J. FAUCOUNAU

Malgré les efforts de plusieurs générations de savants, le déchiffrement du “hittite hiéroglyphique”[1] conserve encore aujourd’hui un irritant caractère d’“inachevé”. L’incertitude semble régner sur plusieurs valeurs phonétiques (n’a-t-on pas vu récemment trois spécialistes éminents remettre en cause les valeurs a et i de deux des signes les plus fréquents?!.. Cf [8] de la bibliographie in fine) — les savants se disputent sur le vocalisme des signes syllabiques, l’un lisant me ou mi ce que l’autre lit mu — ou ils ne peuvent se mettre d’accord sur les raisons de l’homophonie...

Ces incertitudes, qui sont déroutantes pour le non-spécialiste et qui masquent l’ampleur remarquable des résultats déjà acquis, sont dues en grande partie, à notre avis, à la méconnaissance de certains faits fonda­mentaux, cependant évidents pour peu que l’on veuille bien y réfléchir. Le but de ces quelques “Remarques” est de mettre l’accent sur ceux-ci, en montrant au passage, dans des cas concrets, comment ils permettent de clarifier de nombreux points restés jusque là obscurs.

§ 1 - Un premier fait souvent méconnu est le caractère extraordinaire­ment primitif de l’écriture H.H. Dans l’évolution de l’écriture qui a conduit progressivement du pictogramme à l’alphabet en passant par le stade syllabique, l’écriture H.H. se situe tout au début de la chaine: Malgré une opinion très répandue, ce n’est pas une écriture “syllabique”, comme l’est le cunéiforme accadien par exemple: Dans l’écriture cunéiforme accadienne, les idéogrammes ne jouent qu’un rôle secondaire, auxiliaire: ils facilitent simplement la lecture, un peu à la façon de notre ponctuation et ne sont guère plus nécessaires que nos points et nos virgules. Ils ont un rôle muet. A telle enseigne que les Hourrites qui ont employé ce système d’écriture, ont pu tout bonnement les supprimer.

L’écriture H.H. est au contraire une écriture avant tout “idéographique”, comme l'avait fort justement soutenu P. Jensen dès 1930 (cf [10] p. 462/ 497) . Ce qui compte, c’est l’idéogramme, et les signes syllabiques qui accompagnent celui-ci ne sont là qu'à titre auxiliaire. C’est eux - et non l’idéogramme- qui jouent un rôle muet. Les transcriptions que l’on utilise conformément au modèle accadien sont trompeuses: Il faudrait en toute rigueur écrire: En accadien: D,EV Te-sù-up, mais en H .H. TESSUB pa, pour bien marquer la différence des concepts qui sous-tendent les deux écritures.

Ce phénomène s’explique sans doute par l’histoire: L’écriture H.H. est une écriture héraldique: Il s’agissait au départ pour l’individu de marquer son nom. C’est par excellence une écriture sigillographique. Comme l’a fort justement écrit E. Laroche: "... Les hiéroglyphes étaient, au début, destinés à accompagner des représentations divines ou humaines, à en matérialiser le nom, l’épithète, les titres...” (LH p. 249) 3.

Comme toutes les écritures de ce type, l’écriture H.H. s’est heurtée dès sa naissance à un double problème:

1 °/-celui de la qualité de l’image. Il n’est pas très facile, surtout pour un dessinateur primitif, de dessiner un âne que l’on ne confonde pas avec un mulet ou avec un lièvre4. D’où l’emploi de signes auxiliaires, diacritiques, pour préciser ce que représente l’idéogramme.

Le signe diacritique peut être soit un autre idéogramme de prononciation voisine, par exemple commençant par la même syllabe, et dessiné généralement plus petit pour le distinguer de l’idéogratntne principal. Ou bien c’est un signe purement conventionnel, comme l'“épine” servant à indiquer que le mot se termine par ou contient la lettre “r” .

Idéogramme et signe diacritique, lorsqu’il n’est pas intégré à l’idéogramme, ont tous deux une valeur phonétique. Mais alors que celle de l'idéogramme est exacte, celle du signe diacritique n’est qu’approchée, car il s’agit simplement de permettre au lecteur d’éliminer des fausses lectures.

2 °/-celui de la représentation des notions abstraites. Comme les noms des Indiens d’Amérique du Nord, les noms propres des premiers inventeurs de l’écriture H.H. devaient être du type: TAUREAU BIGARRE ou GRAND ROI 6. Des signes particuliers étaient donc nécessaires pour rendre l’idée de GRAND ou de ROI et des signes conventionnels furent créés, comme les signes n° 369: “la croix ansée (peut-être empruntée à l’égyptien), signe de VIE; ou n° 370: “le triangle”, signifiant “EN BONNE SAN I E”, “BON”; ou le n0 360: “le cercle barré”, signifiant LUMIERE et DIEU. .

11 est vraisemblable que tous les signes de ce genre ne datent pas des débuts mêmes de l'écriture. Certains ont dû s'ajouter au cours de 1 histoire du développement du H.H. et ne sont probablement que des idéogrammes simplifiés. Mais il paraît certain que des signes simples, comme le CERCLE ou le TR 1 ANGLE datent des débuts mêmes de l’écriture, à partir du moment où elle est passée du “pictogramme” à l’“idéogramme”.

