primes la route le 18 şevval sacre 1221 de 1’Hegire, correspondant au lundi 1 7 decembre 1806 de 1’ere chretienne, quitlant le Seuil sublime, en implorant l’assistance de Dieu, Souverain omniscient. Nous nous sommes arretes quelques heures au palais de Davud Paşa en attendant le nomme Proust, officier de reception, commis par le general Sebastiani, Ambassadeur de France aupres de la Sublime Porte. La meme nuit, nous nous sommes arretes dans la circonscription de Çekmece-i Sağir (ponte Piccolo) et nous nous sommes diriges vers Edirne (Andrinople) en passant par Selybria (Syrallum), et Baba-i Atig. En nous conformant â la lettre parvenue au cours du voyage, de la part de Reisü’l-Küttab (ministre des Affaires etrangeres) le fortune, nous nous arretâmes et reposâmes pendent quelques jours â Edirne afin de faire venir et de porter avec nous la lettre imperiale et les differents cadeaux que nous devions presenter â l’Empereur et â ses fonctionnaires.

Bouffonnerie

A cause de 1’affaire de 1’armee reguliere qui avail eu lieu auparavant en Roumelie et de l’evenement de Gazi Mustafa Paşa, ses populations, les unes ayant peur de leurs anciens crimes, les autres etant malinformees et malrenseignees sur la situation actuelle et pensant que les preparatifs de la campagne imperiale etaient tournes contre eux, avaient commence ces jours-lâ â tenir de vains propos et des racontars. Le serviteur, que je suis, apres son arrivee â Edirne, a explique la situation â ceux qui ont demande des renseignements. Tout en encourageant verbalement les notables et les nobles de la façon qu’on m’a ordonnee, j’ai commande comme il le fallait la preparation et le transfert rapides des affaires necessaires vers Roustchouk. Etant donne que, jusqu’a notre arrivee, on pourrait â peine preparer et envoyer â Vidin ou a. Roustchouk les cadeaux imperiaux susmentionnes et que les depeches envoyees par le ministere, precisaient qu’il ne fallait pas attendee dans ces regions, mais tout doucement avancer, nous quittances Andrinople le 27* jour du dit mois, nous passâmes par le pont de Mustafa Paşa, Hasköy, Papas, Philippopolie, la Bessarabie et Palanga. Ensuite, tout en nous revetant davantage de notre prestance et de notre dignite dans les regions de Ihtiman et de Novikhan, nous entrâmes â Sofia accompagnes de notre suite, et la, des hommes du Gouverneur de Roumelie et le vizir honore, Sa Seigneurie, le fortune, Seyyid Osman Paşa, nous ont accueillis. Nous dûmes y sejourner deux jours â cause du froid et de la pluie. Le 3' jour glorieux depuis notre depart, on nous a fait parvenir la lettre imperiale par courrier special et on nous a communique qu’on nous enverrait les cadeaux apres que nous nous serions rendus â 1’endroit indique et que selon le desir supreme, il fallait partir, sans perdre de temps dans aucun endroit, vers la

IMlehn C. ') direction prescrile. Je n’avais pas plutöt renvoye le dit courrier en lui indiquant qu’on agirait conformement â la depeche reçue et en lui fournissanı des renseignements sur certaines circonstances concernant le Gouverneur de Roumelie, que vint un messager pour nous informer que les soldats français etaient entres dans la ville de Varsovie en venant du pays de Saxe et que les soldats russes, apres avoir incendie le pont du village de Pargha, situe â cote de la dite ville, s’etaient retires et recules â six heures de la. Apres avoir donne selon 1’habitude une gratification au messager et 1’avoir revetu d’un vetement, nous obtinmes un laissez-passer delivre par le dit vizir, le fortune, pour notre courrier afin qu’il le montre aux fonctionnaires des circonscriptions et autres et qu’il puisse facilement partir pour Constantinople. Apres que nous l’eûmes envoye en qualite d’huissier, nous quittances Sofia, nous passâmes une nuit â Petrowitz et une autre â Cense. Un peu plus loin, au fur et â mesure que 40 â 50 reaya (sujets ottomans) degageaient le ehemin des glaces â 1’aide de pioches et pelles, nous passâmes dans la circonscription de Berkowatz par ce qu’ils appellent “le Balkan”, herisse de hauteures montagneuses, visitâmes le lendemain la circonscription de Lorn, d’oû nous sommes arrives â Vidin et nous nous permimes d’y rester un jour pour visiter la forteresse fortifiee du gouvernera de Vidin.

Sommaire de la forteresse de Vidin

Les remparts de la forteresse de Vidin compris entre les portes du Danube et Constantinople ont ete endomages lors du siege de 1’ancien amiral, Hüseyin Paşa. Vu Fetal de ruine du fort interieur, on ne peut 1’utiliser tant qu’il ne sera pas restaure. Bien que la restauration des elements principaux, tels que le fosse, le bastion, les meurtrieres, fût necessaire, le fils de Pasban Osman Paşa, qui avait ete longtemps le gouverneur, s’est abstenu de i’accomplir. Cependant, il fit construire des mosquees, des tekke (couvents), des campements. Considerate! qu’il avait fait executer et souffrir la population active des dites frontieres et que les Russes avaient envahi cette fois-ci les regions de Valachie, juste au moment ou les troupes serbes avançaient d’un autre cöte, et agressaient les regions de Vidin, on dit que le dit Vizir tomba malade en raison de son affolemcnt devant la situation critique â laquelle il avait â faire face. Peu de temps apres sa mort, son successeur, le fortune Vizir tdris Paşa renforça les places endommagees. La restauration des elements de premiere urgence, tels les parapets, les barricades et les meurtrieres larges et profondes, qu’il avait fait creuser tout autour du faubourg, ont particulierement attire mon attention. Apres notre depart de Vidin, nous sejournâmes une nuit dans la region de Nicopolis et une autre dans celle de Fethü’l-îslam et arrivâmes le 29' jour suivant le depart d’Istanbul â la forteresse d’Ada Pazarı qui marque la limite des territoires musulmans. Le jour suivant, nous montâmes sur des barques, dont le gardien de Pile assure le service, afin de traverser le fleuve du Danube et, tout en faisant tirer des coups de canons, nous arrivâmes sur l’autre rive. Nous decidâmes de sejourner dans la residence du surveillant autrichien, situee â l’endroit appele Harşuh. Comme la circonscription susmentionnee de Nicopolis etait â l’origine un endroit decouvert, l’annee derniere pendant l’insurrection et la rebellion serbes dans les regions de Belgrade et egalement lors des rebellions et d’actions condamnables commis par les sujets de ces regions, les fonctionnaires envoyes par le gardien de Vidin furent tues et la plupart de ses sujets furent disperses. Bien qu’â l’interieur de la circonscription on eût construit un fortin, equipe de six tours, â cause de multiples guerres, sa population s’enfuit terrorisee et se refugia â Vidin. Il va sans dire qu’en cas de necessite, il faut qu’il y ait les soldats necessaires pour la garde du fortin de Nicopolis et de la forteresse de Fethii’l-tslam. Quant â la forteresse d’Ada, grace â sa position solide et incomparable, si 1’on fait attention et si Ton prend soin â l’avance de ses munitions et provisions, il est evident qu’on ne peut redouter aucun danger.

Digression

Quiconque, notable ou homme ordinaire, riche ou pauvre, venant de 1’etranger pour se rendre en Europe, doit attendee et se reposer pendant 30 â 40 jours aux douanes et il ne peut passer tant que les douaniers ne s’assurent qu’il est en bonne sante. Il n’est pas non plus dans les habitudes des Europeens de faire du commerce avec les voyageurs aux douanes. Comme 1’Empereur d’Autriche avait en ce moment envoye une lettre d’avertissement dans laquelle il ordonnait aux douaniers autrichiens de ne pas faire attendee plus de 24 heures ceux qui se rendent chez 1’Empereur de France s’ils ne presentent pas d’etat de maladie, les medecins de la douane arriverent dans les 24 heures et, apres avoir pris les pouls de nos serviteurs et de notre suite, ils nous donnerent la permission de partir. Partant du dit endroit et en empruntant durant quatre jours les chemins autrichiens, les villages de Mahadiye, de Tereğura et les circonscriptions de Şiş et de Luğuş nous arrivâmes â Tamesvar (Timişoara) oû nous fûmes obliges de rester deux jours pour acheter un carrosse et pour nous procurer ce dont nous avions besoin d’autre.

Description de la circonscription de Tamesvar

1 amesvar est la Capitale de la province du Banat qui appartient au gouvernement hongrois, circonscription se situant entre 30° de longitude et 45* 2’ de latitude. Le defiant Sultan Süleyman la conquit aux alentours de 960 (1552) et on sait qu’elle est restee longtemps sous la domination de 1’Empire ottoman. On rapporte que, n’ayant pas eu â cette epoque-lâ un bon aspect, la forteresse et la ville reçurent â une epoque recente un autre aspect et qu’elles furent meme peut-etre transferees ailleurs. Dans l’etat actuel, ses quatre cotes sont deserts et tout autour de ses faubourgs, il y a beaucoup de villages â une demi-heure ou â une heure de distance. A 1’interieur de la forteresse, on trouve de belles rues larges, environ 200 grandes maisons hautes en pierre et en briques, comprenant chacune 4 ou 5 etages. Elie constitue une belle forteresse construite en briques et en tuiies.

Description de la forteresse de Tamesvar

Cette forteresse comporte trois bastions successifs, arques en longueur, construits en pierre et en briques, munis des parapets en pelouse et de plusieurs ponts-levis sur de grands fosses qui servent â passer d’un bastion â 1’autre. Outre qu’a 1’interieur des depots situes sous les bastions, les munitions sont preparees et que tous les equipements de guerre, que nous avons vus, sont propres et bien entretenus comme s’ils venaient d’etre fabriques par leurs fabricants, la ville, consideree comme la forteresse interieure, possede un arsenal particulier, une fonderie, un magasin de munitions et trois grandes casernes comprenant 5000 soldats, en face desquelles se trouvent trois piecesdont la premiere est reservee au ministre de 1'interieur du pays, la seconde aux generaux et la troisieme sert, en cas de necessite, aux seances speciales du Conseil de consultation. La population atteint environ 8000 personnes dont la majorite est d’apparence robuste. Cependant le climat doit etre mauvais. Nous partimes de Tamesvar et passâmes par le village nomme Kilan Kanije et traversâmes, par le passage de la poste Horğas, le grand fleuve nomme Tisza (Theiss) sur les barques appelees “ouvertes”. Nous passâmes par les circonscriptions de Szeged, de Vezatime et de Köstelik, dont les forteresses furent conquises par 1’Empire ottoman (974/1566), nous restâmes une nuit dans chacun des deux villages, Petri Orkut. Le 41* jour, nous arrivâmes â la belle ville nominee Pest, oû nous nous reposâmes pendant deux jours pour changer de carrosse et nous procurer ce qui etait necessaire.

Description de la ville de Rest

Situee entre 37' 5’ de longitude et 47’ 28’ 30” de latitude, cette ville est la plus grande de Hongrie. Elle fut d’abord conquise ainsi que le pays environnant par 1’Empire ottoman en 902 (1496); elle est passee par la suite sous domination autrichienne, devenant ainsi une region usurpee â 1’Empire ottoman. Elie est construite dans une plaine plate et est entouree de jardins et de potagers. Entre la forteresse de Budun et la ville qui lui fait face, le Danube coule en flots rapides. La ville possede de belles maisons ornees, beaucoup de boutiques, plusieurs eglises, des casernes et des depots de munitions. Sa population se compose de Rum, de Bulgares, d’Autrichiens et de Hongrois. Vu qu’ils ont tous un metier et qu’ils font du commerce, ils sont bons sujets, obeissant au Padishah des Musulmans. Tout en sollicitant d’y retourner â 1’instar des anciens victorieux soldats monotheistes et en priant, les mains ouvertes, le Seigneur Dieu, nous traversâmes le Danube sur les barques ouvertes et debarquames par les echelles.

Description de la forteresse de Budun

Situee sur un tertre, â un jet de balle des rives du Danube, la forteresse de Budun est entouree d’un faubourg bordant la rive du sud au nord. Sa population atteint environ 25000 âmes. Il convient de dire que ses maisons, construites â l’interieur et â 1’exterieur, sont plus belles que celles de Pest. Elie est entouree de vignobles, dejardins et de plusieurs stations thermales. A 1’origine, les rois de Hongrie habitaient cette region. Comme le peuple hongrois a joui sans interruption de son ancienne liberte, Tun des freres du suzerain, 1’Empereur d’Autriche, habite actuellement le palais royal comme mendataire du royaume hongrois et gere les affaires de la Hongrie. La ville possede une ecole celebre oû ceux qui le veulent, autochtones ou etrangers, apprennent la philosophic, Tastronomie, la politique, la philologie et les arts.

Apres avoir vu Budun, nous passâmes une nuit successivement dans les postes de Nijker et de Tudrus, dans la forteresse de Raab (Györ) et le village de Kitse. Nous traversâmes rapidement, sans perdre de temps, les circonscriptions et les villages situes sur nötre ehemin depuis îrşuh, dont nous avons cite les noms dans cet ouvrage, et nous arrivâmes le 46*jour â la ville de Vienne, connue sous le nom de Beç.

