Adile Ayda

Keywords: l, Kaşgarlı Mahmud, Casque, Arminius Vámbéry

On confond souvent “origine” et “signification”. Je connais maint article qui s’intitule “Origine du mot Turc” et se termine par une phrase comme celleci: “Donc, le mot Turc signifie force”. Aussi bien, n’estce pas la signification, mais l’origine du mot “Türk” que cet article se propose de rechercher[1].

On connaît l’explication de Mahmoud Kashgari, faisant venir ce mot du nom d’un petitfils de Noé, celle des auteurs arabes, qui le font remonter à Gog et Magog, celle enfin de Klaproth et de Hess, qui, se basant sur une source chinoise, prétendent que le mot aurait été inspiré du nom d’une montagne en forme de casque (tou-kiue). A ces explications, il y a lieu d’ajouter la théorie de Vambéry, acceptée par Munkacsi, qui relie le mot “türk” au verbe “türemek” (se faire jour, naître, apparaître). Pourtant, la majorité des turcologues semble pencher pour la théorie de Müller, qui, rencontrant par hasard, dans les textes ouïgoures, le phonème “türk” accompagné du mot “erk”[2], a voulu que ce mot ait le sens de “force”. D’après Barthold, qui partage cette vue, le mot ‘Türk” aurait été le nom d’une dynastie, qui se serait généralisé, d’abord comme nom de tribu, puis comme nom de nation. La théorie de Müller a été également adoptée par Thomson et Németh et a passé, comme vérité indiscutable, dans les ouvrages érudits et les encyclopédies.

En Turquie, des auteurs tels que Hüseyin Namık Orkun[3] et Hâmit Zübeyir Koşay[4] se sont intéressés au probleme et ont mis en évidence, dans leurs écrits, les différentes vues émises à ce sujet[5].

D’après mon humble avis, la question de l’origine du mot “Türk” a été, dès le début, mal posée. Je veux dire qu’il y a un certain nombre de faits historico-linguistiques, révélateurs de l’aspect réel du problème, entre lesquels on n’a jamais songé à établir une relation. Ces faits connus, dont chacun semble de peu d’importance, mais dont l’ensemble invite à réfléchir, sont les suivants:

1 — C’est depuis 1928 seulement que nous autres Turcs, écrivons notre nom sous forme de “Türk”. Auparavant, le mot “Türk” s’écrivait, en caractères arabes, sous forme de ذك ou تورك, chacune des deux formes étant susceptible d’être lue de quatre façons: Türk, Türük, Törk, Török.

2 — Dans les dialectes turcs, autres que celui d’Anatolie (en kirghize, en bashkourde, en turc de Kazan) le mot “Türk” se prononce TÜRÜK ou TÖRÖK[6].

3 — Même en Anatolie, il y a des villes et villages, où les habitants disent, non pas “Türk” mais TÜRÜK ou TÖRÖK.

4 — Les Hongrois, que nous sommes en droit de considérer comme nos cousins germains et avec qui nous avons un ancêtre commun tel qu’Attilâ, lequel, à l’encontre de ce que pensent les Occidentaux, était un grand gentleman, surtout avec les dames, les Hongrois, disje, prononcent et écrivent notre nom TÖRÖK.

5 — Dans les Inscriptions de l’Orkhon, qui constituent le premier document écrit de la langue turque, le mot “Türk” est écrit d’une façon qui se lit parfois TÜRK, mais souvent TÜRÜK ou TÖRÖK.

6 — Dans les sources chinoises, le mot “Türk” se lit “Tou-kiue”.

A la lumière de ces faits, il est permis de conclure que nous sommes en présence d’un mot qui, ORIGINAIREMENT, COMPOR-TAIT DEUX SYLLABES, et non pas une, comme dans la langue écrite de la Turquie d’aujourd’hui. Ce fait a d’ailleurs été souligné par certains auteurs.

Il y a un autre groupe de faits linguistiques, liés de très près à notre problème. On peut les énumérer de la façon suivante:

a) Pendant cinq cents ans, le pays des Turcs s’est appelé, officiellement, l’Empire Ottoman et non pas Turquie. Ce sont les Génois et les Vénitiens qui, pour plus de commodité, ont appelé, INOFFICI- ELLEMENT, le pays des Ottomans TURCHIA (Tourkia). Il est certain que cette appellation reposait sur une tradition qui remontait au Père Hieronymus et meme à Pline et Pomponius Mela.

b) Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est d’eux, c’est-à-dire des Italiens que nous avons pris le nom actuel de notre pays, qui, d’inofficicl avant 1923, EST DEVENU OFFICIEL, après la fondation de la République.