Idéogrammes et signes diacritiques fournissent la base structurelle sur laquelle l’écriture H. H. s’est développée. Ce n’est que beaucoup plus tard, lorsqu'elle aura connu une longue période de coexistence avec l’écriture cunéiforme, que, sous l’influence de cette dernière, certains hiéroglyphes (comme le n° 360: DIEU) se transformeront en idéogrammes sans valeur phonétique, en même temps que les anciens signes diacritiques et les hiéroglyphes jouant ce rôle se constitueront en syllabaire. Un hiéroglyphe pourra donc avoir désormais deux valeurs phonétiques: une valeur pleine lorsqu'il est employé comme idéogramme, et une valeur syllabique (tirée de la précédente par acrophonie) lorsqu'il est employé comme signe auxiliaire. Mais, sauf exceptionnellement dans certaines localités, comme à Marash, le passage d’un système idéographique à un système syllabique ne sera jamais totalement achevé, même à basse époque (L’écriture cursive des lettres des “plombs d’Assur”, par exemple, est nettement “idéographique”).

Il faut attribuer à la méconnaissance du caractère idéographique primitif de l’écriture H.H. certaines des difficultés rencontrées par les déchiflreurs. Nous illustrerons notre propos par l’étude de quelques sceaux, en commençant par le célèbre “sceau de Tarkondèmos”.

§ 1,1-Sceau de Tarkondèmos (voir fig. 1 )

Malgré une opinion souvent exprimée “pour les besoins de la cause”, il n’y a aucune raison de mettre en doute l'ancienne lecture de la partie cunéiforme qui correspond parfaitement au grec TapKOVÔqpog. 11 faut lire soit: Tar-kum-dim-me SAR, soit: Tar-qu (m)-dim-me SAR Mera MAT.

La correspondance avec le hiéroglyphique est immédiate, dès que l’on cesse de considérer - à tort - le personnage principal comme un pictogramme sans valeur phonétique, ce qui est contraire, comme nous l’avons souligné plus haut, au génie de l'écriture: Bien qu’il ne possède pas les attributs du Dieu de l’Orage (nous reviendrons sur ce point plus loin), le personnage représenté ne peut être que le dieu TARHUN, hittite dU-na = Tarhuna. C’est lui qui forme la première partie du nom du roi. Le hiéroglyphe ioo = ANE, de lecture Tar(gasna) est employé ici comme signe diacritique pour confirmer la lecture <ITARHUN. Dans le souci d’éviter toute erreur, le graveur a même intégré au dessin de l’âne le chiffre trois (tara) pour indiquer que le mot contient les sons T et R. Le hiéroglyphe suivant, n° 320, représente la seconde partie du nom, soit l’équivalent de cun. -dim-me. Enfin, le groupe 391 4- épine-450-228 est à lire: Me + r-a-PAYS ou Mi + r-a-PAYS.

L’interprétation du Nom Propre dépend du sens du terme-dimme. Parmi les diverses possibilités, nous pensons que la meilleure est de lire: “Tarkon (est) ma lumière (ou mon dieu)”, avec: Tarhun-dim-me <♦ lahun-diw-me (cf louvite tiwat-: lumière”, “dieu”).

Deux problèmes subsistent: a) - quelle est la valeur phonétique exacte des hiéroglyphes? b) - pourquoi TARHUN n’a-t-il pas les attributs du Dieu de l’Orage?

Nous traiterons du premier point au § 2 ci-après. Quant au second, nous nous permettons, pour ne pas briser la continuité de notre exposé, de le traiter en annexe (Cf annexes 1 et 2).

§ 1,2 -Sceau d’Urhi-Tessub (Voir fig 2)

La forme la plus éloquente de ce nom est celle du sceau SBo I, 13.

Tous les idéogrammes du bas de la figure sont connus: 18: GRAND ROI, VILLE + COUTEAU (n° s 225 + 278): Mursili (voir §1 3 ci- après).

Ceci signifie que les deux premiers ne peuvent ici (nous insistons sur k mot: ici) que représenter: Urhi + Tessub. D’où les équations:

CERCLE = VERITE (urhi en hourrite)

SOLEIL AILE = TESSUB

On peut se demander où est passé le CERCLE dans les sceaux où il n<- figure pas au dessus du SOLEIL AILE (exemple: SBo I, 18): Un examen attentif montre qu’il est alors figuré à l’intérieur du soleil, qui se présente alors sous la forme d’un DOUBLE CERCLE avec des rayons.

On imagine assez bien le processus mental qui a conduit les inventeurs de l’écriture à de pareils rébus: Au départ, il est probable que le CERCLE représentait à la fois des objets comme le SOLEIL ou l’OElL et des notions dérivées comme le DIEU ou la VERITE. A partir du cercle ont donc été créés, pour distinguer ces diverses valeurs, des pictogrammes dérivés comme n°36o: DIEU,n°4o2: DOUBLE CERCLE = VERITE,n° i9i:TRIPLE DIEU = SOLEIL, n° 190: "SOLEIL AILE, etc...

§ 1,3-Sceau de Mursili

Le signe de Mursili est représenté par les signes VILLE + épine - COUTEAU.

Il figure sur un certain nombre de sceaux, dont celui d’Urhi-Tessub vu ci-dessus (voir fig. 2). E. Laroche admet qu’il faut lire: Mur - <si> -li.

C’est improbable, vu le caractère idéographique de l’écriture. Il faut sans doute lire, sinon Mursi-li, tout au moins MRS-li, avec un vocalisme inconnu. Le squelette consonnantique est celui de Maras nom dont le sens nous échappe. L’épine est ici, non point tant pour indiquer une lecture mur du signe 225 que pour montrer que le mot contenant un R, il ne s’agit pas du terme VILLE usuel, probablement un mot dérivant de* wed-na (cf lycien wedri, louv. -wanna: “habitant de..” et des graphies telles que l’adjectif VILLE-mi-na-li: “de la ville”, avec minali < *wed-na-li. Voir aussi plus loin § 1, 6b).

