BİLÂL N. ŞİMŞİR

Türk Tarih Kurumu Üyesi

Atatürk’ün doğumunun 100. yıldönümü dolayısiyle, 27 Ekim 1981 günü, Macar Bilimler Akademisi ile Budapeşte Üniversitesi Türkoloji Fakültesi ortaklaşa bir sempozyum düzenlediler. Budapeşte’de Macar Bilimler Akademisi salonlarında yapılan bilimsel toplantıya, on Macar bilim adamı Atatürk üzerine birer bildiri sundular. Toplantıya Ankara’dan, rahmetli Başkanımız Ord. Prof. Enver Ziya Karal, Sayın Prof. Dr. Bekir Sıtkı Baykal ve ben katıldık. Rahmetli Büyük Hoca ile birlikte katıldığım son bilimsel toplantı, son dış gezi oldu bu. Kendisiyle birlikte geçirdiğim o birkaç günün anısı hâlâ taptazedir.

Doyum olmazdı Hocanın tatlı sohbetlerine. Gezilerde daha da açılırdı sanki. Anlattıkça anlatırdı. Bir bilge kişinin söyleşileriydi bunlar. Süzme bilgiler doluydu. Dinledikçe aydınlanır, yararlanırdım. Hiç bitmesin isterdim bu konuşmaları. Hoca hiç susmasın isterdim. Budapeşte’den ünlü Estergon kafasına bir gezi yapmıştık. Bilge Hoca yol boyunca bize tarih ziyafeti çekmişti.

Budapeşte’de bulunduğumuz sırada, Türk-Macar Kültür Anlaşması gereğince, Türk Tarih Kurumu üyeleri ile Macar tarihçilerinden oluşan Karma Komite toplantısına da katıldık. Ben, “Atatürk ve Macaristan” başlıklı bir bildiriyle Macaristan’a gitmiştim. Bu bildiriyi Karma Komite toplantısında okumam istendi. Bildiriyi orada sundum. îlgi çekti, üzerinde konuşuldu. Aynı gün öğleden sonra yapılacak sempozyuma ne sunacağım diye düşünürken, Karal Hoca Hızır gibi yardımıma yetişti. Daha önce, Paris’te yayınlanan bir dergi için hazırlamış ve bir örneğini de Hocaya sunmuş olduğum “Atatürk’ün Dış Politikası Üzerine” başlıklı yazımı çantasından çıkarıverdi! Bu yazım henüz hiçbir yerde çıkmamış ve okunmamıştı. Onu da, Hocanın isteğine uyarak, öğleden sonraki sempozyumda okudum.

Karal Hoca her iki bildiriyi de beğenmişti. Her zamanki inceliğiyle beni kutlarken, “bunları Belleten Ae yayınlayalım” demişti. Meğer o Belleten kendisini anma sayısı olacakmış! Macar Bilimler Akademisi salonlarında okuduğum o iki kısa bildiriyi burada yayınlarken, rahmetli Başkanımızın son arzularından birini yerine getirmiş oluyorum. Ruhu hoşnut olsun. Değerli anısı önünde bir kez daha saygıyla eğilirim. Nur içinde yatsın!

***

SUR LA POLITIQUE ETRANGERE D’ATATÜRK

“Paix dans le pays, paix dans le monde!”

Cette formule bien connue de Mustafa Kemal Atatürk est aujourd’hui engravée à l’entrée du Ministère des Affaires Etrangères à Ankara, comme une règle de conduite pour la diplomatie turque moderne. Mais pour bien saisir les conceptions du grand homme d’Etat pacifiste sur les relations étrangères il faudrait aller aux années 1920.

En effet, dès son débarquement en Anatolie, le 19 mai 1919, avec la détermination de créer un nouvel Etat turc sur l’Empire ottoman en morcellement, Mustafa Kemal posait les bases de sa politique extérieure. Son point de départ était les principes des Droits de l’Homme. Pour lui, chaque nation comme chaque individu a le droit à la vie. Il se révoltait contre les Puissances impérialistes qui voulaient priver le peuple turc du droit à l’existence, parce que l’Empire ottoman était vaincu dans la Grande Guerre mondiale:

“Messieurs, nous ne demandons rien de plus à personne, disait-il. On ne doit pas nous priver de ce que chaque peuple civilisé du monde possède naturellement et l’on doit reconnaître nos droits. En effet, nos droits sont naturels, légitimes, raisonnables et ils nous sont nécessaires. Nous ne renoncerons pas à notre droit.”