Car, comme on l’a fait remarquer, d’après les lois grammaticales et traditions linguistiques turques, le pays des Turcs aurait dû s’appeler soit TÜRKELI ou TÜRKILI, soit TÜRKISTAN (qui, d’ailleurs, a existé avant 1924, dans d’autres limites géographiques).

c) Ayant été inspiré du mot italien “Turchia”, le nom de la Turquie s’est écrit, pendant longtemps, en caractères arabes, sous forme de ري" ou توري , c’est-à-dire avec un “a” final. Ce n’est que quelques années avant la Première Guerre Mondiale, que, sous l’influluence française, qui sévissait alors dans le monde entier, on a commencé à écrire le mot “Türkiye” avec un “e” final, donc sous forme de تور ي, afin de le mettre en concordance avec le mot français “Turquie”

Tant que le mot s’écrivait avec un “a” pour lettre finale, la vo-yelle de la première syllabe se devait d’être lue “ou” (ou, du moins, d’une façon proche de “ou”), par suite des nécessités de la loi de l’harmonie vocalîque[7].

d) Dans beaucoup de langues, qui ont peu changé au cours des siècles, la voyelle contenue dans le mot “turc” donne le son “ou”:

En italien: Turco (Tourko)

En russe : Tour(ı)k

En grec : Tourkos

En arabe : Tourk

En persan: Tourk

Le fait que tant de peuples, différents entre eux, donnent à notre nation le nom de “Tourk”, n’est pas dû uniquement au fait que ces peuples ne possèdent pas la lettre “u” (ü) dans leur alphabet. Nous y voyons un conservatisme historique. Les Russes, par exemple, ont pris aux Français beaucoup de mots en “u”, qu’ils rendent par “iou” et non pas en transformant “u” en “ou”. Ainsi “Costume” est devenu en russe “Kostioum”.

Il nous paraît probable et même évident que, dans un lointain passé, non seulement les autres peuples, mais les Turcs eux-mêmes, se sont appelés d’un nom où la voyelle ou les voyelles étaient “ou”. C’est pourquoi nous sommes d’avis qu’il sera judicieux de prendre ici, comme base d’étude, le mot bisyllabique TURUK, lequel peut se démembrer de deux façons: Tu-ruk ou Tur-uk.

Afin d’examiner le mot minutieusement, nous pouvons commencer par nous occuper de la première syllabe. Que nous rappellent les phonèmes TU (Tou) ou TUR (Tour) en histoire, géographie, archéologie ou philologie? Autrement dit, ces phonèmes correspondent-ils à des mots existant dans notre propre langue ou dans la mémoire des autres peuples?

Un fait est certain: c’est que les deux peuples qui nous connais-sent le mieux sont nos deux chers voisins et ennemis historiques; les Chinois et les Iraniens. Mais les très estimables Chinois, ayant mal-heureusement une conformation buccale, qui les rend incapables de prononcer certaines lettres (notamment la lettre R), leurs Annales perdent considérablement de leur valeur. Car ces Annales, dignes de foi lorsqu’il s’agit de faits et évènements, invitent à la prudence et à la méfiance pour tout ce qui est renseignement onomastique. En effet, tous les noms propres et surtout les noms propres turcs y sont méconnaissablement déformés.

Donc, il vaut mieux se tourner du côté des Iraniens: Les textes iraniens les plus anciens sont contenus dans un livre sacré, appelé Avesta (Abashta). Ce livre est une sorte de collection d’écrits religieux, rédigés à des époques différentes, dont la partie la plus ancienne, considérée comme l’oeuvre de Zarathoustra lui-même, fondateur ou réformateur de la religion mazdéenne, est constituée par lesGATHAS[8]. Les Gathas, qui signifient chants ou psaumes, sont écrits en un dialecte iranien archaïque, alors que les autres parties de l’Avesta sont rédigées en langue médique.

Or, dans un passage des Gathas, il est fait mention d’un peuple, le peuple TUR (ou Tura), au sujet duquel les autres parties de l’Avesta, telles que les Yashts et les Yasnas donnent, ça et là, des renseignements.

On estime généralement que Zarathoustra a vécu au temps d’Homère, donc, environ au 8 ième siècle av. J. C. Le fait que le peuple TUR (Tura) soit mentionné dans les Gathas, prouve que ce peuple était connu aux Iraniens, dès cette époque préhistorique.