Le sens du NP, devenu titre plus tard, serait peut - être: “celui qui vient de Maras”, avec adjectif en -ili et changement de vocalisme dû à la présence de la désinence. (Ou forme dialectale?? Cf Palla, Pallala, Palleli, mais aussi Pallu, Pallulu, etc...).

§ 1,4- Sceau de Tudhalija (voir fig. 3)

Le haut du sceau reprend le nom d’Urhi - Tessub, devenu un titre, sous la forme de deux cercles séparés. Le nom lui-même est encadré à droite et à gauche par le second titre usuel GRAND ROI. Par souci de symétrie, le graveur a visiblement écrit la première partie du nom au centre et la seconde à droite et à gauche. On est donc conduit aux équations:

DIEU MONTAGNE (n° 207) + 88 = Tud- = "TUTTU

FOURCHE (n 0 457) + i75 = -halija

Le DIEU MONTAGNE, ici le dieu Tuttu comme l’indique le symbole diacritique 88 = tu, correspond au dieu hourrite Sarruma. Le nom dTatta du même dieu en est probablement la version louvite.

L équation FOURCHE = hali- ou halija est confirmée par la scriptio plena de l’idéogramme n ° 457 à Karatepe (voir LH n ° 457), qui donne aussi le sens de hali-: “jour”, “lumière”. La lecture est indiquée par le signe n° 175: LYS, qui joue ici un rôle diacritique. De l’équation ci-dessus, il faut conclure que la valeur phonétique de ce signe est Ija plutôt que la, mais cette question touchant au problème général du vocalisme des signes, nous en réserverons la discussion pour plus tard.

L’interprétation la plus vraisemblable du nom est: “dTuttu est sa lumière”, en supposant que la finale - (i)lija correspond à une désinence adjectivale 3e pers. sing.

1,5-Sceau de Hattusili (voir fig. 4)

Le titre du haut du sceau est simplement SOLEIL AILE.

Le nom proprement dit est encadré par le titre usuel GRAND ROI et est rendu par l’idéogramme FOUDRE (n° 196), complété par l’idéog­ramme COUTEAU = H. Le signe 196 vaut donc ici: dHattus.

L’interprétation la plus vraisemblable est que l’on se trouve en présence d'un dérivé adjectival en -ili du nom du dieu Hattus: “Celui qui appartient à dHattus”. Le dieu Hattus est indiqué ailleurs par le symbole n 0 448, avec une prononciation sibillée: dKassu ou dKsu, laquelle fournira la valeur phonétique du signe dans des mots comme a - 448 - wa = a - ksu - wa: “cheval” (Voir LH n° 448 et annexe 2 ci-jointe).

§ 1,6-Sceau de Suppiluliuma et de la reine Tawana-anna7 (voir fig. 5)

Ce sceau est d’interprétation particulièrement difficile.

a)-Aoffi de Suppiluliuma (partie droite du sceau Ug. 17, 227):

L’idéogramme SOLEIL AILE ne saurait être ici rendu par dTessub, car l’influence hourrite était sûrement négligeable au temps de Suppiluliuma. Il représente donc probablement un titre comme dans le sceau de Hattusili. Mais quelle est sa lecture?..

Conformément au génie de l’écriture H.H., c’est sans doute le signe 322 qui l’indique.

Ce signe est, par son dessin, très proche des signes 323, 324 et 325, et il y a de fortes chances qu’il s’agisse de variantes d’un seul et même signe. La valeur de 325 est voisine de tu, comme le montre l’alternance à Kargamis de mGa - 325 - wa - s avec "Ga - tu - wa - s. Celle de 323 est voisine de ku, d’après l’équation fournie par le sceau RS 17,371 d’Ougarit, où "323-ZITI -i est traduit en cunéiforme par "Ku-um-ja-...

La solution devient dès lors évidente: Le signe 322 et ses variantes représentent la notion PUR, louvite kummai-, hitt. suppija-, certainement une épithète du SOLEIL, et la valeur phonétique du signe est celle d’une sifflante, approximativement zu. Le nom Ga - tu - wa est le même que les NP écrits Ka - du - wa, Ka - du - wa et cun. Ka - zu - wa. La première partie du nom féminin du sceau RS 17, 371 correspond à -sKum-mi-ya.

L’ensemble SOLEIL AILE 4- signe 322 est donc à lire: Suppili: “pur”, adjectif en -ili comme les précédents, devenant Suppilu- en composition.

Le chiffre 4 indique certainement le -ma final du nom, vraisemblablement l’adjectif possessif de la première personne. Il en résulte que la lecture du signe 360: DIEU est à lire: liu < * diw (louv. diwat/tiwat), avec le flottement 1/d bien connu. Ce flottement provient, à notre avis, de l’influence du substrat proto-hittite qui connaissait une consonne [ 1 d] (que nous noterons S à l’occasion) 8.

Le sens du NP paraît être: “Pur (est) mon dieu”.

Sur le sceau SBo I, 3, on trouve, encadrant le nom Suppiluliuma, le titre GRAND ROI et l’adjectif (deuxième titre?) halija: “lumineux, vu au § 1,4 ci - dessus.

b) -Nom de la reine Tawana-anna (partie gauche du sceau)

Compte - tenu des données résultant du § 1,4 (valeur Ija pour le signe 175: LYS) et du § 1, 6 a (flottement 1/d ou 1/t), la lecture de la première partie du nom est immédiate: 175 -I- 35 = Ija-na, à interpréter: Tyanna: “de Tyane” (= la “ville du Dieu (tiya-)” ) = cun. tuwanna.