Description de la forteresse de Raab

La forteresse de Raab se trouve â cote du fleuve nomme Raab ou Raybenç. La ville est entouree de murailles solides. Sa population atteint 13000 âmes. Les historiens rapportent que cette forteresse fut aussi conquise par 1’Empire ottoman.

Description de Vienne

Situee entre 30,5" de longitude et 48° 13’de latitude sur un plateau, que 1’on peut qualifier de montant en “pente douce”, la puissante forteresse de Vienne se trouve sur une rive de Danube. Ayant de larges fosses profonds, la forteresse, ainsi que ses murailles, sont munies de meurtrieres et entourent les faubourgs. La forteresse compte â 1’interieur 300 grandes maisons, en pierre et en briques, dont la plupart comprennent 4 ou 5, parfois 6 etages, beaucoup d’ecoles consacrees aux differents arts, plusieurs ecoles de sculpture, une eglise dont les pierres sont sculptees en bon style, une bibliotheque celebre, une poudriere, une maison de dissection, une cuisine, des casernes, des theâtres et un palais royal de style ancien.

Description de la bibliothlque

Ayant la forme d’un grand corridor rectangulaire, avec une coupole, la bibliotheque comportant un petit sofa donne acces â la rue par une terrasse, au style de minaret, et plusieurs armoires sont fermees par des grilles metalliques. Chacun des quatre angles compte quatre pieces remplies de livres. La bibliotheque contiendrait 300.000 volumes et ainsi, en ce qui nous concerne, trois Corans copies dans la region de Bagdad et gardes respectueusement dans des etuis de fils argentes et dores dans une place â part, et un livre de poeme de “Manteau du Prophete”. Lorsque le Sultan Mehmet Khan, qu’il ait pour demeure le Paradis!, est venu, on lui a presente les portraits indiquant les noms de Ses Seigneurs, les Sultans ottomans, que leurs tombeaux soient illuminesjusqu’aujour dujugement dernier!, qui sont les dons de 1’Empire ottoman. Elie possede comme objets precieux, un ancien livre, copie sur des feuilles de fibres d’ecorces d’arbre et certains instruments et objets d’art qui sont exposes.

Description de I’arsenal

Approximativement, 150 aunes de longueur et 15 zira[2] de largeur, en forme de grande maison, construite en pierre et en briques, I’arsenal comporte quatre salles carrees dont chacune comprend, d’un bout â 1’autre, deux portes, renforcees par des grilles metalliques donnant acces â une autre salle et aux murs, et ainsi plusieurs armoires munies de grilles en bois. Pistolets, fusils et autres equipements de guerre, tenus prets, sont disposes dans les armoires et confies aux employes et aux surveillants. Grace â 1’entretien dont ils sont 1’objet, ils sont tous propres et brillants comme un miroir. En outre, les murs et les toitures de l’arsenal sont remplis de differentes armes; il y a dans un endroit, differents types de balances â poudre servant de specimens, des roues de canon et de fusil, plusieurs instruments mouleurs et perforateurs, des barques de pont, et egalement, des tambours, des timbales, des couteaux, des haches et plusieurs drapeaux et etendards, tous enleves â 1’ennemi pendant les combats. Bien qu’il contienne certains specimens d’instruments et d’outils rates, l’arsenal de Paris n’est pas aussi grand et aussi riche que celui de Vienne; d’ailleurs, â y regarder de pres, on constate que des articles semblables â ceux de Paris sc trouvent dans l’arsenal de Vienne. Outre que les Français capturerent dans le dit arsenal Pannee derniere pendant la bataille d’Austerlitz, et ceux qu'ils possedent, le nombre total de fusils qu’ils ont actuellement atteint 180.000. Selon les rumeurs, ils fabriqueraient 5 â 6.000 fusils par mois.

Description de la maison de dissection

La maison de dissection et sa cuisine comportent trois etages. Il cst difficile de definir convenablement toutes les pieces destinees aux malades, medicins, professeurs et etudiants et leurs instruments. Tous les medecins sont unanimement d’accord pour dire que celles que nous allons citer sont tres rares en Europe: Une dizaine de pieces contiennent des formes humaines, enduites de cite, dans des armoires amenagees et dorees de la meme maniere que la bibliotheque, et mises dans des caisses vitrees qui ressemblent â celles des vendeurs d’etalage. On a decouvert une â une les differentes maladies et leurs causes sur ses formes humaines dont les membres sont expliques separement. Les arteres et les nerfs avec leurs couleurs sont mises en lumiere et les autres choses, telles que les conditions de la grosscsse, de la delivrance et de la naissance sont soigneusement ecrites et verifiees. On a rassemble les differents foetus d’une grossesse complete, en indiquant qu’ils sont de 5 jours, d’un mois, de 5 semaines et je ne sais de combien d’heures en vue de se renseigner et d’enseigner aux medecins et aux chirurgiens le developpement du foetus dans 1’uterus de la mere et egalement les veritables bebes morts â deux tetes et â un corps; â un corps et â deux ou trois tetes et â trois ou quatre bras. Tout en les voyant dans les carafes et dans les flacons, conserves avec des liquides â base d’extraits pures, et alignes sur les etageres, nous constatâmes, par leur observation et leur etude, des signes du pouvoir divin comme le poeme 1’indique:

Dans chaque chose, on trouve un signe de Lui,

Qui prouve qu’il est unique.

En eflfet, la preference de tout le monde, petits et grands, pour 1’habilete des medecins et les chirurgiens qui enseignent â Vienne est incontestable.

Comme les gens, en dehors des cavaliers ayant reçu une instruction, dans les pays chretiens, ne sont pas habiles â manier les chevaux, les detenteurs du pouvoir et, d’une façon generale, les hommes et les gens distingues se promenent en carrosse. Les trottoirs â 1’interieur de la forteresse de cette ville, qui sont les lieux de promenade et, en quelque sorte, les lieux propres, sont d’un bout â 1’autre, bondes de promeneurs. Comme les rues en sont etroites et les maisons tres hautes, les quartiers ne sont pas bien frequentes. Etant donne le respect et 1’adoration de la foule detestable des mecreants, plus parliculierement, des Autrichiens, connus par leur fanatisme pour les portraits et les statues, on trouve dans certaines places, sur les ponts, dans les hotels prives et dans les pares, des statues, des portraits et des formes etranges, tailies en pierre et en briques. D’autant plus qu'actuellement, la grande statue, montee sur un cheval, de 1’ancien Empereur autrichien Joseph II [3], qui sert d’exemple, est en train d’etre edifiee en bronze sur une belle et haute colonne en pierre moiree, â cöte de la bibliotheque se trouvant dans la place du palais. On voit avec profit, sur le toil d’une maison â 1’interieur de la forteresse, la statue d’un vaillant guerrier, epee nue â la main, habille comme un janissaire traditionnel d'avant-poste, representant le pluscelebre des courageux combattantsde la foi dont l’utilite s’est manifestee â cote des Musulmans pendant le siege qui eut lieu en 936 (1529). Nous visitâmes avec plaisir, pendant deux jours, les endroits celebres tels que la tresorerie royale et la menagerie. Les objets de luxe de 1’epoque de prosperite dans la tresorerie, tels que bijoux, porcelaines, metaux anciens, carafes d’argent, verres et assiettes, dont nous primes connaissance et fumes honores, sont des objets que possede d’ordinaire un fonctionnaire de 1’Empire ottoman. Cependant, il convient de dire que de petits objets rates, comme de petits bureaux de porcelaine, fabriques en Inde, de beaux objets sculptes en ebene, des couronnes et des Cannes, enrichies de pierres precieuses meritent d’etre admires.

Comme il y a des rues tres larges dans le faubourg de la ville, les maisons y sont cinq fois plus hautes que les murailles de la forteresse. Toute la population de la ville atteİnt â peine 300.000 âmes. Comme elle est en quelque sorte le centre de 1’Europe, la ville est connue comme le lieu de rendez-vous des commerçants musulmans, chretiens et juifs. A sa pertpherie et dans ses faubourgs, il y a de beaux jardins, plusieurs lieux de plaisance et plusieurs etablissements, tels des fabriques de porcelaİnes, de miroirs et de verre. Ils fabriquent leurs porcelaİnes avec deux sortes de terre blanche comme la chaux emmagasinee et importee d’Autriche et du pays hongrois. Comme les employes de cette usine sont capables de fabriquer de beaux objets, ils pretendent etre plus habiles et superieurs aux ouvriers de Saxe. En efTet, lorqu’on regarde un ensemble de vaİsselle fabriquee pour le Roi, pour un prix de 600 bourses d’aspres, on aperçoit que les images et les decorations en sont inimitables. Comme leur art fut decrit dans les Memoires des anciens ambassadeurs de l’Empire ottoman, on s’abstiendra des details. Les arbres se trouvant dans les faubourgs sİtues â l’est de la ville, sont plantes au meme niveau et les routes sont arrosees et balayees habituellement tous les jours. On trouve egalement des lieux de chasse et des forets oû 20.000 personnes au moins viennent se promener les soirs d’ete, surtout pendant les fetes chretiennes et les dimanches. Dans les forets, il y a des cafes magnifiques et des auberges oû l’on s’ammuse et et Fon consomme de l’alcool jusqu’a minuit. Parmi les villages celebres, il y en a un, appcle Baden, qui a le sens de “bain”, situe â une distance de 6 ou 7 hcures de Vienne et qui abrite plusieurs stations thermales oû les Viennoİs viennent prendre Fair. Les gens de goût des environs s’y rendent habituellement. Les bains de Baden, comme ceux de Vienne et de Paris, sont en general construits en pierre et en bois et consistent dans des pieces en bois au fond desquelles se trouve un tonneau â prix fixe dont l’eau est apportee de 1’exterieur par des seaux. Ceux qui viennent se laver se contentent de s’y plonger et d’en sortir comme des canards. Certains tonneaux ont des robinets dont l’eau est vendue mesureent, tout en faisant attention â minuter l’ecoulement, soit-disant pour ne pas en faire gaspiller. S’il y a des clients qui utilisent plus d’eau que d’habitude, on leur fait payer plus d’argent. Le supplice endure durant deux jours et deux nuits oû ce pauvre a passe en ablution seche en attendant qu’on trouve â Vienne, pour le besoin, un des fameux bains equipe d’un tonneau â robinet, est difficile â definir.

Historiette

Bien que 1’Ambassadeur français â Vienne, le general Andre Rossi, ait independamment invite 1’Ambassadeur du Schah d’lran, Mirza Muhammed Riza Khan, qui est arrive â Vienne un jour avant nous pour voir FEmpereur français, nous voulûmes avoir sa presence au banquet, organise en notre honneur, dont les provisions et le materiel necessaires avaient ete fournis par le general susmentionne et dont les repas furent cuits et prepares par nos cuisiniers. Au cours du banquet, pendant que 1’Ambassadeur iranien s’appretait, bouche pleine, â s’exprimer sur la saveur de notre halva en disant “c’est delicieux”, je mis I’assiette de halva devant lui en disant “veuillez en prendre, notre halva de vaillants guerriers est celebre.” Il ne sut dire autre chose que: “vous m’honorez beaucoup”, ce qui humilia ce Kizil-Bache et amusa nos gens autrichiens et les autres.

Digression

Bien qu’il soit depuis longtemps dans les habitudes des elites et meme dans cedes des rois et de leurs ministres des Capitales traversees par les plenipotentiaires et les ambassadeurs d’un grand Etat se rendant â un autre pays, d’inviter ces derniers, de leur souhaiter la bienvenue et de leur montrer des egards et des respects, nous pumes nous entretenir avec les ministres autrichiens qui prenaient des precautions contre la mechancete de 1’Ambassadeur français, le dit general, excepte au cours des banquets oflerts par ce dernier. Celui-ci sejournait â Vienne, se conduisant avec arrogance et fierte, intervenant dans tout et faisant attention â tous les mouvements et â toutes les actions de 1’Etat autrichien, comme le fruit de leur victoire. Cependant, etant donne leur defaite, les excuses presentees par les ministres autrichiens qui nous enovyerent confidentiellement leurs hommes, furent prises en consideration et acceptees. Ayant interrompu notre sejour la nuit de la veille du qc jour de Zilhicce (17 fevrier 1807), nous quittances cette celebre ville sans egale oû le pauvre, que je suis, sejourna avec profit pendant plusieurs jours et nous partîmes pour les villages appeles Dilkesdrof et Madyaklof. Nous passâmes ensuite par la circonscription de Vişu en contemplant la forteresse de Berun et voyant la forteresse d’Olomouc et nous arrivâmes au village nomme Heravijd oil nous passâmes la nuit.

Description de la forteresse de Berun

Situee sur deux collines, s’etendant du sud au nord, entouree des deux cotes par des vignobles, des jardins et des champs, dans une plaine â la fois haute et plate, la forteresse de Berun est une belle et celebre forteresse et un centre commercial de la province de Moravie. Abritant environ 15.000 âmes, elle constitue un beau lieu agreable. Elie possede dans le faubourg et â 1’interieur de la cite des maisons â plusieurs etages, des ateliers de maroquinerie, de belles residences et des campements.