“Nous sommes un peuple qui veut vivre et cela en jouissant de sa dignité et de son honneur. Nous ne pouvons tolérer de nous voir dépouillés de ces attributs”.

Etant donné que l’existence digne et honorable pour un peuple n’était possible que dans le cadre d’un Etat souverain et indépendant, Atatürk disait qu’ “il n’y avait qu’une décision à prendre, c’était de créer un nouvel Etat turc, s’appuyant sur la souveraineté nationale et indépendant sans aucune réserve.” “Notre but est d’assurer l’indépendance complète de la nation et notre intégrité territoriale dans les limites nationales.”

Pour la première fois dans l’histoire turque, Atatürk précisa ces “limites nationales” sur les territoires de l’Empire ottoman multinational, dont les frontières s’étendaient, au début de la Grande Guerre, depuis les Balkans jusqu’à l’Océan indien. Il prépara un document de base qui fut approuvé et signé par les députés du dernier Parlement ottoman le 28 janvier 1920, et qui est connu sous le nom du Pacte National (Misak-ı Millî). Ce document fixait “le maximum de sacrifices possibles auxquels la nation turque pourra consentir” en vue de s’assurer une paix juste et durable. De cette façon il précisait les frontières du nouvel Etat national turc. En voici quelques extraits:

“Le sort des territoires de l’Empire ottoman exclusivement peuplés par des majorités arabes doit être réglé selon la volonté librement exprimée par les populations locales... Le reste de l’Empire ottoman habité par une majorité musulmane ottomane forme un tout indivisible...

“Le statut juridique de la Thrace occidentale doit se baser sur la volonté librement exprimée de sa population...

“Les signataires du présent Pacte considèrent la jouissance d’une indépendance entière et d’une complète liberté d’action comme la condition sine qua non de l’existence nationale. Par conséquent, ils s’opposent à toute restriction politique, juridique ou financière de nature à entraver le développement national ottoman.”

Par ce document les représentants du peuple turc renonçaient aux régions arabes et à la Thrace occidentale et fixaient ainsi les frontières du nouvel Etat national turc. Ils exigeaient une indépendance complète à l’intérieur de ces limites nationales. Pendant les années 1920-1923, la politique extérieure d’Atatürk avait pour objectif la réalisation intégrale du Pacte National, ni moins, ni plus. Depuis le début de la Guerre d’indépendance turque jusqu’à la conclusion du Traité de Paix à Lausanne, le 24 juillet 1923, il n’a pas modifié son point de vue et s’en tient aux revendications inscrites dans ce document. Lorsqu’il entamait des négociations avec le délégué de la France, M. Franklin-Bouillon, il insistait sur la reconnaissance à priori du Pacte National:

“Nous tînmes le lundi 13 juin (1921) notre première réunion. Dans cette séance il fut question entre nous de déterminer quel serait le point de départ de notre négociation. Moi, je posai le principe que notre point de départ à nous serait le Pacte National. M. Franklin-Bouillon parla du Traité de Sèvres. Je fis remarquer que de l’ancien Empire ottoman était né un nouvel Etat turc et qu’il fallait le reconnaître, qu’en tout cas, cette nouvelle Turquie s’arrangerait pour faire reconnaître ses droits, à l’égal de tout autre peuple indépendant. “Le Traité de Sèvres, dis-je, est un arrêt de mort à ce point néfaste pour la nation turque, que nous demandons que le nom même n’en soit pas prononcé par une bouche se disant amie!... Il n’est pas possible que l’Europe ignore notre Pacte National”.