Dans le 17 ième, ainsi que dans le 19 ième Yasht, de composition ou “recomposition” plus tardive, le peuple Tur, qui est aussi mentionné par le géographe grec Ptolémée, est représenté comme “ennemi des Iraniens”[9]. Du reste, il convient de faire remarquer que les écrits qui forment l’Avesta et qui sont, en principe, des écrits religieux, sont profondément empreints d’esprit national et patriotique, de sorte que le grand poète national iranien, Ferdousi s’en est directement inspiré en composant sa fameuse épopée, le Shahnamé. Seulement, emporté par ses propres sentiments nationaux, il a transformé et déformé certaines données contenues dans l’Avesta.

Pour en revenir à notre sujet, nous avons vu que la syllabe Tur correspondait au nom d’un peuple. Or, d’après certains orientalistes occidentaux et notamment Blochet (“Le nom des Turcs dans l’Avesta”) ce peuple n’est autre que le peuple turc. Ce dernier point ne doit d’ailleurs pas faire de doute, puisque tous les écrivains et poètes persans, y compris le fameux Ferdousi, ont donné aux Turcs vivant au Nord de l’Iran, le nom de Tur (Tour). Les mots “Touran” et “touranien” viennent de là. On sait que “Turan” (Touran) désigne en iranien, soit le pluriel de Tur, soit le pays qui appartient au peuple portant ce nom.

... En disant que les anciens Iraniens donnaient aux Turcs le nom de Tur, nous n’avons déclaré rien de nouveau. C’est chose connue de tout le monde. Cependant, nous nous permettrons d’avancer ici un point de vue, qui est presque une vérité de la Palisse, à savoir que si les Iraniens ont appelé les Turcs Tur, c’est que vraiment ils s’appelaient Tur. En d’autres termes, LE NOM LE PLUS ANCIEN DES TURCS ETAIT TUR (ou si l’on veut, l’un des noms les plus anciens).

Si l’on admet cette théorie ou vérité, beaucoup de points obscurs, se rapportant à l’histoire, à la préhistoire et à la philologie turques, s’éclairent. Je me contenterai de donner ici un exemple:

Il y a, comme on sait, deux noms ou titres, qu’on rencontre fréquemment dans l’histoire turque: Tarhan et Turhan[10]. Bien que nousayons quelques connaissances au sujet du premier, on n’a jamais pu établir la signification, le caractère et la portée du second de ces mots, c’est-à-dire de Turhan. Or, si on prend le mot Tur dans le sens de Turc, non seulement la signification de chacun de ces mots s’éclaire, mais aussi la nature de leurs rapports réciproques. Nous sommes alors, en présence des définitions suivantes:

I. TARHAN (Tar-han) : Maître de la terre, donc propriétaire ou administrateur d’un domaine ou d’une province. Peut-être une sorte de seigneur féodal. Ce mot, par conséquent, représenterait un titre civil, qui aurait été, originairement, propre aux Turcs sédentaires[11].

II. TURHAN (Tur-han): Maître des Turcs, abstraction faite de l’idée de terre et de territoire. Conducteur d’hommes, donc de l’armée, chef militaire, commandant. Ce mot représenterait, par conséquent, un titre militaire, propre aux Turcs nomades et aussi, sans doute, aux Turcs sédentaires, en état de campagne ou d’opération de raid[12].

***

Jusqu’ici nous ne nous sommes occupés que de la première syllabe du mot “Turuk” que nous avions pris comme objet d’analyse. Que représente la deuxième syllabe, la syllabe “uk” et pourquoi estelle venue se joindre à “Tur”? C’est ici, je crois, qu’apparaîtra la partie la plus neuve de notre théorie. Comme on le sait, la syllabe UK (ou ok) représente un mot qui, en turc moderne signifie “flèche” mais qui, en turc ancien, signifiait aussi “tribu”. L’histoire turque foisonne de noms se terminant en ok (uk) : Üçok, Onok, Bozok etc... Eh bien, nous pensons que le mot “Turuk”, forme primitive de “Türk”, s’est formé par la combinaison de TUR et de UK.

Pourquoi? Comment? Nous pouvons nous représenter les phases de la formation du mot “Türk”, au cours des âges, de la façon suivante :

Aux époques préhistoriques, alors que la grammaire turque était dans un stade primitif, une partie des Turcs nomades, s’étant établis dans un lieu fertile et ayant renoncé au nomadisme, auraient reçu des autres Turcs, le nom de “Tur”, dans le sens de “ceux qui restent”[13]. En turc ancien, comme aussi dans les dialectes actuels de l’Asie Centrale, rester, s’arrêter se dit TURΜAK. Le nom de “Tur”, d’abord conféré à un groupe sédentaire, aurait été, plus tard, étendu par les peuples voisins, ignorants du fond des choses, même aux Turcs nomades et ceuxci n’auraient pas tardé à se l’assimiler.