La seconde partie comprend l’idéogramme 292: ETOILE dans un CERCLE, que l’on ne peut guère interpréter autrement que comme représentant le mot anna: “mère”. La valeur phonétique est précisée par l’idéogramme 225: VILLE, de lecture phonétique probable wanna (voir S 1, 3 ci-dessus) et qui joue ici le rôle d'un diacritique.

Le sens du NP semble être: “de Tyane (est sa) mère”.

Nous arrêterons ici ces quelques commentaires portant sur les sceaux des rois hittites, qui étaient destinés à mettre en évidence le caractère idéographique de l’écriture H.H. C’est par erreur que l’on a considéré comme syllabiques des lectures qui sont en fait idéographiques: Par exemple, les noms figurant sur le sceau de Muwatali SBo I, 43 (voir fig. 6) doivent être lus respectivement:

  1. -363-306-318-334: GRAND""-TESSUB*”, soit TALMI"' TES­SUB*” et non: Tal - mi - tessub - pa
  2. -42- 153-215-334: DON"“ - HEBA*”, soit DANU"“ HEBA**, et non: Da - nu - he - ba.

C’est par erreur aussi que l’on a souvent considéré comme des “motifs décoratifs” ou “de remplissage” des signes tels que VIE (ankh), BONNE SANTE (triangle), etc.. Malgré leur rôle décoratif (secondaire), ces symboles qui accompagnent le nom, doivent être lus.

Le caractère idéographique de l’écriture H.H. est général et ce n’est guère qu’à Marash que l’on trouve des inscriptions “quasi-syllabiques”. Mais à Kargamis par exemple, on rencontre le nom: ku - COLOMBE - ba­ba, ce que P. Meriggi ( [14] p. 78) a traduit par: Ku - S4BXba - ba. Il est évident qu’il faut au contraire lire: *“KUBABA*”~ba. L'idéogramme COLOMBE qui représente la déesse Kubaba est complété “en avant” par le signe diacritique ku pour marquer le choix à faire parmi les différentes lectures de l’idéogramme COLOMBE, et “en arrière” par deux signes complémentaires indiquant la finale du mot. L’exemple choisi ici est celui d’un Nom Propre. Mais on peut exceptionnellement trouver des écritures analogues même pour des noms communs lorsque l’idéogramme principal est succeptible d’être lu de diverses manières. Par exemple, on trouve à Karatepe 31 le mot: JOUR - ha - FOURCHE-i que E. Laroche lit: JOVKha - li - i, ce qui le conduit à une valeur phonétique erronée H pour le signe 457 (FOURCHE) (voir §1,4 ci-dessus). En fait, il faut lire:

JOUR *°Halii

La lecture du mot JOUR est précisée par l’idéogramme secondaire HALI, dont la lecture est elle-même précisée par le signe ha “en avant” et le signe i “en arrière”.

§ Il - Notre seconde remarque concernera l’histoire de l’écriture H.H.

Laissant pour l’instant de côté le problème de son origine, nous constaterons que c’est, avant tout, l’écriture qu’ont employée les rois de l’empire hittite, concurremment avec l’écriture cunéiforme qui traduisait leur langue.

On s’est souvent étonné des raisons de cette coexistence de deux écritures différentes et l’on a avancé des explications incorrectes, à notre avis, en qualifiant le H.H. d’écriture “monumentale” ou d’écriture “traditionnelle”. La raison nous paraît à la fois plus simple et plus profonde: Le royaume hittite était un véritable empire, analogue à l’Empire austro-hongrois de la fin du dix-neuvième siècle, rassemblant sous une unité politique, des ethnies diverses. Certains des “sous-royaumes” en faisant partie connaissaient et utilisaient l’écriture cunéiforme; d’autres l’écriture H.H.

Le multi - linguisme était certainement la règle à l’intérieur de l’empire, avec au moins deux langues officielles, le “hittite” (cunéiforme) et le “hittite hiéroglyphique” qu’il vaudrait probablement mieux appeler “langue officielle des pays du Sud de l’empire’’. Comme l'a souligné R.D. Barnett ( [ i] p. 78), l’introduction de l’écriture hiéroglyphique dans les documents officiels hittites, a dû être un geste politique de la part des conquérants vis-à- vis des populations vaincues du Sud de l’Empire. A moins, ajouterons - nous, qu’à l’inverse elle ne fût introduite par une dynastie du Sud ayant conquis le Nord. Quoi qu’il en soit, c’est ce bilinguisme qui explique l’utilisation de deux écritures différentes.

Mais de même que la variété “hittite” de l’écriture cunéiforme ne s’est pas bornée à enregistrer des textes de langue hittite (cf le célèbre article d’E. Forrer sur les huit langues de Boghaz-Kôi dans S.P.A.VV. 1919), de même, vu son extension géographique et sa durée, l’écriture H.H. ne s’est probablement pas bornée à enregistrer des textes en une seule langue. Nous avons vu plus haut que dans le cas d’Urhi-Tessub, les idéogrammes étaient à lire en hourrite. L’onomastique des rois hittites montre clairement que le polylinguisme régnait à l’intérieur de la classe dirigeante, reflet du polylinguisme de l’Empire.

On ne saurait donc parler sans précautions d’une "langue H.H.” Remplacer, comme l’ont fait certains, le terme “hittite hiéroglyphique” par “louvite hiéroglyphique” est doublement trompeur: Car cela suppose qu’une telle langue a existé et laisse penser qu’il s’agirait de louvite, ce qui est probablement erroné (voir § 3 ci-après).