Description de la forleresse d’Olomouc

Quoique sa population atteigne 12.000 âmes, la ville d’Olomouc est une solide forteresse, montee par degres comme celle de Tamesvar dont nous avons precedemment parle. Elle a non seulement des maisons et des magasins tres captivants et colores, mais une population charmante et habile. Elle possede egalement plusieurs usines et des ateliers divers, ainsi qu’une grande ecole consacree aux etudes secondaires et universitaires. A notre retour de Varsovie, nous restâmes dans cette endroit pendant 20 heures environ oil nous distribuâmes une ou deux ruba[4] sur demande de quelques soldats et des habitants, venus â notre rencontre et desirant avoir de la belle monnaie ottomane. N’ayant rien d’autre que des billets imprimes et des aspres de cuivre, lorsqu’on eut donne â ces pauvres quelques pieces d’or, ils se mirent â prier, â remercier et â manifester leur satisfaction comme si 1’on avait vivifie leur pays. Partant du village susmentionne, Heravijd, nous sejournâmes une nuit dans chacune des circonscriptions de Garamberg et de Şugutşu et arrivâmes â la ville de Cracovie oû nous rencontrâmes encore 1’Ambassadeur iranien.

Description de la ville de Cracovie

Situee entre 37° 48’de longitude et 50° 10’ de latitude de la ville de Vistule â Pest du meridien de Greenwich, la ville est une grande et seduisante ville, entouree de plusieurs villages. A 1’origine, elle etait un lieu de residence des rois de Pologne dont la plupart y furcnt ensuite enterres. Elie possede â Tinterieur des murailles plusieurs ecoles, environ 75 eglises, un campement, un theâtre et â 1’exterieur, des mines de plomb, de fer, de bronze, de sei et d’excellent marbre, ainsi que de beaux jardins. Dans leur grande eglise, situee sur une pente montante, qui constitue la forteresse interieure, ils gardent, pour les visiteurs et selon leur fausse croyance, les tetes et les mains des rois, des pretres et des eveques qu’ils ont coupees et mises dans des vaisselles en or et dans des etuis precieux. De meme, ils rassemblent dans un jardin, comme â Paris, plusieurs sortes de plantes et d’arbres medicaux. Cette ville fut comprise et placee sous la domination des Suedois en 1117 de 1’Hegire correspondant â 1702 de Tere chretienne; des Russes en 1768 et des Autrichiens en 1773. Bien que tous les soldats autrichiens et Russes aient ete chasses et eloignes de ces regions en 1794 grace aux efforts du general polonais, Kosciuszko, qui sejourne actuellement â Paris, les Autrichiens s’emparerent par la suite de toute la Galicie. Actuellement, la ville est au pouvoir de 1’Empereur autrichien. Comme la forteresse est fort ancienne, le dit Empereur, pensant qu’elle ne sert plus â rien, a I’intcntion de la fairc demolir en vue d’agrandir la ville. Etant donne quo 1’Empereur français cherche â alarmer et â tromper les autres Etats et nations en reprenant la rumeur selon laquellc il est 1'allie de 1’Empire ottoman, tout en essayant de retenir I’attention de celui-ci et tout en appelant un ambassadeur plenipotentiaire, des polonais, hommes et femmes; adultes et enfants, esperant recueillir les fruits de cette alliance, vinrcnt en masse nous rendre visite â nötre arrivee â Cracovie et nous souhaiter la bienvenue afin de manifester leurs egards et leurs respects â 1’Empire ottoman. Ils userent d’expressions agreables en disant “qu’ils ont la nostalgic de I’Ottoman qu'ils n’ont pas vu depuis longlemps; qu’ils etaient contents et rejouis de notre arrivee et ajouterent “oh! si settlement vous pouviez encore rester quelques jours pour que noussoyons honores en vous voyant â satiete!”. Pour leur faire plaisir, nous prolongcames notre sejour de deux jours encore pendant lesquels ils manifesterent leurs egards et leurs respects sous la surveillance d'une compagnie militaire qui stalionna devant la porte de notre residence, et nous offrirent des cadeaux, lels que I’essence de rose, de la teinture verte foncee et des mouchoirs brodes. Nous arrivâmes â Varsovie apres un voyage de dix jours et dix nuits au cours desquels nous traversâmes les postes de Ivanovitch, de Zadnovitch, de Sinusgu, de Malagus, de Lubstuvrad, de Ziş, de Gunuski, d’Abucnu, de Cuvise, de Numyastu, de Muzleniga, de Stravitch et de Darişen, situees au deki de Cracovie, â 90 heurcsde distance de Varsovie. Les routes mauvaises et malfaites nous causerent des difficultes et des efforts et obligerent notre carrosse â avancer dans les Haques d'eau et dans la boue. Apres etre descendus â la residence, amenagee par la France, nous confirmâmes officiellement tout de suite notre arrivee â Varsovie par I'un de nos interpretes que nous avons envoye aupres du nomme Talleyrand, charge des Affaires etrangeres, qui se contenta de nous envoyer une dizaine de soldats de garde, c’est â dire qu’il ferma les yeux sur nos besoins de nourriture et autres choses et meme sur le manque de remuneration de nos gardes. Mais on prit soin de preserver la reputation et la magnifience de 1’Empire ottoman grace â 1’argent que j’ai depense et distribue.

Digression

On constata qu’on a attribue au dit Ambassadeur iranien, 12 ors hongrois par jour et â son retour, 40.000 piastres pour lui et 5.000 â ses suites comme frais de voyage, d’autant plus qu’on lui offrit un coffret ornc et enrichi de pierres prccieuses, qui coûte dans les 10.000 piastres.

Talleyrand etait seigneur de Perigord et du pays de Benevent en Italie, il devint ensuite ministre des Affaires etrangeres de France et son premier ministre. Comme nötre mission nous obligeait â avoir des relations etroites avec lui, il nous envoya, apres avoir appris nötre arrivee, une lettre fixant un rendez-vous afin de s’entretenir avec nous. Le 3» jour, nous montâmes, en compagnie de nötre suite et nos interpretes dans les carrosses et nous dirigeâmes vers la residence. Comme on n’avait pas vu un ambassadeur ottaman depuis trcnte ans en Pologne, nous arrivâmes â la dite residence en compagnie d’une foule qui s’est accumulee au cours de route. Les hommes de Talleyrand nous reçurent en bas de l’escalier et nous firent diriger vers une piece pleine d’ambassadeurs d’autres pays et de generaux français. On n’etait pas plus tot entre dans la piece que Talleyrand sortit d’une autre situee juste en face, vint jusqu’au milieu de la piece tout en souriant et nous tnontra une chaise longitudinale, qu’ils appellent “canape”, pour nous faire asseoir. Le pauvre, que je suis, s’assit, apres etre reste debout pendant un certain temps, Talleyrand s’assit â son tour et nous posa d’une façon courtoise les questions habituelles sur nötre sante, sur les choses mondaines et dit enfin: “Sa Majeste, Empereurde France, est venu parici, c’est-a-direaux frontieres polonaises, pour rendre service â Sa Majeste, le Sultan de 1’Empire ottoman. Il fut tres touche en apprenant la nouvelle de votre mission; Il est parti en campagne contre 1’ennemi en compagnie de 200.000 soldats apres avoir regie beaucoup d’affaires. Etant donne 1’amitie et la sympathie qui existent entre 1’Empire ottoman et la France, j’espere qu’il y aura egalement de bonnes relations sinceres et une amitie entre nous.” Il nous invita pour le lendemain; nous continuances la conversation avec les reponses confirmatives et Courtoises que nous repliquâmes et nous primes le cafe qu’on nous avait prepare. Apres avoir encore parle de la pluie et du beau temps, nous retournâmes chez nous avec les memes membres. Deux heures plus tard, le ministre susdit, Talleyrand, se rendit offıciellement â nötre residence oû on se parla cordialement et discuta paisiblement.

Description de la ville de Varsovie

Au bord du fleuve Vistule, privee de forteresse et de murailles, comprenant 90.000 âmes environ, situee entre 38" 40’ 30” de longitude et 52’ 14’ de latitude, sur une plaine sableuse, Varsovie est une ville importante dans laquelle se trouvent des colleges, des ecoles, des eglises â plusieurs etages, d’hopitaux, un arsenal sans armes, une bibliotheque, des magasins de vivres, des casernes, de belles residences privees et des theatres. La population de Varsovie raconte tristement qu’on emporta au temps de

Catherine, ancienne Imperatrice de Russie, 200.000 volumes de livres â Petersbourg. Elie se rappelle egalement avec lesourire que les habitants du district executerent tous les soldats russes qui furent places â Varsovic et dans ces regions par 1’Imperatrice susdite un an avant le deuxieme partage de Pologne. Il est evident que les habitants de la ville susdite, sauf les Juifs, hommes et femmes, s’eHbrcent d’eduquer leurs enfants, en leur faisant enseigner la philosophic, la geometric, d’autres sciences, la musique et la danse, parmi lesquels on trouve beaucoup de gens elegants, polis et fins d’esprit. Comme ils se distinguent par l’eloge et le blâme qu’ils effectuent d’une façon rythmique, avec des mots allegoriques et enigmatiques, on s’est adresse des vers avec eux et nous apercevâmes par la traduction que certaines poesies turques etaient celebres la-bas et accrochees aux murs. Bien que les habitants portassent â 1’origine des habits speciaux, ressemblant aux gilets de Tcherkesses, ils se sont habilles, apres que le soleil de leur Etat fut eteint avec les habits des Etats auxquels ils sont soumis. A present, hommes et femmes portent des habits ressemblant â ceux des Europeens.

Leurs maisons ne sont pas en general aussi agreables et conformes que celles qu’on voit dans d’autres grandes villes. Dans certaines des rues et des residences privees, on trouve des maisons negligees, en bois, comprenant un ou deux etages. La plupart des rues, comme celles de Paris, sont sordides et sales. Comme lieux plaisance, elle a les places du palais de Saxe et du jardin appele “Jardin de Grasniski”, dotees d’arbres et conduitcs par une bonne route et deux theatres ou riches et pauvres se rendent apres le goûter et ou ils se promenent d’un bout â 1’autre. La plupart du temps, les riches se reunissent dans leurs maisons, sous le nom de “bal” oû hommes et femmes dansent en couples. Il est de coutume de servir â ceux qui sont invites au repas, parfois seulement du cafe, de la glace et du the.

Insinuation

Une nuit de bal, nous avons vuj’une des femmes portant un ruban vert sur le tete, qu’a rencontre 1’Ambassadeur iranien, et avec laquelle il s’est entretenu. Le dît Ambassadeur, â cause de son caractere inne de debauche, m’a dit: “Cette femme doit etre une des nobles de Varsovic”, voulant ainsi se railler de ma noblesse, je lui ai repondu: “Si Ton distinguait dans ces regions Tamir de I’Armenienne, elle aurait mis le ruban pour se distinguer, mais on ne distingue pas.” Cette reponse le mit dans une position inconfortable, de honte, de regret et de souflrance.

Principe

Les Français, homines et femmes, prennent ensemble les repas de la journee. Pendant les repas du soir et parfois pendant les festins, les femmes seulcs s’asseoient an tour de la table â cause du nombre croissant des femmes, et les hommes restent debout derrieres dies et les regardent. Si par pi tie leurs femmes leur donnent quelques bouchees, ils mangent, sinon ils arrivent affames et partent affames. Comme les non-invites et les serviteurs ne profitent pas en general de ces festins, les hommes qui m'accompagnent ne sont jamais sortis de notre residence sans s’etre restaures lorsque nous fumens invites â ces festins.

Comme les habitants de Varsovie ont une sympathie pour la litteraturc et les arts, on trouve rarement des enfants de notables qui nesachent pas bien parler et jouer des instruments de musique, et comme je savais qu’ils aimaient bien se faire des eloges et des blâmes avec des paroles rythmiques, on s’adressa des vers, avec eux, traduits de deux cotes, parini lesquels l’un â propos d’une fille nominee “la lune” fut accroche au cabaret.

Qualrin

J’ai rencontre la unit une partie de la lune parmi les autres, J’ai demande: quelle est cette meurtrissure que tu portes?” Souriant avec coquetterie, ce visage de soleil a dit: “C’est 1’aile de 1’archange Gabriel qui l’a touchee”. Autour de la vide susdile, on trouve de beaux lieux de plaisance tels que Marimut, Bilan, Muçin, Lazengi, Gorili, Garya, Bilan Ova et Vargan, de belles fermes, des villages et des residences de campagne appartenant â certains riches. Grace â notre long sejour â Varsovie, nous observances d’aut res cotes et primes connaissance de heaucoup de choses en ecoutant, en contemplant et en nous farniliarisant de pres avec le pays. J’ai compris, grace â ce voyage, les buts du refus â 1'egard des Français dans ces regions-la. En faisant bien attention â ma mission â Varsovie et m'abstenant de mettre en peril les moyens de I’accord entre I’Empire ottoman, mon bienfaiteur, et la France, je me rends compte du röle important quejejouerai dans cet accord.