Quand le général Harington, Commandant en Chef des Forces britanniques en Turquie, exprimait le désir d’une entrevue à inebolu, Atatürk lui répondit, le 5 juin 1921 en ces termes:

“Nos demandes nationales sont connues de Votre Excellence. Je déclare que dans le cas où le principe de la libération complète de notre territoire national et celui de notre entière indépendance, politique, financière, économique, militaire, juridique et culturelle à l’intérieur de nos frontières nationales, seraient reconnue, nous serons prêts à entrer en négociations... Si le désir de Votre Excellence est de procéder simplement à un échange de vues sur la situation, nous pouvons charger de cette mission un de nos collègues.”

Durant les années difficiles de la Guerre d’indépendance, Atatürk s’efforçait d’une part, de faire connaître la cause turque à l’opinion mondiale, et, d’autre part, à préciser les principes solides de sa politique étrangère. La lutte nationale qu’il dirigeait n’était pas faite pour sauver l’Empire ottoman qu’il considérait comme déjà mort, mais pour créer un Etat national turc libre et indépendant. C’était une question de vie et de mort pour la nation turque. Dans ces conditions, en politique étrangère, il fallait passer de la conception de l’Empire ottoman à la conception d’une politique nationale. Atatürk rejetait catégoriquement le régime des capitulations imposé à l’Empire ottoman qu’il décrivait de la façon suivante:

“On sait que l’Empire ottoman était lié par des ‘capitulations’ existant au nom d’anciens traités. Les éléments chrétiens jouissaient de nombreux privilèges et exemptions. Le gouvernement ottoman ne pouvait exercer ses droits de juridiction sur les étrangers établis dans l’Empire ottoman. Il était interdit d’assujettir les étrangers aux impôts perçus sur les nationaux. Le Gouvernement ottoman était, de même, empêché de prendre des mesures à l’égard des éléments de l’intérieur qui sapaient les bases de l’Etat.

“Il était également interdit au gouvernement ottoman d’assurer au peuple turc, son élément originel, celui qui l’avait fondé, les moyens de mener une existence conforme à la dignité humaine. Il ne pouvait restaurer le pays, construire des chemins de fer, il n’était même pas libre de créer des écoles.

“A l’extérieur, l’Empire ottoman, n’avait aucune valeur, aucun mérite, aucun prestige. Il était au ban du Droit International et placé pour ainsi dire sous la tutelle et la protection de l’étranger.”

Par conséquent, le nouvel Etat national turc devrait être complètement libre et indépendant. Il était une condition fondamentale pour l’existence d’un Etat souverain.

Atatürk rejetait aussi le panislamisme et le pantouranisme comme ‘d’idéaux illusoires”. “Nous ne sommes pas de ces hommes qui courent après de grands rêves, disait-il. Plutôt que de courir à la poursuite de notions que nous ne réalisons pas et que nous ne pouvons pas réaliser et d’accroître la pression des ennemis sur nous, revenons aux limites naturelles, aux limites légales. Connaissons nos limites.”

Dans son grand Discours Atatürk dit ceci:

“Messieurs, ce qui est à la base essentielle de la politique extérieure, c’est l’organisation intérieure de l’Etat. Il est donc nécessaire que la politique extérieure soit en harmonie avec l’organisation intérieure...

“Pour que notre nation puisse mener une existence heureuse, solide et durable, il est nécessaire que l’Etat poursuive une politique exclusivement nationale et que cette politique soit intégralement conforme à notre organisation intérieure et s’appuie sur celle-ci. Lorsque je parle de politique nationale, j’entends par là: travailler à l’intérieur de nos limites nationales au bonheur et à la prospérité véritables de la nation et du pays, en nous appuyant avant tout, pour conserver notre existence, sur notre propre puissance; ne pas engager le peuple dans la poursuite de buts illusoires, quels qu’ils soient, ce qui ne pourrait que lui faire du tort, et s’attendre, de la part du monde civilisé à un traitement civilisé et humain, à une amitié basée sur la réciprocité.”