Si on souhaite éviter le terme, impropre d’un point de vue linguistique (mais non historique !) de “hittite hiéroglyphique”, il serait préférable d’employer un terme neutre, comme “Cappadocien Hiéroglyphique” par exemple.

Le fait que Vicrilure H.H. a dû noter plusieurs langues entraine que, suivant les documents auxquels on aura affaire, un même signe pourra avoir différentes lectures. Nous avons cité plus haut le cas du signe SOLEIL AILE, lu TESSUB en pays hourrite et sans doute TUWAT ou TIWAT en pays louvite. Nous prendrons comme autre exemple les signes représentant le CERF:

Le CERF est représenté par les signes 102 ( = CERI') et parfois 103 ( = RAMURE). 11 figure déjà sur les sceaux H.H. les plus anciens, comme le sceau n° 103 de Hogarth ( [9] ), repris dans notre figure 7, où il est accompagné du signe 268 “en avant” ( = Au : OBJET POINTU ?) et du signe FOURCHE “en arrière”, dont nous avons vu précédemment que la valeur était hali-: BRILLANT".

Cet animal fut divinisé de bonne heure par les peuples d’Europe et du Moyen-Orient et les Sumériens le représentèrent sous la forme du dieu ‘‘LAMA. Il nous paraît évident que ce mot est un emprunt: Les peuples primitifs désignent en effet généralement les animaux par leur cri et, compte - tenu du son émis par un cerf qui brâme, il est à penser que le terme LAMA dérive d’un plus ancien RÂMA vel. sim.

En Hittite Hiéroglyphique, H. Bossert et H.G. Güterbock ont proposé pour le CERF la lecture ruwa, d’où un dieu dRUWAT-et il paraît certain (malgré les objections d’E. Laroche dans Syria 1954 p. 107 et ss) que cette lecture onomatopéique est correcte, du moins dans un grand nombre de cas (Exemple: NP cun. Halpa-runda et H.H. Halpa-CERF-ta-a). Elle correspond à la valeur phonétique bien établie ru du signe 102, et elle est indirectement confirmée par le NP Ru-wa-s. Le nom dRuwata semble avoir donné dRunda/dRuta en néo - H.H., représenté par le CERCLE divin avec une bande hachurée.

On a fait toutefois à la lecture CERF = Ruwat- une objection grave, celle que ni louvite, ni hittite ne connaissent de R- initial. En outre, il apparaît que la lecture ruwat- ne peut convenir dans certains cas. E. Laroche a en conséquence proposé de remplacer ruwat- par tuwal- (Syria 1954 p. 116 et LH n° 102). Les prémisses sont justes: La lecture ruwat- ne saurait convenir dans certains cas. La conclusion est erronée: Le dicudTuwat ne saurait être que le dieu SOLEIL (louv. Tiwat-), non le dieu C.ERF.

La véritable solution nous paraît donnée par l’équation: dKarhuha = dCERF de Malatya 13: Le nom du CERF serait, en hittite/louvite, comme en indoeuropéen d’ailleurs, un nom composé: *kar+ Hruwa>hitt. Karhuha, lat. cervus, etc... (H = laryngale).

Le signe CERF aurait donc au moins deux lectures en H.H.: Ruwa (la) avec valeur syllabique ru et compléments en -ta/-ti, etc... et Kar (h)uwa,









avec valeur syllabique kar et compléments en -a. Suivant le document auquel on aura affaire, il sera donc nécessaire de choisir entre ces valeurs. Par exemple, pour le NP figurant dur le sceau de Hogarth n° 103 cité ci-dessus, la lecture la plus probable semble être: Ku - ruwata - hali: “Le dieu CERF est LUMIERE”, correspondant au NP néo-H.H.: Kurunta - hali.

Cet exemple montre clairement la polyphonie des idéogrammes, due au fait que l’écriture H.H. ne traduit pas une seule langue.

Une question se pose aussitôt: Cette polyphonie des idéogrammes, lorsqu’ils sont employés comme tels, entraine -1 - elle leur polyphonie lorsqu'ils sont employés comme signes auxiliaires, c’est-à-dire syllabique- ment?

La réponse est, fort heureusement, négative, réserve faite, toutefois, de quelques “ajustements”, généralement vocaliques et plus rarement consonnantiques, dans la valeur phonétique des signes lorsque l’on passe d’un document à l’autre. Sauf dans des cas exceptionnels, la valeur syllabique d'un signe est relativement constante, et c’est ce phénomène heureux qui a largement permis les progrès du déchiffrement. En outre, à 1 intérieur d’un groupe homogène de documents, il ne semble pas qu existent des homophones vrais. Par contre, lorsque l’on passe d’un groupe à un autre, il peut y avoir “glissement” de la valeur d’un signe comme cela se passe pour la lettre J dans les Noms Propres: anglais JOHN, français JEAN, espagnol JUAN, etc..

Ceci complique certes la tâche du déchiffreur: Car même si l’on a pu déterminer les valeurs phonétiques approximatives des signes, grâce à des comparaisons avec le cunéiforme par exemple, comment savoir s il faut lire tel Nom Propre Kali, Galli, voire Hulli?... Ou bien: 1 ultu, Dudu, Duda, voire Tatti ou Tatta?... Tous ces noms propres existent dans l’onomastique anatolienne et représentent à peu près sûrement des variantes locales ou dialectales d’un même nom, prononcé de façon différente par les diverses ethnies qui composaient l’Empire Hittite. Les variations de lecture que l’on observe d’un savant à l’autre ne mettent pas en cause la valeur du déchiffrement. Elles traduisent seulement une certaine ignorance de notre part concernant la répartition des dialectes à l’intérieur de l’Empire Hittite.