Alaxime

L’Empereur français justifia son plan de campagne de certaines façons: premierement, il poussa et encouragea ses soldats â 1’idee qu’il fallait donner une leçon aux ennemis du peuple et de la nation françaisc deuxiemement, il affirma sa pretention de justice consistant â liberer les Polonais de I’emprise etrangere et â amener leur Etat â son ancienne situation d’independance et troisiemement, il deploya ses efforts et manifesta son amitie en disant qu’il se

sentait oblige de rendre la gloire et la celebrite â l’Empire ottoman en recuperant les provinces occupees par les Russes en 1182 (1768). En outre, les paroles semblables qu’il a utilisees partout sont les ruses de guerre qu’il exploite â son profit. D’aillers Katip Çelebi, le Defunt, a ecrit dans son Cihannuma un proverbe en ces termes: “chaque peuple a un caractere: le pont des Polonais, le moine chez les Tcheques, la piete des Italiens, le jeûne des Allemands et la promesse des Français. C’est â dire, au lieu de proferer des choses futiles, sans fondements et des mensonges, le Français utilise des proverbes avec les correspondants de ces mots. La petite taille des Français est indiscutable et connue depuis longtemps et en plus, toutes leurs paroles et toutes leurs actions ne sont rien d’autres que des ruses, faits constates par les sages. Certains, qui ont compris plus tard cette veritc, croyaient qu’il etait facile de recuperer la Pologne russe, apres quoi, d'accaparer naturellement des pays de la Galicie autrichienne, etant donne que 1’annee derniere, lors de la guerre d’Austerlitz, les Autrichiens eurent beaucoup de pertes; que leurs foyers furent detruits; que les Russes eurent egalement les bras et les ailes casses par la defaite qu’ils subirent et meme 1’Etat russe fut mis en mauvais etat sur quelques points. Cependant, depuis 1152 (1739), tout en occupant çâ et lâ afin de nourrir leurs soldats qu’ils ont organises; tout en s’emparant durant I’annee 1176 (1762) de la province de la Courlande polonaise, les Russes realiserent progressivement leur but et tirerent un profit maximal des territoires polonais. On se demandait, tout en consommant de bonne boisson, si avec un bruit de pas des Français, dont 1’attitude et le caractere sont bien connus, les Russes pouvaient se retirer? En prenant en consideration la subtilite des questions et des reponses, qui ont lieu pendant la consommation de bons fruits, et notre connaissancesur la situation globale des pays polonais, nous allons proceder, graâce â Dieu, le Tres-Haut, â 1’explication ci-dessous en pensant que cela servira â l’Empire ottoman eternel.

Explication de la situation des pays polonais

• Les anciennes frontieres de la Lituanie et de la Pologne d’il y a 35 ans, si 1’on definit secteur par secteur tout en prenant en consideration les 32 Principautes, constituaient un grand pays qui se situait entre 35’-5o° de longitude et 48’-56“la latitude septentrionales. La temperature la plus froidc atteint les 24° C et la plus chaude les 26° C. Le pays possede cinq mois d’hiver par an et sept mois d’ete, de printemps et d’automne. Parmi les Principautes susmetionnees, certaines postes dans les secteurs de la Lituanie et de la Polesie appartiennent aux Russes; les Principautees de Sandomir, de Radom, de Lubin, de Cracovie, de Heim, de Zatur et de Suisse apparticnncnt aux Autrichiens, ainsi que les bourgs et les villages, s’etendant du detroit de l’eau de la Polesie â la rive du fleuve Vistule, qui se situent vers Cracovie et les Principautees de Russie et de Polesie. Les secteurs de la Podolie, de la Volhynie, de Prasla et de Kuyuya appartiennent aux Russes. Toutes ces regions sont un peu montagneuses, les autres regions constituent des plaines plates. Le pays a des terres noires et souvent sableuses, sur lesquelles on trouve des cedrats, des arbres gras, quclques filons de peinture et de 1’ambre, sur les regions montagneuses susmentionnees, quelques varietes de fer, de cuivre, de ploinb, d’aimant, de houille et parfois des mines d’argent et d’or et ensuite, â partir des regions de Cracovie vers la Moldavie et la Valachie, situees â cote des Carpates, des mines actives de sei propre, de soufre superieur, de pierre de briquet et de pierre de plâtre. Les terres de Sandomir et de Cracovie sont plus cultivables que les autres terres de Pologne. Outre que 1’on extrait 400 â 500 voitures de sei par jour de leurs salines, que 1’on vend, on trouve dans les Principautees de Volhynie, de Podolie et d’Ukraine, situees dans les regions de Cracovie, de beaux chevaux, des animaux â cornes et aussi des fruits et des plantes, tels que le melon, la pasteque, 1’artichaut. Des terres de Podolie et d’Ukraine, susmentionnees, on extrait de bon salpetre comme celui d’Egypte.

Situation actuelle des terres polonaises

Considerant toutes les terres de Pologne et de Lituanie en 123 parties, on suppose que 23 parties constituent des champs, 9 parties des prairies, 2 parties sont occupees par des habitations, 34 parties par des routes et des fleuves et enfin 50 parties par des forets et des arbres. On rapporte que, parmi les champs qui occupent le sixieme des terres de toute la Pologne, ccux qui contiennent des terres noires, sont plantes en froment; ceux qui sont sableux sont plantes de seigle d’avoine et de patates. Un kile [5] de chaque denree, excepte le froment, donnerait 20 fois plus. On semait, İ1 y a 30 ans, dans les champs de froment, 19.000.000 kile, dont chaque kile est egale â un kile et demi stambouliote, et on cultivait 95.000.000 kile de recolte par an, comptant en moyenne pour un kile de semence 5 kile de recolte. Mais â cette epoque-lâ, la plupart des terrs appartenant au tresor public, etaient dans la possession du roi polonais et de ses suites, et elleş etaient cultivees grace aux esclaves, c’est â dire aux sujets pauvres, qui ne pouvaient sortir â 1’etranger, comme les Bohemiens de Valachie. Cependant elles se commercialisent dans le pays. Etant donne que ces sujets travaillaient bon gre mal gre deux jours par semaine et s’occupaient les autres jours d’autres affaires, la plupart des terres, comme tout le monde le sait, n’etaient pas bien cultivees et demeuraient inactives. Dernierement, les Etats d’Autriche et de Prusse louerent et donnerent en parcelles des terres du tresor public susmentionnees aux sujets qui pouvaient, apres leur mort, les laisser â leurs descendants. Ils promulguerent egalement une loi convenable, interdisant d’utiliser des gens contre leur gre au sujet de I’acquisition et de la donation des terres, et des relations entre les riches et pauvres. Affranchissant ainsi les pauvres sujets de l’esclavage, ils les encouragerent â travailler dans leurs terres tout en reorganisant les terres arides. Aujourd’hui, on suppose, qu’on recolte annuellement en Pologne 20.000.000 kile de grains, estimation donnee par raport â la quantite des cereales transportees par bateaux vers les autres pays par les ports de Dantzig, de la mer Baltique et du cöte de Hoca Bey. La plupart des pauvres consomment des pommes de terre röties â la place du pain. Comme la plupart des terres susmentionnees sont passees au moment du partage â la possession des Russes, 1’injustice et la vexation de ces derniers â 1’egard des sujets jusqu’a une epoque recente etaient pires qu’auparavant. En effet, les Russes, charges de la gerance des terres conquises auraient fait travailler les sujets selon les exigences de la situation troisjours par semaine et parfois plus. Il est evident qu’au temps de 1’ancinne Imperatrice Catherine, on les a obligea â travailler six jours par semaine sur les terres appartenant au tresor public. Cependant selon certaines observations, on essaya dernierement d’attirer et de favoriser les sujets polonais disposes â travailler en leur fournissant certains travaux. Il est evident que les Polonais eurent de la sympathie â 1’egard des Français qui, lors de la guerre qu’ils menerent, ne prirent rien des Polonais sans leur payer, geste grace auquel les Polonais ne quitterent pas leurs terres respectives.

Nombre des habitants de Pologne

Toute la Pologne ne possede que quelques grandes villes, telles que Kiilruy, Cracovie, Lublin et Varsovie et ses districts n’ont pas beaucoup de points distinctifs qui les separent des villages. Comme elle n’a pas beaucoup d’habitants, on n’y trouve pas tellement de gens qui s’occupent d’un metier autre que 1’agriculture.

Ilya trente et un ans, en 1776 de 1’ere chretienne [6] lorsque les trois Etats avoisinant se partagerent le pays et denombrerent la population, 1’ensemble de la population atteignait 14.000.000 de personnes, dont 2.700.000 dans les territoires de l’empereur d’Autriche, 2.009.000 dans les territoires de l’Empereur de Russie, 900.000 seulement dans les territoires du Roi de Prusse et 7.400.000 dans les territoires du Roi de Pologne. Dans ces 14.000.000, il y aurait 1.000.000 juifs environ. Ensuite, en 1795 de l’ere chretinne, apres qu’on eût eloigne le Roi de Pologne et les notables, et que le reste de la population fut partage entre les trois Etats susdits, on denomberait, d’apres les recensements, 5.130.000 Polonais dans les territiores de l’Empereur d’Autriche; 5.030.000 chez les Russes et 4.100.000 chez les Prussiens. D’apres ce decompte, il y aurait une augmentation de 260.000 âmes. Lorsqu’on recherche la raison de cette augmentation, on constate que la Pologne est plus grande que la France, mais moins peuplee qu’elle. Comme ses terres sont tres fecondes, 1’ensemble de la population est paysan â 1’exception des juifs qui sont marchands de boissons alcooliques detestables. Ne pouvant s’occuper d’autres metiers comme dans les autres Etats, ils donnent leur argent â 1’etranger et gaspillent ainsi leurs capitaux pour acheter de la France, de 1’Angleterre, de la Hollande les marchandises necessaires telles que drap fin, mousseline, batiste, percale, tissus de coton et de soie et autres marchandises brodees et precieuses. Afin de fabriquer et de tisser les marchandises necessaires enumerees, ils essayent d’augmenter la populatin en nourrissant depuis un certain temps les bâtards anciens dans les maisons de bâtards, en soignant la variole, qui s’abat sur le corps humain, avec le vaccin, cite dans leur manuel special, et en essayant d’attirer des sujets etrangers. On nous a precise, d’apres les registres paroissiaux, que le nombre des naissances etait superieur depuis ce temps- lâ â celui des deces de 3°/o-

Un aperçu sur I’organisation des maisons de bâtards

Leurs maisons de bâtards sont sous le contröle de femmes, habillees de noir comme des religieuses et consistent dans des pieces situees â 1’interieur des eglises. Elies sont louees par 1’Etat et placees sous la surveillance de nourrices, de maîtres, de sieurs. Apres qu’ils sont suffisamment nourris certains de ces bâtards sont donnes aux gens afin qu’ils les elevent, et certains autres, consideres comme intelligents et habiles, sont diriges vers les ecoles quittant ainsi les maisons de bâtards. Comme on a promis de donner â ce pauvre, qui n’est pas desireux d’en prendre, un enfant qui lui plaira, nous allâmes un jour specialement â leurs maisortde bâtards, nous en regardâmes 150 environ et nous les trouvâmes de mauvaises natures, comme le terme 1’indique: “pires que les yeux enfonces”, â la limite de forces, pâles de visage et impertinents. De ce fait, nous donnâmes des gratifications â chaque chambre et nous nous en retournâmes, Ces maisons de bâtards component des armoires tournantes, â cote de la porte principale, oil I’on depose des bâtards pendant la nuit et les employes, apres avoir enregistre la date et I'heure d’arrivee, les confıent â des nourrices. Cependant si la mere, qui met 1’enfant dans 1'armoire tournante, sc fait attraper â 1'exterieur par le policier, elle est habitucllcmcnt emprisonnee pendant six mois dans la maison de bâtards afin qu’elle allat te outre son bâtard, auta nt de bâtards qu’elle pent.

Nombre des soldats polonais

10.000.000 individus etant entres dans les regions de I’Etat de Prusse, fournirent â I’Etat un revenu de 198.000.ooo florins dont 96.000.000 furent depenscs pour les campagnes. Ainsi I’Etat de Prusse nourrirait 240.000 soldats bicn organises. Comme 1’exprerience tentcc dans les Etats chretiens consiste â engager au service militaire 2% de la population, I’Etat polonais peut facilement en nourrir 250.000 en adaptant le systeme prussien. Il est important aussi â noter que les Polonais sont plus fastueux et plus travailleurs que les Prussiens.

Digression

La Prusse a une certaine piastre, que I’on peut echanger contre 4 para[7] scion le cours d’echange d'Istanbul, dont les 24 sont appelees un “talar”, comme un talar equivaut â 6 florins polonais, nous pouvons calculer que les 198.000.000 florins cquivaudraient aux 33.000.000 talars prussiens.