Après sa grande victoire millitaire Atatürk déclarait:

“Nous! nous ne voulons rien d’autre que vivre libres et indépendants à l’intérieur des frontières nationales. Nous demandons à 1 Europe de ne pas attenter à nos droits. Dans notre politique extérieure, il n y a aucune intention d’agression contre les droits d’un Etat quelconque, mais nous défendons et nous défenderons nos droits et notre honneur. Notre Assemblée et notre gouvernement sont extraordinairement partisans de l’avènement des idéaux humains et civilisés. Ils cherchent toujours, aussi bien avec le monde occidental qu’avec le monde oriental, de bonnes relations et des liens amicaux. Mais si une nation veut asservir ma nation, je suis son ennemi impitoyable jusqu’à ce qu’elle renonce à ce désir. Nous ne nourrissons aucun sentiment hostile envers les étrangers et nous voulons avoir avec eux des relations sincères. Les Turcs sont les amis de toutes les nations civilisées.”

Dans sa politique extérieure, La Turquie kémaliste resta toujours fidèle au principe de la politique nationale et d’amitié avec tous les peuples du monde. S’appuyant sur la formule “paix dans le pays, paix dans le monde”, la République turque attacha une grande importance aux amitiés avec les autres pays. A partir de la Paix de Lausanne jusqu’à la mort d’Atatürk, la Turquie a signé des traités d’amitié avec 34 pays différents et des pactes de non agression avec les Etats voisins. En 1932 la Turquie fut invitée à entrer dans la Société des Nations.

Atatürk disait que “de même que la nation turque a besoin de la paix, toutes les nations en ont besoin”. Il considérait la Turquie comme un membre de la famille des nations et déclarait à ce sujet ceci:

“Toutes les nations du monde sont devenues aujourd’hui plus ou moins des parents et se sont occupées à le devenir. A cet égard, l’homme doit penser à la tranquillité et au bien-être de toutes les nations du monde, comme il pense à l’existence et au bonheur de la nation dont il fait partie... Il faut considérer l’ensemble de l’humanité comme un seul corps et une nation comme un organe de celui-ci.”

“Une douleur au bout du doigt est ressentie par tous les autres points du corps. S’il y a un malaise dans tel ou tel lieu du monde, il ne faut pas que vous disiez que cela ne vous importe pas. Si un tel malaise existe, nous devons nous y intéresser exactement comme s’il existait parmi nous. L’égoïsme, qu’il soit individuel ou national, doit être toujours considéré comme un mal.”

Comme un grand humaniste, Atatürk désirait que “Le bien-être de l’ensemble de l’humanité doit prendre la place de la faim et de l’oppression. Les citoyens du monde doivent être éduqués de manière à ce qu’ils s’éloignent de l'envie, de la malignité et de la rancune.” “L’école doit renseigner aux jeunes cerveaux le respect pour l'humanité, l’amour pour la nation et le pays, l’honneur et l’indépendance.” D’après lui, il était un devoir pour le peuple turc de prendre sa place honorable parmi les peuples civilisés et de travailler ensemble pour une paix durable dans le monde. “Nous vivrons, disait-il, dans la sphère de la civilisation comme une nation rénovée et progressiste. “Nos pensées, notre mentalité doivent être civilisées de fond en comble.” “Notre nation montrera par son écriture, par son cerveau qu’elle est aux côtés de tout le monde civilisé”..

Et en tant qu’un pacifiste convaincu et convaincant, Atatürk disait: “Tant que la vie de la nation n’est pas en danger, la guerre est un crime”. Il voulait que les nations civilisées prennent des mesures “les plus efficaces” contre la guerre et contre l’agresseur. Par ses actes, Atatürk montra sa fidélité à ses principes de politique étrangère, et, jusqu’à sa mort il resta comme un grand facteur de paix, aimé et respecté.