Si l’on en juge par les textes cunéiformes - - notre guide le plus sûr en la matière - - , les variations du vocalisme sont plus fréquentes que les variations consonnantiques: On voit constamment alterner, d’un texte à Pautre, les voyelles a et i (Anna/Anni), i et e (He-es-ni/Hi-is-ni-is), u, et t, etc... Un changement de vocalisme paraît souvent accompagner l’adjonction d’une désinence: Exemple: Hurlu/Hurlanni, etc... et nous avons eu l’occasion de signaler la chose à propos du nom Suppiluliuma. Sur le plan du consonnantisme, on voit alterner fréquemment t et d, s et g, k et h, m et w, etc....

Certaines de ces variations sont dues aux hésitations du scribe devant l'absence d’un signe adéquat pour traduire un phonème particulier aux langues anatoliennes: C’est certainement le cas dans les variations tabarnas/ labarnas pour rendre le phonème ô = [*d], probablement d’origine proto­hittite. Mais d’autres variations sont attribuables à des particularités dialectales.

La conséquence de cet état de fait est que, sauf lorsque l’on dispose de textes relativement longs ou de traductions en cunéiforme, la valeur phonétique exacte des signes est toujours mal assurée. Pour reprendre 1 exemple du sceau de I arkondèmos, il est par exemple impossible, cette inscription étant isolée, d en lire les signes de façon exacte: Tarqun - timme?... Tarkhon - dimme?... 1 arkhwon - diw - me?... Notre ignorance nous interdit de trancher.

Une seconde conséquence pratique est que l’on n’a le droit d’attribuer à un signe une valeur précise que dans le cas d’un groupe homogène de textes ou d inscriptions: On peut légitimement parler du “syllabaire des inscriptions de Kargamis” ou de celui de l’inscription de Karatepe. On ne saurait, en toute rigueur, parler, au singulier, d’un syllabaire H.H.

L identité des symboles ne doit pas faire illusion: La signification de l’idéogramme peut être conservée: DEMONSTRATIF, RELATIF, CRAINTE, LION, ROI, etc ..., mais la lecture être différente, d’un texte à l’autre, d’une langue ou d'un dialecte à l'autre.

§ 3-Ayant dans le paragraphe précédent insisté sur la diversité dialectale que recouvre l’écriture H.H., nous n’en sommes que plus à l’aise pour traiter du sujet de son origine.

Car une constatation s’impose: Malgré l’utilisation de cette écriture par des peuples de langues différentes, il existe une assez grande unité grammaticale et de vocabulaire dans la majorité des textes écrits en H.H. qui nous sont parvenus. Si l’on n’a donc pas le droit de parler d’une “langue H.H. ”, on peut toutefois parler d’une “langue principale H.H.”.

Que cette langue soit indoeuropéenne (ou mieux “proto-indoeuropéen­ne ) ne saurait faire de doute. Il ne semble pas s’agir toutefois de hittite (cunéiforme), et c’est pourquoi certains ont proposé le louvite, suivant une suggestion lancée dès 1932 par P. Meriggi. Mais, malgré les efforts récents de J.D. Hawkins, A. Morpurgo-Davies et G. Neumann [8], nous ne pensons pas qu’elle soit acceptable: Nous ne nions pas la possibilité que certains textes puissent être écrits en louvite. Mais à cause des affinités “proto - hittites” qui découlent clairement de l’étude des sceaux des rois hittites exposée au § 1 ci - dessus, à savoir: existence d’une consonne 8 ( = [ld]), formations adjectivales en -ili, existence d’un R - initial (runda), etc..., nous pensons que le louvite doit être rejeté en tant que “langue principale H.H.”.

Le palaite nous parait personnellement un meilleur candidat:

Nous ne pouvons développer dans le cadre du présent article les arguments philologiques en faveur de cette thèse. Nous nous bornerons à faire remarquer que le roi Naram - Sin appelle le roi du Hatti: Pa - am - ba (cf Güterbock, ZA 44, 79 n. 4).

Or le nom nous paraît être une déformation du mot: * Palwa < Pa - lu- wa — “Palaîte” (avec changement vocalique a > u dû à la désinence: cf cun. pa - la - um - ni - li, et passage - Iw - à - mb -).

Ainsi, si notre thèse était exacte, il faudrait attribuer à des Palaîtes (ou mieux: Paôaîtes), c’est-à-dire à des proto-indoeuropéens établis dès le début du second millénaire au sud de la boucle de l'Halys, sinon l’“invention”, du moins la “mise au point” de l’écriture H.H.

Nous voyons dans le mot Pala/Wala un dérivé du proto - indoeuro­péen * weld-: “forêt” (cf. hom. *yi8q, *yi8atoç, etc..) Les Palaites sont les “hommes de la forêt”, adorateurs du cerf qui l’habite et de la foudre qui la détruit.

Il nous paraît significatif à ce sujet que le plus ancien sceau H.H. bilingue connu, celui d’Isputahsu (voir fig. 8), fasse apparaître, malgré son ancienneté, des noms indo-européens:

Ce sceau a fait l’objet d’une excellente publication par A. Goetze (AJ.A. 1936 p. 210/214). L’inscription cunéiforme fournit le nom du propriétaire du sceau: “Is-pu-tah-su, le Grand Roi, le fils de Pariyawatru”. Il s’agit certainement du roi du Kizwatna Isputahsu, contemporain du roi hittito - hatti Telebinu.