Projet

Il faut que chaque Etat ait de 1'argent en reserve plus que le revenu destine aux depenscs afin de 1’utiliser en cas de besoin pour les campagnes et pours les affaires urgentes. Cet argent de reserve peut se procurer tout au long de la periode de paix. Lorsque nous posâmes aux Polonais la question suivante: “Si vous aviez gagne votre independance et que vous aviez ete obliges de faire la guerre contre I'tin de vos voisins, n'auriez-vous pas eu de difliculte pour vous procurer des aspres?”, on nous repliqua: “Actuellement votre hypothese n’est pas envisageable, cependant, apres avoir recupere nos anciens terrtoircs et nomme de nouveau un roi polonais, on peut tout de suite se procurer 90.100.000.000 florins en vendant les terrains et les proprictes appartenant au tresor public, et aux preteurs et enfin les salines.” cette fois-ci, ils prepareraient et equiperaient 40-50.000 bons soldats dans le tiers du territoire occupe par les Français qui appartenait â la Pologne de Pusse. Le nombre de tous les soldats, ceux des Français et ceux des allies, depassait les 200.000, dont la nourriture et les autres besoins seraient fournis par ces pauvres Polonais. En somme, Varsovie et ses regions depenseraient, selon les rumeurs publiques, et donneraient 80.000 bourses d’aspres pour cette campagne française. Par la suite, lorsqu’en vertu du traite de Tilsit, on eût donne aux Russes et aux Rois de Westphalie et de Saxe les terres que les Prussiens avaient auparavant conquises par la force, les Polonais ont eu le coeur blesse et ont deduit par plusieurs raisons que leur situation allait etre pire qu’elle ne 1’etait au temps des Prussiens.

Profits des trois Elats tires de la Pologne

Les terres polonaises, occupees auparavant par les Prussiens, rapportcraient un revenu de 36.000.000 florins par an et les boissons vendues sur ces terres, plus particulierement les jeux de hasard qu’ils appellent “la loterie”, rapporteraient egalement 4.000.000 de florins. Dans les terres occupees par les Autrichiens, les Autrichiens tireraient 36.000.000 de florins des recoltes, des terres appartenant au tresor public et des salines, et 86.000.000 de florins de la loterie et du tabac â priser. En somme, 1’Etat autrichien gagnerait 120.000.000 de florins[8] et 1’Etat prussien 60.000.000 de florins[9], d’autant plus qu’ils se saisiraient pour leurs soldats de provisions en nature, ressemblant â la dime, au nom du tresor public. Bien que les recoltes de 1’Empereur russe sur les terres conquises atteignent probablement le double de celles recueillies par les Autrichiens, selon une supposition, elles s’eleveront â 100.000.000 de florins. On rapporte que tous les profits tires des terres de Pologne et de Lituanie, excepte les dimes des provisions en nature des trois Etats susmentionnes, s’eleveront â 280.000.000 de florins. Lejeux de hasard, que 1’on appelle “la loterie”, consiste en go cartes munies de chiflres que les joueur mettent dans un sac, ils les font melanger par un enfant, ils tirent en trois fois et montrent â tout le monde. Les joueurs donnent des arrhes aux chiflres sortis du sac et s’ils trouvent juste, ils gagnent, selon la regne, 536 fois plus.

Calcul du fiorin

Ce qu’on appelle florin est une sorte de petit para connu, dont chacun equivaut â 60 garayiç, chaque garayiç equivalant â 5 aspres, utilise comme monnaie. Comme 3 florins equivaudraient â une piece d’or hongroise, mais selon l’utilisation polonaise, les 18 florins qui coûtent ıo para equivaudraient â une piece d'or hongroise. Chaque florin equivaut done â ıo para, c’est â dire â 4,5 piastres-ors hongrois. Selon ce calcul, l’Etat polonais doit avoir un revenu de 140.000 bourses romaines et l’Etat prussien, sans compter la part polonaise, 99.000 bourses romainnes.

Digression

Scion ce que nous avons precedemment ecrit au sujet de fhypothese de I’independance de la Pologne, nous pouvons supposer, en prenant le loisir de nous en occuperet avec un calcul grassier, que les 90 â 100.000.000 de florins, que 1’on peut rapidement se procurer, equivaudraient â 45.000 bourses romaines on comptant pour chaque milion 500 bourses romaines. Comtne on ne s’oppose pas â la richesse de chaque personne en Europe, saufen ce qui concerne les taxes ct les benefices, et que le citoyen peut leguer ses biens meubles et immeubles â ses ascendants et â ses descendants, on n’y trouve ni vagabonds, ni gens sans emploi et tout le monde, y compris les aveugles, a un travail. Dece fait, il est logiqueque l’Etat et lessujets puissent se procurer, en cas de necessite la somme d’argent susdite.

Explication des Jleuves el des eaux courantes de la Pologne

On rapporte que ce pays aurait 4819 fleuves, chiffre superieur â celui des canaux ct des eaux courantes de 1’Europe. Certains de ces fleuves naissent dans les Carpates, dans les lacs et les marecages de la Polesie et, s’accumulant dans les etangs et les lacs de la province de Pinsk sous domination russe, coulent vers la mer Noire et la mer Baltique. Les plus grands de ces fleuves sont le Dniepr, Turla, tsker, le Bug, Puruji, Wieprz, Vistule, la Visla, Dunayec, San, Nida, Prosna, Warta, Pilica, Barfaga, Narew, Brda, Niemen, Hurin, Slouj dans lesquels naviguent les bateaux faisant toutes sortes de commerces et d'affaires.

Possibility de jonclion des deux mers

Comme la surface de ]a province de Pinsk, dont on vient de parler, ou s'accumulent la plupart des fleuves susdits, est de 32 pieds plus haute que celle de la mer Noire, et de 17 pieds plus haute que la mer Baltique, et plus paticulierement, vu la conformite et le rapprochement evidents des eaux dans les regions de Polesie, le dernier Roi de Pologne, le nomme Stanislas II Auguste Poniatowski, chargea le Hetman de Lituanie, Okniski et I’atnir Muhavciski, en vue de joindre les deux mers susdites, ce qui relierait les eaux de Pilica aux fleuves de Bug et de Niemen. En joignant ces deux fleuves et en etudiant une carte hydrographique, onconstate que 1’on peut joindre les deux mers et que la partie couverte de rivieres, de lacs, et de marecages, constituaient â Toriğine une partie de la mer. Dieu sait mieux la verite.

Profits lirts des forets polonaises

En France, plus particulierement â Paris, un çeki[10] de bois de chauflage peut s’acheter â 30 ou 40 piastres â cause de diflerents impots, alors qu’en Pologne, les bois de chauflage et de construction se vendent et s’achetent â bon marche grace â l’abondance des forets oû Ton trouve toutes sortes d’arbres, sauf le cypres, et grace â la facilite du transport maritime. On rapporte que, comme les Polonais utilisent beaucoup de bois pour la construction des bateaux et des barques aux bords de la mer Baltique et que la plupart de leurs logements sont construits en bois, ils tireraient beaucoup de profits de leurs forets et qu’aussi le bois de construction dans les forets des provinces de Radom et des Carpates est beaucoup plus utilise dans la construction des salines et des usines d’aimant et de fer. 11 convient d’editcr un livre â part pour parler de 1’eflbrt, des coutumes et de 1’organisation qu’ils ont â propos de la plantation et de la coupe des arbres.

Barbarisme curieux

Bien que toutes sortes d’indiennes et de rubans soient consideres comme des marchandises polonaises, comme le pretendcnt les traductions de quelques nouveaux atlas et la population, les indiennes superieures â celles que nous voyons et utilisons dans les pays ottomans, sont tissees dans le Brandebourg, en Prusse, en Hollande et en Angleterre et les indiennes argcntees et brodees en fils metalliques, â Dantzig. D’autant plus que quelques usines de textile d’indiennes qu’ils avaient auparavant dans les regions de la province de Podolie ne fonctionnent plus depuis bien longtemps et que les marchandises dont ils commerçaient et continuent de faire faire commerce se limitent aux cereales, au miel, â la cire, â la graisse, au salpetre, â la peau tannee, â la laine, au fer, au sei, au bois de charpente, au chanvre aux cables et â la toile de voilier. De cc fait, j’ai appris que le terme “indienne de Pologne” est un emploi barbare.

Dibul de noire entrelien avec I’Empereur de France

Comme nous venons de 1’ecrire ci-dessus, nous arrivâmes â Varsovie en parcourant de longues distances et en traversant des plaines et des montagnes. Etant donne que nous y entrâmes en plein hiver et que

l’Empereur de France partit de Varsovie plusieurs jours avant nötre arrivee afin d’examiner et d’organiser la situation de ses soldats qui perseveraient ouvertement, le representant susdit, nötre ami Talleyrand, nous precisa que nötre entretien n’aurait lieu que lorsque l’Empereur şerait de retour â Varsovie. Chaque fois que nous lui demandâmes l’autorisation de rejoindre l’Empereur â l’endroit oû il etait, il nous presenta une foule de vaines excuses et nous dûmes y passer trois mois entiers. Alors que TAmbassadeur de France â Constantinople, le general Sebastiani, avait ouvertement et olIİciellement precise que tout allait etre organise comme le souhaitait l’Empire ottoman lorsque son Ambassadeur plenipotentiaire arriverait lâ-bas. Ees representants français changerent ainsi 1’image de 1’amitie. En effet, pendant nos entretiens et nos conversations avec Talleyrand, qui sexpliquait courtoisement sur le principe politique, pretextant qu’ils etaient venus secourir les soldats musulmans, alors qu’en verite ils voulaient introduire les soldats français dans la montagne de Kara Dağ, les regions de Serbie, dans le Bosphore, les Dardanelles et la Mediterranee en vue de semer la discorde dans les pays de l’Empire ottoman et la mesintelligence vis-a-vis de I’Anglcterre, ils commencerent â nous faire d’une maniere indirecte maintes propositions bizarres, qui peuvent provoquer et sensibiliser tout le monde et qui ne conviennent pas aux principes de 1'Etat et aux lois islamiques du pays ct de sa nation, en vue d’obtenir un engagement ecrit de la part du pauvre, queje suis, qui a ete envoye muni des pouvoirs absolus. Bien qu’ils nous aient fait de plus cn plus de pressions tantot en nous menaçant, tantot en nous suppliant et en nous flattant, nous differâmes les reponses aux questions posees, grace â nötre education religieuse et â nötre caractere fidele et juste, que nous avons adaptes â nos instructions et â nos enquetes, tantot en leur disant qu’il fallait demander l’autorisation â (’Empire ottoman, tantot en repondant d’une maniere impassible, en attendant les resultats de la guerre et nous passâmes des nuits et des jours en communiquant successivement au Seuil sublime les evenements qui se deroulaient. Au bout des trois mois susdits, les pourparlers entre 1'Ambassadeur iranien, le susdit Riza Khan, et les Français s’acheverent et leur engagement fut ecrit, signe et cachete sur un document secret. Apres qu’on eut envoye 1’Ambassadeur susdit chez lui avec tons les egards dûs et que le depart de Talleyrand de Varsovie â l’endroit oû l'Empereıır se trouvait eut ete evident, nous lui envoyâmes une lettre attrayante et lui demandâmes ce que nous allions devenir apres son depart.De ce fait, le susdit arriva â nötre residence, nous confirma le soir meme son depart et prit conge en nous precisant qu’il şerait de retour dans les cinq jours et qu’il nous enverrait une lettre au cas oû il şerait oblige de rester plus â cause des affaires. Comme nous reçumes au bout de dix-huit jours sa lettre dans laquelle il nous invitait â nous mettre en contact avec 1’Empereur de France, nous quittames Varsovie sans etre trop charges en compagnie de notre suite et de deux oflficiers polonais, envoyes de Varsovie dont les depenses furent assumes â nos frais et â qui nous donnâmes des cadeaux â la fin du service. Tout en traversanl les provinces de Guyavya, d’Ambarcelu, de Puzin et de Kelem, appartenant â la Pologne de Prusse et longeant la Vistule nous arrivames au palais royal qui est dans le village nomme Finkenstein, situe entre les bourgs de Dizneberc et d’Esrud, et nous nous installâmes en disant: “Il n’y a de force qu’en Dieul”, dans 1’appartement, ne comprenant que deux pieces, qui nous avait ete reserve, oû nous sejournâmes tristement dix jours et nuits.