ATATÜRK ET LA HONGRIE

Le mouvement national turc à la suite de la première Guerre mondiale, la révolte patriotique du peuple turc contre la politique colonialiste de l’Entente envers la Turquie, et la Guerre de l’indépendance turque sous la direction de Mustafa Kemal pacha, furent suivis en Hongrie avec un grand intérêt et avec une sympathie générale bien compréhensible. Alliés et compagnons d’armes pendant la Guerre générale, unis à l’un l’autre par les liens de parenté et d’amitié séculaire, les Turcs et les Hongrois étaient également les vaincus malheureux de la guerre et les victimes humiliées des traités de paix les plus injustes et les plus sévères. Le Traité de Trianon imposé au Gouvernement de Budapest en 1920, privait, en effet, la Hongrie d’une grande partie de ses territoires et de ses droits nationaux; de l’autre côté, le Traité de Sèvres signé par le gouvernement du Sultan mais qui n’a jamais été ratifié, il était, d’après l’expression d’Atatürk, “un arrêt de mort” pour le peuple turc. La résistance héroïque de ce dernier contre le dictât de Sèvres et sa volonté inébranlable pour une vie honorable et indépendante, attirait naturellement l’attention et l’adrniration de la Hongrie dont la situation géographique et politique ne permettait pas à une pareille résistance contre les dispositions du Traité de Trianon.

Mais, malgré leur sympathie pour la juste cause turque, les Hongrois ne pouvaient pas se solidariser ouvertement avec leurs frères d’Anatolie. Car, la Hongrie s’était engagée, par le Traité de Trianon, à reconnaître la pleine valeur du Traité de Sèvres et à agréer ses dispositions concernant le partage des territoires ottomans. La Hongrie, comme les autres vaincus de la Guerre générale, était privée aussi de sa liberté de nouer des relations normales avec la Turquie, et de ce fait, on ne pouvait pas espérer durant la Guerre de l’indépendance turque, des contacts suffisants entre Budapest et Ankara. Pour que les Hongrois puissent exprimer ouvertement et librement leurs sentiments de sympathie et d’admiration envers Mustafa Kemal et sa lutte, il fallait attendre jusqu’à la victoire finale des armées nationales turques et jusqu’à l’écroulement du système de Sèvres.

A la suite de la grande victoire militaire en Anatolie, les admirateurs hongrois de Mustafa Kemal (Atatürk) décidèrent, en effet, d’exprimer hautement leurs enthousiasmes et leurs sentiments de profonde sympathie envers le généralissime turc victorieux et de lui présenter un précieux sabre hongrois, un sabre d’honneur. Le député et l’ancien Président du Conseil des Ministres hongrois, M. Etienne Friedrich, fut chargé de cette mission spéciale. Porteur du sabre d’honneur et d’un message amical de ses compatriotes, il est arrivé, le 17 mars 1923, à tzmir, espérant y trouver le généralissime turc. Mais à cette date Mustafa Kemal pacha était en voyage dans l’intérieur du pays, et, informé par le Vali d’tzmir de l’arrivée de M. Friedrich, il lui a donné télégraphiquement un rendez-vous pour le 23 mars à Afyon, où il a reçu l’envoyé spécial hongrois qui lui a présenté le sabre d’honneur [1].

Atatürk était profondément touché de ce geste de solidarité de la part des Hongrois à un moment difficile pour la Turquie. La Turquie était encore entre la guerre et la paix, car les négociations de paix à Lausanne étaient ajournées ou interrompues le 4 février et la paix ne paraissait pas tellement proche. Les Hongrois avaient choisi ce moment difficile, où la Turquie se sentait assez isolée et délaissée par certains amis intéressés, pour dire à Mustafa Kemal pacha que par leurs coeurs ils étaient derrière lui et le soutenaient chaleureusement.

M. Etienne Friedrich retourna à Budapest avec un message et avec une photographie dédicacée d’Atatürk adressé au Parlement et au peuple hongrois. Le 24 juillet, c’est-à-dire le jour de la signature du Traité de Paix de Lausanne, il prononça un discours devant le Parlement hongrois où il disait entre autres ceci:

“Il est impossible que la loyauté que nous avons pour l’Entente soit aussi grande qu’il ne se trouve pas au Parlement hongrois des députés ayant le courage de féliciter la Turquie des résultats de ses magnifiques efforts. La Turquie a combattu dès la conclusion de la Paix, malgré l’oppression de l’Entente d’une manière tellement splendide pour sa liberté qu’elle devra servir d’exemple à toutes les nations vaincues...

“La démocratie la plus large règne en Turquie, continuait-il, on ne saurait s’imaginer des élections plus honnêtes que celles qu’en Turquie. Un député turc qui parlerait autrement à ses électeurs que plus tard au Parlement sera perdu. Le mensonge politique est considéré comme le plus grand crime... Nous devons regarder vers la Turquie, car une démocratie occidentale n’existe pas...”