Ceci étant advenu et une grande partie, sinon la totalité des Turcs, ayant porté le nom de “Tur” pendant des siècles, peut-être pendant des millénaires, un beau jour, un nouveau besoin de spécifier le sédentarisme de telle tribu, aurait fait qu’on lui aurait donné le nom de TUR-UK (ou Turok)c’est-à-dire “la tribu qui reste”[14]. Ce nom, à son tour, aurait été appliqué, avec le temps, aussi bien aux Turcs “qui restent” qu’à ceux qui bougent[15].

Le mot “Turuk”, tout en étant un mot d’une espèce qu’on rencontre fréquemment dans notre langue, comme en témoignent les mots “buruk”, “koruk” “oluk” etc., ne possède certainement pas la beauté et la finesse du mot “Türk”. Quand et comment le mot “Turuk” s’estil transformé d’abord en “Türük”, puis en “Türk”? On peut estimer que cela se fit à une époque assez récente et, dans tous les cas, après le commencement de l’ère chrétienne. D’après ma conviction personnelle, le premier de ces évènements phonétiques est lié au fait que les Turcs, qui ont érigé les monuments de l’Orkhon, aient cru bon de se qualifier euxmêmes de “divins” ou “célestes” (Kök, Gök). En raison de la loi de l’harmonie des voyelles, il était impossible qu’ils prononcent ou écrivent leur nom “Köktürük”. En conséquence le mot “Turuk” a été accordé à l’harmonie de “Kök”. Puis, le mot “Köktürük” a fait que “Turuk” s’est écrit et prononcé, sous forme de “Türük”, même employé tout seul,. Comme les Turcs, faisant partie de l’Empire “Köktürük”, lequel trouvait naturel de traiter d’égal à égal avec l’empire byzantin, étaient de civilisation avancée, puisque possesseurs d’alphabet, il était logique que leur prononciation fût imitée par les autres Turcs. Cette hypothèse, comme les suivantes, doit être considérée comme un élément de la théorie énoncée dans cet article.

Quant à la contraction du mot “Türük” sous forme de “Türk”, j’y vois deux raisons historiques: La première est le fait que, à la suite de l’adoption de l’alphabet arabe, conséquence de l’adoption de l’Islam, nous nous sommes mis à écrire notre nom avec juste trois consonnes: TRK (ذك). La deuxième raison est la formation, surtout après la conquête d’Istanbul, d’un langage de Cour, dû à la présence, autour et dans le Sérail, de convertis, de janissaires et d’odalisques étrangères, en la personne de chacun s’exerçant l’influence des langues locales et occidentales. Par l’élargissement de cette langue de Cour, s’est constitué le dialecte d’Istanbul, où tous les mots étaient affinés et embellis et qui, à son tour, ne tarda pas à agir sur les dialectes provinciaux, pour créer ce qu’on a appelé le dialecte anatolien. C’est ainsi que le mot “Türük” prit la forme plus ramassée de “Türk”. Il n’y a point de doute que, par rapport à Tourouk, qui sonne un peu lourd à l’oreille, le mot “Türk” est plus beau, plus élégant. En fait, c’est le plus beau mot qui soit, pour nous autres Turcs.