Entrelien avec 1’Empereur

Notre arrivee au palais de Finkentein tombe au 24* jour du Rabiu’l- Ewel 1222 (le 13 juin 1807), j°ur°û la forteresse de Danzig fut definitivement conquise. Le lendemain matin, le nommejaubert, interprete de la cour, vint nous inviter avec nos interpretes. Nous montâmes â 1’etage superieur oû nous parcourûmes le large corridor, rempli par des marechaux, des generaux et autres officiers, allignes des deux cötes, et entrâmes dans la piece oû ailait se derouler l’entretien. Dans la dite piece, nous nous serrimes la main avec Sa Majeste, 1’Empereur, ayant le chapeua sous 1’aisselle, quelques boîtes de tabac â priser dans la main, et nous, en turban ordinaire sur la tete, un manteau de laine epais, brode sur le dos, nous nous saluâmes et restâmes respectueusement sans mouvement â la maniere chevalercsque. Au cours de l’entretien comme 1’Empereur restait sur une belle estrade et que cet homme seul, que nous sommes, ressemblait â quelqu’un qui faisait partie de sa suite, nous fimes allusion par le regard â 1’interprete susdit, Jaubert, que nous n’avions pas pu effectuer la ceremonie convenable. Par voie de consequence, tout en exposant verbalement quo nous avions ete nomme â la mission d’ambassadeur, muni des pouvoirs absolus, afin que se realisent les conditions qui consolideront 1’amitie, 1’affection et 1’accord rxistant entre l’Etat français et 1’Empire ottoman, nous remîmes ensuite a 1’Empereur la lettre imperiale. L’Empereur exprima par 1’entremise de 1’interprete, Jaubert, son contentement et sa satisfaction â propos de la lettre imperiale et de ma mission. Nous avons vivement discute pendant une heure des affaires concernant 1’Empire ottoman. Nous rentrâmes ensuite chez nous et nous nous occupâmes de 1’envoi des rapports et du courrier au Seuil sublime. Peu apres Talleyrand vint nous voir et apres les ceremonies habituelies, exprima ses compliments en dîsant: “Notre Empereur a ete tres touche par Votre Excellence et vos façon d’agir et de parler lui ont beaucoup plu, il m’a charge, moi, votre ami, de vous presenter ses compliments.” Comme tous deux exprimaient ainsi verbalement leur faveur, nous envoyâmes le susdit tout en manifestant verbalement nötre amitie et notre sincerite. Nous commençâmes ensuite â etudier certaines affaires avec le grand ecuyer, le general Caulaincourt, muni de la lettre d’autorisation, signee par 1’Empereur, le premier ministre et le secretaire general. Un jour apres, nous primes la route pour Dantzig ou, durant troisjours de sejour, conformement au protocole, nous expliquâmes notre but et notre intention â propos des 18 articles, discutes avec zele pendant les quelques reunions qui eurent lieu [11].

Biographic de 1’Empereur de France

L’Empereur de France, Bonaparte Napoleon, est ne en 1184 de 1’Hegire, correspondant au 15 août 1769 de 1’ere chretienne, dans File de Corse et partit, tout jeune, avant de distinguer le littoral, en France. Ayant etudie â I’ecole militaire du district appele Brienne dans la province de Champagne, il s’integra ensuite par instinct dans le champ de manoeuvres â Paris pour apprendre 1’art militaire, ou il se distingua. A vingt ans, pendant la revolution de 1789, il fut nomme officier d’une compagnie d’artillerie et, apres son succes dans ce service, general de brigade en 1793. Il fut emprisonne pendant un certain temps dans la circonscription de Nice dans les Alpes, situee â la frontiere franco-italienne, relâche ensuite en raison de sa longue separation de sa compagnie d’artillerie et de sa tristesse, periode durant laquelle il envisagea de renoncer â servir la France et de partir pour Constantinople afin de servir 1’Empire ottoman. Mais n’ayant pas eu 1’autorisation du Directoire, il fut envoye en Italie. II aurait bien seni dans les batailles de Genes et de Milan. Il signa personnellement des traitees avec les Rois de Rome et de Naples. Encourage par ces victoires et autres services, il prit, la sixieme annee de la Republique, comme tout le monde le sait, file de Malte en compagnie de sa grande flotte; se dirigea vers 1’Egypte; apres i'occupation de celle-ci, nommant â sa place le general Kleber, il fuit 1’Egypte en compagnie d’une dizaine d’hommes sur deux fregates pleines de marchandises et gagna Paris. Quelques jours apres, il y eut des troubles, dûs â l’injustice et â la vexation, dirigees contre les Jacobins. Organisant les preparatifs d’un nouveau systeme et participant aux querelles de la rue en compagnie des soldats armes de canons et de fusils, Bonaparte etablit avec

l’aide de cinq Directeurs le Premier Consulat le Cemaziye’l-âhir 1214 (octobre 1799) et fut honore par le titre de Premier Consul. Il reorganisa les affaires interieures et exterieures du pays. Bien que ses adversaires aient organise des scandales et differents complots pour I’eliminer, il gagna la sympathie de la plupart des Français grace â certaines victoires remportees contre les Autrichiens et autres, et enfin, le Kânun-ı Evvel 1219, correspondant â 1804 de Fere chretienne. il fut distingue par le titre d’“Empereur” et immediatement apres, par celui de “Roi d’Italie”.

Moyen de taille, brun, ayant les yeux enfonces de couleur bleue, les sourcils epais, une grande bouche, le susdit şerait un petit mangeur, petit buveur et petit dormeur. Pousse par le reve de conquete du monde, il ne doit pas avoir d’autre joie que de s’occuper des affaires du pays et de I’armee. D’apres mes enquetes personnelles, il a du bien etudier, comme 1’ancien Roi de Prusse, Frederic II, 1’histoire des grands conquerants, tels que Gengis Khan, Tamerlan et autres, d’autant plus qu’il manifeste, conformement â Part de la politique, de I’amitie et de I’equite envers les Etats et les nations auxquels il s’interessejusqu’acequil arrive â son but. Comme ruse de guerre, il fait des compliments aux officiers et aux notables tout en decorant certains hommes d’Etat blesses ou invalides et en les visitant personnellement. II s’efforce de gagner leurs sympathies et plus particulierement, pour elargir les frontieres de l’Etat français, il rassemble des auxiliaires utiles dans le domaine militaire et autres et de ce fait, il est toujours avide et enthousiaste de faire la guerre et de chercher querelle.

Digression

Comme 1’Empereur susdit ne donne pas beaucoup d’importance aux costumes attirants et que la plupart du temps il se promene avec ses habits habituels d’empereur, durant notre entretien, lors d’une discussion humble avec 1’un de nos amis au sujet de magnificence et d’ornement, 1’ami en question commença â faire des eloges sur 1’attitude de 1’Empereur, ceci attira la curiosite de ce dernier et nous intervînmes par le poeme:

Le viel habit n’est nullement compatible â la dignite de 1’homme,

Quoique chaque connaisseur prefere contempler 1’epee nue.

Lorsque le poeme fut traduit â 1’Empereur, quelques hommes vinrent nous informer qu’il avait ete tres touche par 1’allusion que nous avions faite aux beaux habits. Ce fait nous accorde le plaisir d’en parler ici.

Description de la for ter esse de Danzig

Situee entre 54" 21 ’ de latitude et 36" 17’ 45” de longitude, ayant environ 50.000 habitants, bordanı la Baltique, se situant entre les fleuves de Vistule et de Morava, la dite ville Danzig comprend une puissante forteresse ayant plusieurs portes et beaux ponts, des fosses, des muraİlles au- dessus desquelles des parapets fabriques en terre et aussi des fosses cercles, remplis par les eaux du fleuve Morlava. Etant entouree au sud par une plaine â 18 heures de distance; de 1’est, par la mer Baltique; du nord et de 1’ouest, par les petites et grandes montagnes; disposant de beaux et hauts bâtiments en pierre et en briques, de beaux logements, magasins et boutiques, elle a, comme la Corne d’Or de Galata et d’Eyub d’Istanbul, tout au long d’une heure de distance â droite et â gauche, les magasins de cereales et de bois de charpente, et dans les deux fleuves, des bateaux commerciaux â plusieurs etages. Comme le fleuve Morava susmentionnee possede une digue au fond de la forteresse et que, lorsqu’on endigue, en cas de besoin, 1’eau s’etend dans la plaine grace aux fortifications de la forteresse. Nous constatâmes sur place que les Prussiens avaient utilise cette methode pour repousser I’attaque française tout en inondant 12.000 maisons et incendie pour 1’interet public les maisons se trouvant dans les montagnes. Les montagnes susmentionnees avancent curieusement les unes sur les autres dans la forteresse comme des surveillants. Comme le Roi de Prusse s’etait borne â faire construire quelques bastions â 1’exterieur du faubourg, par delâ les palissades â un jet de balle, en faisant installer des canons, il compta sur le grand nombre de sa population et de ses soldats et sur les provisions stockees pour un ou deux ans, et comme les employes français savaient tres bien la situation des pays qu’ils avaient occupes, ils occuperent d’abord les regions montagneuses et attaquerent sans se lasser pendant cinq mois de 1’hiver. Lorsqu’ils arriverent aux faubourgs tout en vaquant aux affaires de la forteresse, telles que construction des bastions, creusage des meutrieres et manoeuvre strategique, ils foncerent par les canons, les fusils et les grenades, creant des coup de foudre â 1’adversaire et envoyerent une ou deux grenades sur les toits d’une trentaine de maisons qui sont dans la forteresse. Les habitants choisirent alors la solution de rendre la forteresse afin de sauver leurs maisons. Pendant ce temps, comme les soldats qui etaient en guerre â Varsovie arriverent â la forteresse tout en abandonnant ouvertement 7 â 800 canons de toutes tailles et des munitions considerables. Se rendant compte de leur erreur, Autrichiens et Russes, 18.000 soldats partirent avec leurs armes le ige jour du Rebiii’l-Evvel de 1’annee susdite (20 août), en demandant grace â l’ennemi français qui etait tres heureux d'avoir conquis la forteresse. Comme la population demandait grace au moment oil nous rentrions avec 1’Empereur et que le depart des soldats enemiş avait eu lieu le jour meme oil nous entrions dans la forteresse

en compagniede l’Empereur, nous noussentîmes obliges de le feliciter par le poeme “la date”:

J’y suis en l’an chretien de 1807,

Oû Napoleon, le Grand conquit Danzig de l’ennemi;

Lui serve de date notre hemistiche brillant,

Les Français prirent la ville de Danzig de la Prusse en 1807.

Lorsque l’Empereur eut pris connaissance de la traduction de notre poeme, il manifesto ofTiciellementson extreme saticfaction en nous envoyant 1’Ambassadeur italien qui etait chez lui et nous donna i’occasion de visiter entierement la ville et la forteresse en compagnie d’un general.

Digression

Durant la visite de la forteresse de Danzig, lorsque nous discutâmes sur certaines regies de geometric avec les Français qui etaient en train de faire fortifier les bastions et faire arranger les canons et les grenades, 1’un deux nous dit: “Les Français font entierement attention â ce que vous definissez et les pratiqueront surement en cas de besoin, cependant, si Son Excellence eut ete lâ et qu'une flotte anglaise s’etait rendue par ici pour livrer une bataille, qu’auriez- vous fait?”, il voulait ainsi decouvrir notre avis sur 1’attaque anglaise. Nous lui repliquames: “Je ne suis pas encore officiellement averti d’un evenement autre que 1’amitie qui aurait lieu entre 1’Empire ottoman et 1’Etat anglais, ce qui m'incombe ici, en cas d’une attaque anglaise, c’est de contempler de loin votre bataille. Neanmoins, comme je considere l’ennemi de l’endroit oû je suis, etant mon ennemi, je ne m’abstiendrais pas d'amorcer 1’etoupille avec vous.”

Article d’ambre

Comme on chasse les resines de 1’ambre dans les eaux de Danzig, nous voulûmes nous renseigner â ce sujet et posâmes la question aux pecheurs et aux commerçant qui nous repondirent: “Personne ne connait le secret de I'ambre, tout ce quo nous savons, c’est que le froid et 1’agitation des vagues dans la Baltique les amenent par ici.” Comme on voit certaines substances dans les resines electrisables, la plupart des interesses pretendcnt que ces resines proviennent d’un endroit inconnu dans la Baltique et qu’elles sont rejetees par les vagues vers les bords. Certains pretendent meme que certains morceaux de resines trouves dans la region de Pologne, situee aux bords de la Baltique, dont nous avons precedemment parle, sont amenes et enterres par la mer. La responsabilite incombe au narrateur!. Lorsque nous fimes venir de quelques endroits de I’ambre afin de definir leurs prix, on nous repondit, comptant 150 dirhem d’Istanbul, “nous ne vendons pas une auge d’ambre superieur â moins de 25 pices d’or hongroises.”

Depart de la ville de Danzig

On nous informa que l’Empereur, le plenipotentiaire Caulaincourt et certains de ses fonctionnaires partiraient de Danzig vers Kenzberg et que le ministre des Affaires etrangeres, Talleyrand, se rendrait â Varsovie afin de discuter certains articles et par consequent, on prepara nötre depart â Varsovie pour accompagner le ministre en question. Durant le trajet, le nomme Rouy, chef du bureau de correspondance, faisant partie des fonctionnaires qui avaient participe aux reunions du plenipotentiaire, Caulaincourt, auxquelles nous avions egalement participe, nous rejoint dans la circonscription de Marianbuh, oil nous sejournâmes, pour nous demander le soir meme une audience. Il fit pretendument quelques commerages afin d’appuyer 1’antipathie entre 1’Angleterre et 1'Empire ottoman et tout ce qu'il voulait consistait â nous faire approuver 1'ardcle concernant la declaration de guerre de 1’Empire ottoman â 1’Angleterre, auquel cas, les Français renonceraient aux autres propositions. Nous lui repetâmes les memes reponses que celles que nous avions auparavant donnees â Talleyrand et â Caulaincourt et, conformement â 1’usage, tout en presentant nos excuses, nous mimes fin â 1’audience en lui disant que nous pourrions continuer de discuter apres que nous aurions etudie les rapports imperiaux, que le messager, venant du Seuil sublime, avait apportes. Nous envoyâmes ensuite â Talleyrand un bon paquet en lui ecrivant que ce que le courrier avait apporte, vient de notre ville, et nous partimes pour Varsovie. Lors de notre sejour de deux mois, nous pratiquames tout ce qui fait plaisir aux Français, en ornant 1’interieur et 1'exterieur de notre logement, en distribuant de 1'argent afin de manifester notre amide chaque fois que les Français avaient remporte une victoire sur les Prussiens et qu’ils avaient roganise des ceremonies et des illuminations pour la feter.