Ceci dit, le député Etienne Friedrich communiqua au Parlement hongrois le message de Mustafa Kemal pacha ainsi conçu:

“Tandis que nos frères hongrois sont arrivés lors des migrations des peuples au Danube, nous sommes restés en Asie Mineure. Ainsi nous fûmes séparés et ce n'est que par voie de message que nous pouvons communiquer. Nous n’oublierons jamais que nos frères hongrois sont venus nous voir ici, même sur le champ de bataille. Ma réponse est la suivante: La voie droite, l’inflexibilité, et le sacrifice de soi-même, mènent à la victoire. Ne vous découragez pas, car l’avenir est à celui qui espère et qui a de la volonté. Je garderai le sabre hongrois jusqu’à ma dernière heure. Je sais que plusieurs millions de Hongrois sont assujettis à un esclavage qui leur est indigne. Mais leur temps va venir comme le nôtre est venu. Je souhaite à l’Assemblée Nationale hongroise un travail prospère, et lorsque les tempêtes actuelles se calmeront je rendrai la visite. "[2]

Ce message d'Atatürk fut accueilli au Parlement hongrois avec de longs applaudissements et acclamations.

Le 18 décembre 1923, c’est-à-dire quelques semaines après la proclamation de la République en I urquie, fut signé le I raité d Amitié entre la Hongrie et la Turquie. La Hongrie n’avait même pas attendu la mise en vigueur du Traité de Paix de Lausanne et fut l’un des premiers pays européens qui ont conclu un tel traité avec la nouvelle Turquie.

La base de futures relations normales entre les deux pays ainsi posée, la Hongrie a nommé son premier Envoyé et Ministre plénipotentiaire auprès de la République turque en la personne de M. Ladislas Tahy de 1 ahvar et Tarkeô, le 7 février 1924, toujours avant la mise en vigueur du Traité de Lausanne. Les lettres de créance de l’Envové hongrois mentionnaient les “sentiments fraternels” entre les peuples turcs et hongrois. Le Gouverneur du Royaume de Hongrie l’Amiral Nicolas Horthy de Nagybanya y disait notamment ceci:

“Ayant à coeur de maintenir et de fortifier les liens de bonne harmonie, qui viennent d’être créés entre le Royaume de Hongrie et la République turque par le traité d’amitié récemment conclu et pénétré de la conviction que l’établissement des relations diplomatiques entre les deux Gouvernements répond aux sentiments fraternels que la nation hongroise ressent à l’égard de l’héroïque nation turquej’ai fait choix de Monsieur Ladislas Tahy de Tahvar et Tarkeô, docteur en droit, pour me représenter auprès de Votre Excellence en qualité d’Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire....

“En lui ordonnant d’offrir à Votre Excellence les assurances de ma sincère affection, je lui ai recommandé de se faire l’interprète de l’admiration que m’inspirent les glorieux faits d’armes grâce auxquels Votre Excellence a réussi à poser des bases solides à l’avenir de la Turquie...” [3]

S.A.S. Nicholas Horthy a adressé également une lettre privée à Gazi Mustafa Kemal datée du 27 février 1924. Ce document historique était ainsi rédigé:

“C’est avec la plus grande sympathie et une profonde admiration que le peuple hongrois et moi suivons les efforts remarquables par lesquels la nation soeur I urque fait preuve de son patriotisme traditionnel et de la vigueur de sa race sous l’égide vaillante de Votre Excellence.

“Malgré les luttes acharnées des guerres qui remplissaient presque une décade, la nation Turque, toujours prête aux plus grands sacrifices pour la patrie, a su poser — grâce à son endurance digne d’un passé glorieux — les bases solides d’un avenir prospère.

“Je saisis la première occasion de m’adresser à Votre Excellence pour L’assurer de mes sympathies les plus sincères, ainsi que de celles de toute la nation hongroise.

“Quand Votre Excellence recevra ma présente lettre, le premier Ministre de Hongrie accrédité auprès de Votre Haute Personne, Vous aura déjà remis ses lettres de créance. Par ce fait un voeu ardent de tous les Hongrois sera réalisé.