Comme l'a noté A. Goetze, la première partie du nom du père, Pariya - (wa) est la même que celle du NP: Pa - ri - ya - mu - u - wa-as, qui correspond au Priam troyen et que la finale en - muwa classe définitivement comme appartenant à la “langue principale H.H”. La finale -watri ou -atri est obscure, mais rien n’interdit qu’elle soit indoeuropéenne.

Le nom Isputahsu est rendu par les deux signes W = SOLEIL et ROI. La valeur phonétique de ces symboles est connue pour le H.H. de l’époque classique: ‘'SOLEIL = Suppilu et ROI = hattu>hassu>hsu (voir annexe 2).

L équivalence entre H.H. et cunéiforme est alors immédiate: Isputa n’est qu’une déformation (locale ?) du nom Suppilu, avec voyelle prothétique particulière, semble -1 - il, à la région d’Adana ou pays des Danuwa, changement de vocalisme et passage l>t: Suppi-: “pur” est “traduit” par is-pu-a dans les Tablettes Cappadociennes.

. Le nom signifie ainsi: “PUR (est) le ROI” et correspond au NP hittite: Suppiya- hsu.

Ce sceau prouve donc définitivement que des “Hittites Hiéroglyphiques” proto-indoeuropéens régnaient à Tarse dès le début du second millénaire avant notre ère.

Washington, Septembre 1981

ANNEXE 1 : A propos du nom du Dieu de l’Orage

Le nom du DIEU de l’ORAGE, symbolisé par le signe 199 en forme de W, a donné lieu à une abondante littérature. L’identification erronée de ce nom divin avec Sandon ou Sandas a longtemps égaré la recherche. On admet à l’heure actuelle que le signe serait à lire, suivant le cas, Tessub ou Tarhun (Voir L.H. n° 199). .

Nous tenons la seconde interprétation pour erronée et le fait que le 1 arhun du sceau de Tarkondémos ne porte pas l’attribut habituel du DIEU de i’ORAGE nous paraît significatif.

Nous ferons tout d’abord remarquer qu’à l’origine Tarhun est le dieu de la FORCE PHYSIQUE (i. e.* (s) tark-), non celui de l’Orage, lequel est I essub en pays hourrite et un personnage dont le nom ne saurait commencer que par Ha- en pays louvite, compte - tenu de la valeur phonétique bien établie du signe 199. L’assimilation de Tarhun au dieu de l’orage- - si elle a eu lieu 9 - -ne saurait donc être que tardive et si nous pouvons éventuellement accepter de lire Tarhun le signe 199 à Karatepe, nous nous refusons à le faire dans les inscriptions plus anciennes, où nous proposons la lecture ‘'Halpahu au lieu de Tarhu.

Cette hypothèse est fondée sur les considérations suivantes:

  1. -hali-est en louvite: la “lumière brillante”, le “jour”.
  2. - le dieu \V est le dieu d’Alep: cf Ha - la - pa - wa - nâ - s " \V (LH n° 85)
  3. - Halpa, nom de la ville d’Alep, semble représenter la forme primitive du nom du dieu W. C’est cette forme que l’on rencontre dans les Noms Propres tels: Halpa - ruta, Halpa - ziti, etc.. Il est significatif de trouver dans le sceau de Khorsabad le Nom Propre: VV-pa-s = HALPApo_*
  4. - le nom Halpahu serait la forme “hourritisée” du nom du dieu W, devenu au milieu du second millénaire: “l’Alépin”.

On relèvera que l’origine du mot hal-: BRILLANT remonte à la préhistoire, car il fait partie de ces quelques termes monosyllabiques (per - : “abri”, kab-: “tronc d’arbre”, etc..) qui semblent se retrouver sous des formes légèrement différentes dans divers groupes linguistiques: indo­européen, sémitique, sumérien, etc.. Il faut en effet probablement le reconnaître dans l’indoeuropéen * ghel-: “brillant”, “doré” (ex. ail. glànzen, Gold, etc...), le hittite hattus: “roi” (voir annexe 2), et peut-être le proto-hittite katte: “roi” et le nord-sémitique Haddad ( = Hal-dad ?) dieu de l’Orage.

L’origine commune lointaine des noms Hattus et Halpa expliquerait la ressemblance de tracé et l’identité des valeurs syllabiques des signes 196 ( = Hattus) et 199 ( = Halpa).

ANNEXE 2: Sur le nom ROI en Hittite Hiéroglyphique.

Si le sens du signe hiéroglyphique ROI (LH n° 17) a été parmi les premiers reconnus, la valeur phonétique de ce signe est encore considérée comme incertaine. La valeur hattu, avec les variantes: hittite hassu- et hourrite sarru-, nous paraît cependant ne pas faire de doute.

Nous nous fondons sur les faits suivants:

  1. -A. Goetze et H.G. Güterbock ont montré que le nom ROI était hassu en hittite (cunéiforme). Etant donné la parenté générale entre H.H. et hittite, une forme phonétique voisine paraît probable en H.H.
  2. - le nom du signe REINE, soit hasusara en hittite, est écrit: REINE - sa5-ra en H.H. (cfLH n° 16), ce qui confirme que les deux termes hittite et H.H. doivent être apparentés.
  3. -le TRONE est en louvite/hittite: halmasuitti, que l’on peut décomposer en: halm - : “royal” et un dérivé de as - :être assis”. La racine du terme ROI serait en conséquence* hal -, ou mieux* haS - (avec 8 = ['d] ).
  4. - les compléments phonétiques de l’idéogramme ROI exigent que le mot se termine par une dentale.