Footnotes

  1. N’étant pas une turcologue de profession, mais ayant été amenée à étudier certains problèmes fondamentaux de la turcologie par mes études sur les Etrusques, que je considère de race proto-turque, la question de l’origine du mot “Türk” est pour moi d’un caractère primordial. Cette question, dont l’importance est particulièrement grande du point de vue de la préhistoire turque, j’en avais fait l’objet d’une brève communication au Congrès International de Turcologie, qui s’est tenu en Octobre 1973, à Istanbul. Mais, faute de temps disponible, il m’avait été impossible d’exposer mes preuves et arguments.
  2. Comme dans “çoluk çocuk”. L’expression contenue dans le texte a la forme de “erkke türkke.”
  3. Dans le périodique “Ülkü”, numéro de Mai 1934, p. 15.
  4. Dans le volume “Zeki Velidi Togan’a Armağan” Istanbul 1950-1955, p. 33.
  5. Dans le volume consacré à la mémoire de “Reşit Rahmeti Arat”, on trouve aussi un article du Prof. Ibrahim Kafesoğlu, qui est plutôt une bilbliographie un peu confuse.
  6. Au Congrès de Turcologie, mentionné ci-dessus, je rappelais aux auditeurs que feu le Professeur Zeki Velidi Togan, qui était d’origine bashkourde, prononçait toujours, le mot Türk, “Török”, ce qui provoqua le sourire approbateur de ses proches collègues, qui étaient présents. Et comme le Professeur Ahmet Caferoğlu, malheureusement, lui aussi, décédé depuis, était assis au premier rang, juste en face de moi, j’ajoutais que si on demandait à l’honorable Professeur, qui, lui, était originire de l’Azerbeidjan, de prononcer le mot “Türk”, il ne pourrait faire autrement que de dire “Türük”, à quoi il acquiesça d’un signe de tête, en souriant.
  7. Les intellectuels turcs de la génération d’avant moi et, entre autres, les écrivains et orateurs tels que Refik Halit, Abdulhak Şinasi, Hamdullah Suphi, que j’ai connus personnellement, prononçaient “Tourkya”. Le célèbre journaliste et écrivain, Burhan Felek, autorité en la matière, confirme pleinement le fait et, a bien voulu m’autoriser à me référer à lui.
  8. La Grande Encyclopédie, Vol. IV, page 884.
  9. Encyclopédie de l’Islam, Leyden-Paris, 1934, Vol. IV, page 924.
  10. Il y en a qui sont d'avis qu’il convient d’écrire les mots Tarhan et Turhan sous forme de Tarkan et Türkan. Cette vue s’appuie sur l’opinion de certains turcologues, qui prétendent que la lettre “h” n’existait pas en ancien turc. Cette opinion est issue du manque de connaissance pratique des dialectes de l’Asie Centrale. Certes, le turc ancien ne possédait pas le “h” léger et élégant, propre au parler d’Istanbul, mais un “h” très guttural, plus prononcé encore que celui des Russes et des Arabes, et qu’on peut représenter graphiquement comme ceci: “kh”. Il y a vingt à trente ans, c’est-à-dire même à l’époque soviétique, j’ai connu des pèlerins de la Mecque kazaks et kirghizes, venant en visite secrète chez mon père, à Istanbul, qui disaient: “Atangız ôyde yokh mu?” (Votre père n’est-il pas à la maison?). / N’oublions-pas que les habitants de Konya ne peuvent prononcer la lettre “k” et qu’au lieu de “Kardeşimin kansi”, ils disent “Gardaşımın gansi”. / On sait d’autre part, que dans l’alphabet de l’Orkhon, il n’y a qu’un seul signe, c’est-à-dire une seule lettre pour “h” et pour “k”. On peut penser que ce signe correspondait au son “kh” et que les mots “Kagan” et “buyruk” se prononçaient “Khagan” et “buyrukh”. II est donc possible que les mots contenant le son en question aient subi le phénomène de différenciation, les uns ayant pris “k” et les autres “h”. Quant à la lettre “k” contenue dans les mots tels que “kök”, c’est une question à part. Le signe en est, d’ailleurs différent dans les Inscriptions de l’Orkhon.
  11. a) Le mot TAR ou TARI, qui a d’abord signifié sol, terre, a désigné ensuite les produits de la terre et spécialement les céréales. Puis, obéissant à une loi, bien connue en linguistique, son sens s’est limité à l’une des céréales, exclusivement consommée dans certaines parties de l’Asie Centrale: le millet, en turc “tan” ou “dan”. / b) En fait, le titre de Tarhan a été donné parfois, à la suite d’une déviation de sens, aux chefs de certains artisanats ou corporations. Quelquefois, il a représenté un titre purement honorifique, indépendamment de la possession d’une terre. Les Mongols avaient emprunté ce titre, comme beaucoup d’autres choses, aux Turcs, leurs voisins.
  12. On a tenté de rapprocher le mot Turhan du nom du conquérant de la Macédoine, Turahan Bey, pour prétendre que Turhan venait de Turahan et Tura-han de Töre-han (Töre signifiant tradition ou loi non écrite). C’est une théorie comme une autre.
  13. En turc évolué, cette notion aurait été exprimée par la forme “Turgan” (“duran” en dialecte anatolien).
  14. Le fait qu’on rencontre le mot, dans les sources chinoises, sous forme de “Tou- iue” fait penser que TUR-OK a pu être prononcé parfois TUR-OKU.
  15. La correspondance en langue assyrienne et en caractères cunéiformes, découverte à la suite des fouilles de Mari et oü il est fait mention d’un peuple nomme “Turuk-ku” est de nature à confirmer notre théorie (TUR-UK-KU = TUR-OKU?) Georges Dossin, Archives Royales de Mari I. Correspondance de Shamsi-Addu, Paris 1950.