‘Les stipulations des Traités nous ont malheureusement empêchés de rétablir les relations diplomatiques avec Votre pays à une date antérieure, ce qui aurait été le plus vif désir à nous tous. Mais je suis pénétré de la conviction inébranlable que dès maintenant les liens de parenté et nos anciens rapports qui trouvent leurs origines communes dans les siècles les plus reculés, ne peuvent que resserrer l’amitié et la coopération inaltérable des deux nations.

“Les années de ma carrière passées dans les eaux turques resteront pour toujours les plus beaux souvenirs de ma vie et ce sont justement ces souvenirs qui donnent la chaleur à mon attachement au beau pays et au vaillant peuple turc.

“Animé de ces sentiments cordiaux, je présente à Votre Excellence mes salutations et La prie de vouloir bien agréer les bons voeux que je forme pour le bonheur de la nation Turque, ainsi que de celui de Votre Haute Personne.

“Le bon ami de Votre Excellence
(Signé) HORTHY”[4]

Cette lettre amicale était remise à Atatürk par le Ministre Hongrois, le 11 mai 1924, lors de la présentation des lettres de créance de ce dernier au Président de la République turque. Le 30 mai 1924 Atatürk a adressé au Gouverneur du Royaume de Hongrie la réponse suivante:

“Monsieur le Gouverneur,

“Monsieur Tahy de Tahovary m’a remis la lettre amicale que Votre Altesse Sérénissime m’a fait l’honneur de m’adresser en date du 27 février. Les sentiments de joie que j’ai éprouvés de recevoir le premier Ministre Plénipotentiaire Hongrois a été redoublés par la réception de cette missive.

“Je suis très sensible aux témoignages de sympathie que vous voulez y prodiguer à l’égard de la nation turque tant de votre part qu’au nom de la nation soeur hongroise.

“J’ai eu une vive satisfaction de voir se rétablir entre les deux nations soeurs et depuis des siècles amies, des relations diplomatiques directes.

“Admirateur sincère de la nation hongroise dont j’apprécie hautement les qualités morales et intellectuelles, je ne négligerai rien pour resserrer encore davantage les liens d’amitié séculaire qui existent si heureusement entre nos deux pays.

“Veuillez, je vous prie, Monsieur le Gouverneur, croire à la sincérité des voeux que je forme pour la prospérité de la Hongrie ainsi que pour le bonheur de Votre Haute Personne.

Votre bon ami
Ghazi Moustafa Kémal” [5]

Avant de recevoir cette lettre responsive l’Amiral Horthy avait reçu le 9 mai le premier Ministre Plénipotentiaire de la République turque auprès du Royaume de Hongrie, Rıdvanbeyoğlu Hüsrev Bey (Gerede), qui soulignait de son côté les liens de parenté entre les deux peuples. Lors de la présentation de ses lettres de créance il avait dit qu’il était “très flatté d’être le premier Représentant de la nouvelle Turquie indépendante auprès de la noble nation hongroise à laquelle elle est fière d’ètre unie par le sang et des souvenirs à jamais mémorable.” [6] Le Gouverneur du Royaume de Hongrie lui répondait en ces termes:

“La conscience des liens du sang et de l’amitié traditionnelle qui unissent nos deux peuples, redouble la joie que nous éprouvons en saluant en Votre personne le premier Représentant de la jeune République turque.” [7]

Le 11 mai 1924, M. Ladislas Tahy, Ministre de Hongrie en Turquie, présenta ses lettres de créance à S.E. Ghazi Mustafa Kemal (Atatürk). Lors de cette cérémonie M. Tahy prononça une allocution en ces termes:

“Fier de la mission qui m’est échue d’être auprès de la nation soeur le premier représentant de mon pays, j’apporte à Votre Excellence, de la part de Son Altesse Sérénissime le Gouverneur du Royaume de Hongrie, l’assurance de sa haute estime et de sa sincère amitié. Je me fais l’interprète, en même temps, de la nation hongroise, pour Vous dire, quelle amitié chaleureuse et quelle profonde admiration elle ressent pour la Turquie qui, par une lutte héroïque, fit triompher sa cause et jeta les bases de sa renaissance glorieuse.