D’apres la formüle de “1’infidelite est une seule nation”, lorsque les Français arriverent dans la ville de Tilsit, situee â cöte du fleuve Niemen, les Empereurs de France et de Russie se rencontrerent et engagerent des pourparlers pour un traite de paix. Tout en envoyant des rapports et des hommes chez Talleyrand, nous nous informâmes sur 1’affaire par 1’entremise de nos espions. Bien que nous eussions attire l’attention de l’Empereur français sur ses promesses et engagements concernant 1’Empire ottoman et que nous eussions rappele la necessite de conclure un traite commun, la Prusse, alliee de la Russie, exigea de la France la condition prealable d’exclure l’Empire ottoman du traite et, ne repondant plus â nos depeches, les Français se rendirent de Tilsit â Paris apres avoir conclu separement et rapidement le traite de paix. Cependant, Talleyrand nous informa de la situation par deux lettres qu’il nous avait envoyees au cours du trajet.

Traduction de la premiere leltre de Talleyrand

A Son Excellence, Monsieur I’Ambassadeur, le fortune.

Le traite fut conclu ces jours-ci entre Ses Majestes, 1’Empereur de France et le Roi d’Italie et 1’Empereur de toute la Russie. Il stipule 1’abandon de 1’hostilite et de 1’inimitie qui regnent entre Ses Majestes le Padishah et 1’Empereur de Russie.

L’Empereur de France pouvait etre indigne par le fait qu’on aie dernierement battu froid â I’Ambassadeur de France â Istanbul et qu’on veuille eloigner d’Istanbul quelques compagnies d’artillerie française, cependant vu ses bonnes intentions, 1’Empereur de France ne trouve pas convenable que les pays de l’Empire ottoman soient sujets â 1’inimitie de la Russie.

Traduction de la deuxieme lettre de Talleyrand

A Son Excellence, Monsieur I’Ambassadeur, le fortune.

Comme j’ai du partir de Danzig pour Tilsit je n’ai pas pu, comme prevu, voir Votre Altesse â Varsovie. A present, comme je sejournerai tres peu dans cette ville, je n’ai pas d’espoir de m’entretenir avec vous, d’autant plus qu’on n’aura pas de temps de vous faire venir ici et que je pense que, vous-memes, vous avec l’intention de rester â Varsovie jusqu’a ce que vous receviez les instructions de votre gouvernement. Au cas ou ces dernieres faciliteront notre entretien, j’en serais tres touche. Il est superflu d’exliquer que je souhaite toujours faire continuer nos bonnes relations qui ont dure jusqu’a present.

Necessite de partir de la ville de Varsovie

L’essentiel des lettres de Talleyrand, susmentionnees, consiste ce que 1’Empereur de France a rajoute au traite la condition de sa mediation pour un traite qui pourrait avoir lieu entre l’Empire ottoman et 1’Etat de Russie et n’est implicitement et explicitement qu’une allusion de discorde et de ruse.

Pendant ce temps, nous fumes informes par un courrier français que des troubles avaient eclate â Istanbul et que la plupart des hommes d’Etat manifestaient leur contentement, tandis que certains autres demeuraient dans un etat de detresse et d’etourdissement, provoque par les evenements. Vu notre souci de vouloir verifier minutieusement les evenements terribles;

l’observation des consequences de nötre mission et comme les hommes d’Etat français avec qui nous avions constamment discute avant le traite, s’etaient eloignes et detournes de nous apres le traite; que notre sejour â Varsovie n’avait plus aucun sens et qu’il n’etait pas convenable de montrer notre tristesse aux Polonais et aux autres, tout en pretextant la rumeur selon laquelle nous allions etre nomme ambassadeur permanent aupres de l’Empereur, nous primes la route pour Paris âla fin du Cemazive’l-evvel (juilleı 1807) et arrivâmes â Vienne oû nous sejournâmes quarante cinq jours en attendant l’arrivee d’un nouveau reserit imperial.

Consequences de la guerre franco-russo-prussienne

Vu la victoire ecrasante des soldats français sur les soldats prussiens â lenale 14' jour du Teşri n-i evvel 1221 (i4octobre 1806); leur entree â Berlin le 27' jour du meme mois; les nombreuses batailles qu’iis ont menees le 26' jour du Kânun-u sâni (26 novembre) contre les soldats prussiens et russes dans les regions de Varsovie, de Pultusk et d’Eylau; celles de la forteresse de Danzig, du village d’Helsberg, de la circonscription de Gurdulan, situes dans le voivode d’Ermeland et appartenant â la Pologne prussienne, et dernierement, celle de la forteresse de Kenzberg et 1’occupation de la plupart des forteresses prussiennes, situees â Salzya, on rapporte que les Français garderent, conformement au traite, le royaume de VVestphalie et les nouveaux duches de Varsovie et de Danzig; que le nouvel Etat, que Pon considere comme le royaume de VVestphalie, consiste dans les territoires situes â la rive droite du ileuve Elbe et que, separant ainsi un bon nombre de regions et de sujets de 1’Etat de Prusse, les pertes et dommages subis par ce dernier sont superieurs aux territoires et biens qu’il avait auparavant pris de 1’Autriche. Nous nous livrâmes â une enquete humble selon laquelle, quoique l’Empereur de Russie eût perdu beaucoup de soldats durant ces batailles, il ne perdit aucun territoire; laissant ses cavaliers â Kenzberg, l’Empereur de France se rendit â Tilsit comme un tonnerre en compagnie de 25.000 fantassins qui etaient d’ailleurs sortis extenues des batailles de Friedland et de Kenzberg. Si â cette epoque les Russes avaient voulu faire la guerre, ils l’auraient sûrement gagnee. Cependant, en occupant dans la Pologne prussienne les circonscriptions et les villages par- delâ les fleuves Bug, Lusun, Yobra, Narew, Liza et Nurjven et ainsi faisant subir des peines au Roi de Prusse, l’Empereur de Russie conclût un traite â son profit.

Il est inconcevable que l’Empereur de France se soit sauve en voyant le profit alors qu’il pretendait qu’il ne cesserait pas de faire la guerre tant que

l’Empire ottoman n’aurait pas l’integrite de ses teritoires et qu’il ne regagneraiı pas sa gloire et sa magnificence et que, plus particulierement, il ait occupe et attache â la France Raguse (Dubrovnik), et,deuxiemement, les Sept-Iles alors qu’il faisait preuve de sincerite et de clarte.

Depart vers Paris

Poeme:

Avant que )e coeur ne nous quitte, le destin

Nous fit le vent sur les pays etrangers.

Comme reponse aux lettres, dans lesquellesje precisais que la France ne faisait plus 1’objet d'une mission diplomatique et que, de ce fait, il fallait nous rappeler â Istanbul, que nous envoyâmcs â Istanbul â nötre arrivee â Vienne. Certains homines d’Etat qui n’onl pas quitte leurs fonctions â 1’avenement du nouveau Sultan, nous firent envoyer et remettre en main propre conformement â leur mauvaise mesure, une lettre imperiale, adressee â 1'Empereur de France, en nous confirmant qu’il fallait faire attention â nötre mission. On aurait egalement donne un rapport officiel confirmant le renouvellement de notre mission â 1'Ambassadeur de France â Istanbul, Sebastiani, sur ce, 1’hemistiche[12]:

Il n’y a d'autre moyen â la Providence qu’a y consentir.

Bon gre mal gre nous partimes de Vienne et, tout en traversant 1’Autriche, la Baviere et le Wurtemberg, suivant les routes de Strasbourg et parcourant des etapes, nous arrivâmes â Paris le 19'jour du Receb, le beni (22 septembre 1807). Nous nous rendîmes â la residence de 1’Ambassadeur de l’Empire ottoman, Abdurrahim Muhib Efendi. Nous restâmes vingt- deux jours dans Paris et ses alentours et, en attendant 1’arrivee de la lettre imperiale, nous nous bornâmes â visiter les endroits celebres.

Description des villes, des pays, des forteresses et des fronlieres sur la route de Paris

Si 1’on considere la distance etre Vienne et la frontiere française de la forteressede Strasbourg, 104 milles allemandsen comptant 43 posteset celle entre Strasbourg et Paris, 64 milles en echangeant des chevaux dans 38 endroits, dont chacun comprend environ deux heures de distance en mille allemand, on peut supposer que la distance entre Hirşuh autrichİenne, poste de surveillance, et Danzig, situee au bord de la Baltique, ferait 264,5 milles, que l’on peut parcourir en 529 heures et celle entre Vienne et Paris, 168 milles que l’on peut parcourir en 200 heures.

Les Autrichiens ne possedent rien d’autre pour arreter leurs ennemis que la puissante forteresse, appelee Beravnav, bordant le fleuve Inn et constituant une sorte de clef sur les frontieres de la Baviere et de l’Autriche. Comme cette forteresse est actuellement donnee aux Français en gage, il est evident que le peuple autrichien est en fin de compte triste et subit des pressions de la part de leur ennemi.

Ayant ete â l’origine un pays attache â l’Empereur d’Autriche, la Baviere susmentionnee est â present sous le regne d’un individu, appele “Roi de Baviere”, considere comme l’un des rois allies de France dans la Confederation du Rhin et elle a pour Capitate une belle ville, nommee Munich, situee par 29’ 4’ de longitude et 48” 8’ 42” de latitude; elle possede une forteresse appelee Ulm et certaines belles circonscriptions nommees Aursbourg, Augsbourg, Kurc et Burh. On rapporte que la Baviere susdite possede au sud, des minerais d’argent, d’etain, de fer, de plomb, de marbre et de sel; au nord, des terres fertiles et productives, des usines de toile, des magasins de jus d’orge, de maroquin, de laine, de 1in et de chanvre; que tous ces produits sont sufiîsants pour le peuple; que le surplus des cereales se vend dans les regions du Tyrol et de Salzbourg, celui du sel dans les regions de Souabe, d’Ezviçer et de Feragunia et qu’â l’origine, les regions du Tyrol et de Salzbourg, celui du sel dans les regions de Souabe, d’Ezviçer et de Feragunia et qu’â l’origine, les regions, ou le due de Baviere avait regne, comprenaient 2.115.000 habitants, â present, comme le due en question devint roi et qu’il elargit ses territoires, elleş comptent environ 4.000.000. On rapporte egalement que les princes de la Confederation du Rhin, ainsi que celui de Rotemberg, possedent des terres fertiles et des minerais d’argent, d’etain, de souffre, de fer, de porcelaine, de marbre et de charbon. Cependant, nous n’avons vu sur nötre route que des terres pierreuses et montagneuses sur lesquelles on cultivait des produits tels que ble d’Egypte, topinambour, potiron, rave et chou; sur les montagnes, beaucoup de vignobles et aux bords des vallons et des routes, des arbres fruitiers et des jardins potagers.

Ayant ete l’un des duches situes dans la region de Souabe autrichienne, le royaume de Wurtemberg se constitua en un royaume, ressemblant â celui de Baviere, par les efforts de l’Empereur de France. Se situant par 26” 50’ de longitude et 48° 46’ de latitude, la Capitale de Wurtemberg, nommee Stuttgard, est une grande ville dont les circonscriptions et villages que nous avons visites ne sont ni beaux, ni fertiles.

En traversant un petit pays, appele le duche de Baden, situe â l’ouest de Wurtemberg, nous visitâmes une petite ville celebre, bordant le fleuve Murigou Rastadt, oû trois plenipotentiaires français et lessouverainsde tous les pays d’Autriche avaient engage des pourparlers pendant un an, le 1213 de 1’Hegire (1798 J.C.) et arrange certaines affaires. Cepedant, comme 1’Empereur d’Autriche combattait les Français, les pourparlers n’etaient plus necessaires et que les plenipotentiaires français avaient obtenu leurs passeports de la part de leur gouvernement, comme il est de coutume en Europe, pour leur retour, les Autrichiens les avaient fait accompagner de quelques soldats, pour leur garde, qui les ont tues et ont pille leurs biens et papiers apres avoir quitte la ville en question.

Un peu plus loin, par-delâ le Rhin, se situe la circonscription, nominee Kul ou Şanic, oû fut construite une forteresse par l’architecte français, Robin, afin de fortifier la position de Strasbourg. Occupee depuis 120 ans tantot par les Français, tantot par les Autrichiens, elle fut detruite et incendiee avec ses alentours par les Français en 1216 (1810). Cedee aux Autrichiens par le traite de Luneville, ensuite au due de Baden, elle est actuellement reoccupee par les Français et nous constatâmes qu’on etait en train de la reconstruire.