Il est visible que le mot hattu- s’impose en conséquence.

URV Hatti serait alors le PAYS ROYAL et Hattusa, sa capitale, la VILLE ROYALE, placée sous la protection du dieu éponyme dHattus, le “dieu du pays hatti”.

Par le jeu acrophonique habituel, ce dieu a pour symbole le signe 196, la FOUDRE, halmisana en hittite cunéiforme.

On comprend mieux du même coup les raisons qui ont poussé les rois hittites à conserver le nom Hatti qui désignait leurs prédécesseurs: Car n’est - ce pas eux qui étaient devenus désormais, après leur victoire, les seigneurs du PAYS ROYAL?...

Du terme hattu- ont été dérivés en hittite les mots: hattuga: “effrayant”, hattulis: “favorisé par le roi”, “prospère”, hazzija: “frapper”, etc... L'origine du terme hattu: “roi” reste obscure. Mais les dérivés tels halmasuitti: “trône” conduisent à penser que le mot dérive de hal-: BRILLANT, LUMIERE (voir annexe 1).

A côté de hattu = ROI, le hittite connaît la forme sibillée hassu, qui est celle du signe 448 = ROI du PAYS HATTI, signe dont la valeur phonétique hsu/ksu est ainsi expliquée: Exemple: a-ksu-wa: “cheval (cf LH n° 448).'

Il est probable en outre qu’en pays hourrite, le signe : 7 était lu: sarru -. On trouve en effet en hittite cun. le verbe saruwâi-: “piller une ville” qui doit être un emprunt. En H.H., le verbe ROI-tiwa est peut-être à lire également: sarrutiwa: “régner”.

Enfin, la lecture ROI = hattu donne la clef de la valeur phonétique approchée du signe n° 398 qui intervient à Tell Tayinat dans le mot: ROI - 398-ta-i, à lire: ROI -ha-tâ-i. La lecture complète de 398 est hawa ou huiva, comme le montre à Kargamis le mot MOUTON- 398-13^ ( = hawa- ta4) et à Alep le NP: A-398-wa V/LL£, soit A (n)-kuwa V,LLE, avec un vocalisme légèrement différent.

BIBLIOGRAPHIE

des ouvrages et articles cités
R. D. BARNETT, Anatohan Studies 1953 p. 53/95-
J. C. BlLLIGMEIER, Jour, of Near Eastern Studies 35 (1976) p. 189/193.
B. Buchanan, jour, of Cun. Stud. 1967 P. 18/23.
J. FAUCOUNAU, Belleten 1980 p. 643/657.
J. FRIEDRICH, “Hethitisches Wôrterbuch”, Heidelberg 1952-1954.
A. GOETZE, Amer. Jour, of Arch. 1936 p. 210/214.
H. G. GÜTERBOCK, “Siegel aus Boghaz-Kôy”, I: Berlin 1940.
---------------- , “Siegel aus Boghaz-Kôy", II: Berlin 1942.
J.D. HAWKINS, A. MORPURGO-DAVIES&G. Neumann,Nachrtchlen der Akademie der Wissenschaflen in Gitlingen, Phil-Hisl. Klasse, Nr 6 (1973).
G. HOGARTH, “Hittite Seals”, Oxford 1920.
P. JENSEN, “Kleinasiatischen Eorschungen I, 3 (1930).
E. LAROCHE, “Les Hiéroglyphes Hittites”, Paris 1960.
---------------- , “Dictionnaire de la langue louvite”, Paris 1959.
---------------- , “Les Noms des Hittites”, Paris 1966.
P. MERIGGI, “Zur lesung der "hethitischen” Hieroglyphenschrift,” O.L.Z. 1933 P- 73/85.

Footnotes

  1. 1 Nous conservons l’expression traditionnelle “hittite hiéroglyphique (en abrégé: H.H.), bien qu’elle soit impropre — la langue que recouvre l’écriture en question n’est pas du hittite car la désignation "louvite hiéroglyphique” est tout aussi criticable (voir § 2 plus loin). 
  2. 2 L’erreur de Jensen a été de méconnaître qu’une écriture aussi répandue que l'écriture H.H., évolue nécessairement dans le temps ou dans l’espace.
  3. 3 Nous notons en abrégé LH l’ouvrage [t t] de la bibliographie in fine. I.es n ° s renvoient aux numéros correspondants des signes. Pour la commodité du lecteur, chacune de nos figures comporte une liste des hiéroglyphes cités.
  4. 4 Les sceaux les plus anciens sont souvent d'un dessin maladroit.
  5. On relèvera, parmi les signes diacritiques, les chiffres i à to souvent intégrés au pictogramme par les inventeurs de l’écriture H.H.
  6. Nous choisissons ces exemples parce qu’ils sont attestes au milieu du second millénaire: Piha- muwa (cfi. e. * peig-: “bigarré", grec nonaXoç) et U-ra-ha-ad-du-sa-a5 (cf annexes l et a).
  7. et non Tawananna comme on a lu à tort le cunéiforme: Ta - wa-an- na-an-na-a. Voir aussi E. Cavaignac, R H.A. 11 (1933) p. 98/99. 
  8. La consonne S = [1d] subsistera jusqu’à l’époque grecque dans la langue de Side: Cf notre article sur les inscriptions “barbares” de Sidé ([4] de la bibliographie:. 
  9. L’hypothèse de cette assimilation repose surtout sur Hamath VI, 3: 'W-tar-hu-tà-s (voir L.H. n 389) qui pourrait être en réalité un nom compose: “Le dieu W est puissant”.

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