Situee en face de la circonscription susmentionnee, sur 1’autre rive du Rhin, la forteresse de Strasbourg est une puissante forteresse prospere, comprenant de belles residences, des manufactures, de beaux campements et certains edifices etranges, construits au temps des Autrichiens. Les Français possedent egalement une grande forteresse, nominee Kalsbourg, situee â 6 milles de distance de celle de Strasbourg, ressemblant â celle de Bravnav; deux fortins, nommes Toul et Vitry, situes plus loin et ensuite, certaines grandes circonscriptions, appelees Sarrebourg, Nancy, Chalons et Irnet, dont la plus belle et prospere, Nancy, comprend 30.000 habitants. J’ai constate que les autres circonscriptions et villages sont delabres par rapport â ceux des pays autrichiens et leurs habitants pauvres et fatigues.

Digression

Nous constatâmes que, comme les longues campagnes coûtent cher et que le commerce devient de plus en plus defectueux, la majorite du peuple français, sauf les soldats, est atteint par la pauvrete et certains se suicident par desespoir en se jetant dans les puits et les fleuves.

Comme 1’Empereur de France etait parti avec ses ministres de Paris avant 1’arrivee du pauvre, que je suis, â son palais dans la circonscription de Fontainebleau, situee â 15 heures de Paris, nous envoyâmes au premier ministre d’alors, Champagny, une lettre pour l’informer offıellement de nötre arrivee â Paris. En reponse, le susdit nous envoya une lettre dans laquelle il nous souhaitait la bienvenue et, comme il nous demandait si nous avions un rescrit confirmant la mediation de l’Empereur de France pour un traite de paix entre l’Empire ottoman et la Russie, nous correspondîmes plusieurs fois â ce sujet avec le ministre susdit. Une fois, lorsqu’on etait en train de discuter ces questions avec le susdit en compagnie de l’interprete, Jaubert, nous reçûmes le firman imperial, dans lequel on demandait nötre retour â Istanbul, grace aux lettres que nous avions envoyees de Vienne â Istanbul, et nous priâmes beaucoup pour la sante de Sa Majeste, le Padishah.

Chose Strange

D’apres ce que pensaient les dirigeants des affaires publiques, qui nous avaient bien facilite le depart d’Istanbul, on pouvait accomplir la mission d'ambassade en quelques mois, mais ils s’etaient trompes dans leur calcul et nous avons beaucoup souffret du prolongement de notre mission dans les pays des mecreants. Un jour, j’etais en train de prier le Plus Puissant et songeais â un poeme du recueil de Sa Majeste, le defunt, Sezai, que le Tres- Haut rende son mystere sacre!:

Nous crûmes â son visage en nous inscrivant â ses cheveux pendant sur ses joues,

De ce fait, notre divertissement n’est que jour et nuit la ceinture [13] .

Commentant ce poeme charmant, nous essayions de nous changer les idees pour oublier notre chagrin. Tout en erudiant et calculant le poeme du susdit, nous constatâmes par son secours spirituel que le terme “jour” [14] correspond tout â fait â notre depart triste de Varsovie â Vienne; celui de “nuit” â notre arrivee et retour de Paris et celui de “ceinture” â la periode oil nous entrâmes en France et oil nous reçûmes le firman.

En somme, depuis notre arrivee â Paris jusqu’a la reception du firman, nous ne trouvâmes aucun signe facilitant notre entretien avec l’Empereur â travers nos correspondances avec le nouveau ministre, Champagny, et nous nous rendîmes compte de son intention de nous faire passer le temps, comme de coutume, avec de vaines propos. Comme on a compris que nous allions rentrer et que nötre mission etait terminee, par l’arrivee du firman et par nötre attitude, voulant s’entretenir verbalement, on nous invita au palais de Fontainebleau afin de ne pas montrer l’hesitation qu’on avait eue â accepter la premiere lettre imperiale[15] et nous primes la route pour Fontainebleau sur nos carrosses le toejour du Şaban, le beni (le 10 octobre 1807). A notre arrivee, nous nous entretenâmes avec le premier ministre, Champagny, et nous sejournâmes â nos frais trois jours et nuits dans une petite auberge.

Description de Fontainebleau

Situee par 20° 24’ de longitude et 48’ 24’ de latitude, la circonscription de Fontainebleau avec ses 9-10.000 habitants ressemble â une petite ville, autour de laquelle se trouvent des lieux de chasse et des forets parmi les plus beaux de la France, On rapporte que depuis le celebre Louis VII (le Lion), les rois de France ont pris 1’habitude de sejourner de temps en temps dans ces forets â 1’occasion des parties de chasse.

L’Empereur invita 3.000 personnes â un banquet â Fontainebleau, le mercredi 13 du mois susdit[16] pour feter 1’anniversaire de la bataille d’lena, remportee par le Roi de Westphalie, Bonaparte, sur les Prussiens, dont nous avons precedemment parle. Nous aussi, nous partîmes avec notre interprete pour le palais imperial en prenant notre carrosse sur invitation de Champagny et entrâmes dans la salle des ambassadeurs oû nous restâmes une demi-heure et primes du cafe. Nous entrâmes ensuite dans la cour imperiale.

CMmonie d’enlreliens avec les ambassadeurs dans la cour imperiale

Les hommes d’Etat, habilles en costumes officiels et decores dont les bras sont dores ou argentes, ressemblant â 1’etofle de drap, restaient debouts, â gauche de 1’Empereur, les ambassadeurs et les personnes haut places â sa droite et en façe de lui. Son Altesse, 1’Empereur, se tenait debout, comme d’habitude, la tete nue, le chapeau sous l’aisselle, parlait â qui il voulait parler. Chaque personne desirant parler, venait devant 1’Empereur et gardait le silence jusqu’a ce que ce dernier daigne lui parler. Lorsque 1’Empereur se tourna vers I’Ambassadeur de Danemark, il exprima tout de suite sa tristesse â propos des degâts qu'avait causes l’Angleterre au Danemark et fit savoir qu*il declarait la guerre â tous les royaumes qui auront traite avec un Etat traître et agresseur comme l’Angleterre et qui auront reçu ses ambassadeurs. 11 vint ensuite de nötre cöte et nous demanda des nouvelles de nötre sante. Tout en saluant par la tete, nous donnâmes la lettre imperiale en disant: “c’est la lettre d’amitie de Sa Majeste, nötre souverain, embellissement du tröne ottoman, le Sultan Mustafa Khan, â Votre Majeste. II la prit et la donna au premier ministre, Champagny; en se tournant vers les autres, il commença â discuter; desqu’il eut fini de parler, il salua de la tete en s’inclinant trois fois et mit fin aux entretiens avec les ambassadeurs et les notables. Nous nous rendîmes par la suite â nötre pauvre petite auberge. Apres nos correspondances avec Champagny, en prenant conge, nous partîmes pour Paris.

Le lendemain, nous envoyâmes une lettre oflicielle dans laquelle nous demandâmes l’autorisation de rentrer â İstanbul et une reponse â la lettre imperiale. Trois jours apres, Champagny nousenvoya nos passeportset une lettre aimable dans laquelle il precisait qu'on chargerait l’ambassadeur français â Constantinople de remettre la reponse â la lettre imperiale. Conformement â la formüle “je me contente du retour comme avantage”, nous partîmes de Paris le 17'jour du Şaban, le beni[17]. Tout en traversant nuit et jour les routes que nous avions pris en venant, nous arrivâmes en vingt jours â la forteresse d’Ada Kalesi oû nos yeux furent eblouis en voyant les mosquees et les minarets dont nous avions la nostalgic depuis dix mois. Nous nous prosternâmes fierement devam le Seigneur, le Createur, en signe d’hommage et fimes couler humblement des larmes de joie. En prenant ensuite les grandes barques, appelees Çam, nous traversâmes par le Danube Vidin, Lom, Rahve, Puluna, Lufça, Saruy, Gazanhk, Zagra-i Atig et Mustafa Paşa et arrivâmes â Andrinople, la bien-gardee, hivernage de l’armee imperiale, oû, durant quelques jours de sejour, nous fûmes honores en embrassant les pans du costume de Son Excellence, le Gouverneur. Ensuite, en prenant conge, nous arrivâmes â Istanbul. Un an apres, nous pûmes rejoindre nötre patrie. Mille grâces â Dieu.

Conclusion

Les savants confirment que puisque l’ambassadeur ou 1’envoye partant en mission dans un pays etranger est le representant du titre imperial et que ses paroles et ses actes doivent etre conformes aux ordres du souverain, il doit etre le plus sage, le plus eloquent et le plus parfait de sa nation. Les ancies rois preferaient pour une mission les gens sages et vertueux et on rapporte meme que certains rois qui menerent une vie contemplative, comme le Sage de 1’Orient et de 1’Occident, Alexandre le Grand, aux deux comes, se fiant â leurs sagesse et vertu, accomplirent eux-memes, en cas de besoin, la mission d’ambassade. A ce sujet, aussi bien 1’envoyeur que 1’envoye doivent se conformer aux avis des savants et des sages, c’est â dire qu’ils doivent savoir et qu’ils peuvent executer les principes de la mission, tels que durete, rudesse, humilite, violence, amitie, obstination, docilite, promesse, menace, peur, espoir, prise, don, rire et pleurs. On connaît bien les consequences destructives et humiliantes d’une mission accomplie, Dieu nous en preserve!, par quelqu’un ne connaissant pas les principes susmentionnes, et plus particulierement, par un individu qui ignore totalement les regies de la mission dont il est charge. Nous donnâmes ces renseignements dans notre ouvrage afin d’informer les interesses sur la façon dont il faut se rendre compte pour nommer quelqu’un â une telle mission et sur la necessite de le remettre au courant des evenements qui peuvent se produire.

L’ordre et le firman n’appartiennent qu’au Seigneur.

[Fin]


* L'un des domaines le moins exploite de l'histoire ottomane est sans doute son histoire diplomatique. Y sont negliges aussi bien les diplomates que leurs Memoires de voyage diplomatique (Sefaretnâme). Afin de combler cette lacune, nous avons entrepris une premiere recherche “Un aperçu sur les ambassadeurs ottomans et leurs Sefaretnâme “(A.Ü. Dil ve Tarih-Coğrafya Fakültesi Tarih Araştırmaları Dergisi, 1983, ss. 233-260); nous la poursuivons par la presenle, qui ne se borne qu’â la traduction du Seraretnâme de Vahld Efendi, et par deux autres, qui seront consacrees â sa biographic et â sa mission diplomatique.

References

  1. II est â signaler qu’il existe certaines petites differences dans les manuscrits et, naturellement, dans les imprimes, du Sefaretname du susdit que nous avons trouves aux bibliotheques de Vahid Paşa (Kütahya), de Süleymaniye (Istanbul) deTopkapı Sarayı Müzesi (Istanbul), de 1'Universite d’lstanbul, de Fatih Millet (Istanbul); âcelle de ITnstitut Nationale des Langues et des Civilisations Orientales (Paris) et â la Bibliotheque Nationale (Ankara) dont nous parlcrons â nötre prochain article, qui paraîtra dans le Belleten. Par voie de consequence, les phrases entre crochets ne figurent pas dans les manuscrits conformes â I’originai (celui de Kütahya, don de Vahid Efendi, contenant egalement son sceau) mais existent dans le deuxieme groupe qui se en general Concorde. Nous en produisons dans i’appendice les premieres et les dernieres pages.
  2. Portce du bras etendu.
  3. L'Empereur d’Allcmagne et non pas 1’Empereur d’Autriche. C’est plutöt François II qui abdiqua, en 1806, prit le titre d’Empereur d’Allemagne et celui d’Empereur hereditaire d’Autriche sous le nom de François I er (1806-1835).
  4. Ancienne monnaic d’or de dix piastres.
  5. Un kile equivalait â 1’epoque â 45 kilogrammes â Constantinople.
  6. II s’agit dc l’annce 1772, premier partage de la Pologne, et non pas de I’annec 1776, commc Ic pretend Vahid Paşa.
  7. Un para coûtait â I'epoque la quarantiemc panic de la piastre.
  8. Nous pensons que I’auteur a arrondi la sommc qui est cn verite 122.000.000 de florins.
  9. II s'agirait en fait de 40.000.000 de florins ct non de 60.000.000 cornmc I’auteur pretend, â moi ns qu’il n’ait pas enumere certains autres revenus.
  10. Mesure de bois de chauflage d’environ 250 kilos.
  11. II s’agit des propositions faites par la France pour une alliance franco-turque contre la Russie et 1’Angleterre.
  12. L'auteur utlise d'une façon litteraire la Icttre A ( t_ ) pour le mot mısra, qui signifıe l’hemistichc.
  13. Le terme utilise est zünnâr qui signifie “ceinture” de moine chrftien, consideree par les Musulmans commc signe principal d’infidelite. L'auteur fait allusion â nötre avis au fait qu'il n’est plus depuis longtemps dans une atmosphere isiamique. .
  14. L’auteur utilise le calcul de “F.bced” qui consistc dans la reproduction des lettres arabes dans I’ordrc qu’elles ont eu primitivement cn syriaque et en hcbreu La valeur numerique des lettres suit cette ordre avec quoi on peut composer des vers et des phrases dont les lettres additionnees selon la valeur numerique represente la date du fait mentionne.
  15. I ere lettre imperiale envoyee par le nouveau Sultan Mustafa.
  16. Le 13 octobre 1807.
  17. Le 17 octobre 1807.

Şekil ve Tablolar