“La Hongrie admire profondément la nation turque comme modèle de fervent patriotisme et d’énergie persévérante, et forme des voeux ardents pour son bonheur et sa prospérité.” [8]

Puis le Ministre hongrois ajoutait qu’il “aurait particulièrement à coeur de travailler, de toutes ses forces, dans l’intérêt des deux pays, au développement de leurs rapports intellectuels et commerciaux”.

Atatürk répond au réprésentant hongrois par le discours suivant: “Monsieur le Ministre,

“C’est avec une vive satisfaction que je reçois de Vos mains les lettres de créance, par lesquelles Son Altesse Sérénissime le Gouverneur du Royaume de Hongrie a bien voulu Vous accréditer auprès de moi en qualité d’Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire.

“Je suis profondément touché de l’assurance que Vous me donnez de sa part au sujet de ses sentiments d’amitié à mon égard, ainsi que des sentiments et des voeux fraternels que vous venez d’exprimer au nom de l’héroïque nation hongroise, pour laquelle la nation turque nourrit des sentiments de réelle amitié.

“Je partage entièrement votre conviction de voir grâce à vos efforts se resserrer encore davantage les liens de bonne harmonie qui unissent si heureusement les deux Pays. Soyez persuadé, Monsieur le Ministre, que vous trouverez auprès de moi un constant appui dans l’accomplissement de votre haute mission.

“En vous priant de faire parvenir à Son Altesse Sérénissime le Gouverneur du Royaume de Hongrie l’expression de la haute estime et de sincère amitié qui m’animent à son égard, je vous souhaite la bienvenue parmi nous. " [9]

C’est ainsi qu’ont commencé, au temps d’Atatürk, les relations d’amitié entre la Hongrie et la nouvelle Turquie, et, depuis lors elles se développent toujours.

EK:1

TÜRKİYE REİSİCUMHURU GAZİ MUSTAFA KEMAL PAŞA’DAN, MACARİSTAN KRALİYETİ GUVERNÖRÜ AMİRAL HORTHY HAZRETLERİNE.

Muhibbi Hâlis ve Muazzezim,

Memleketeyn beyninde mevcut revabıtı samimiye ve muhadenetkâranenin takviyesi zımnında münasebatı daimei diplomasiye- nin tesisi emel ve arzui halisanesile Türkiye Büyük Millet Meclisinde Urfa Mebusu Hüsrev Beyi nezdi Fehimanelerine Fevkalâde Murahhas Orta Elçi sıfatile tayin eyledim. Müşarünileyhin muttasıf olduğu dirayet, fatanet ve mezayai sairesi vezaifi cedidcsini hüsnü ifaya muvaffak olacağında şüphe bırakmamaktadır. Gerek Türkiye Cumhuriyeti namına tarafından vukubu- lacak tebligata ve gerek Zatı Fehimaneleri hakkında perverde eylediğim hissiyat ve meveddeti halisaneye dair ita eyleyeceği teminata izharı vüsûk ve itimad buyurulmasını ve memuriyeti âliyesinin hüsnü ifası emrinde mazharı müzaheret olmasını rica ederim.

Ankara’da bin üç yüz kırk senesi Nisanın beşinci günü tastir kılındı.

D.B.A. — MÛT. 1/94

EK: 2

GHAZİ MOUSTAFA KEMAL, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TURQUE, A SON ALTESSE SERENISSIME L’AMIRAL HORTHY, GOUVERNEUR DU ROYAUME DE HONGRIE.

(Traduction)

Bon et Cher Ami,

Animé du désir d’établir les relations diplomatiques directes en vue de consolider les liens sincères et amicaux existant entre les deux pays, J’ai décidé d’accréditer auprès de Votre Altesse Sérénissime, Husrew Bey, Député d’Ourfa à la Grande Assemblée Nationale de Turquie, en qualité d’Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire. Le talent et l’habilité ainsi que les autres qualités qui le distinguent ne me laissent aucun doute qu’il remplira ses nouvelles fonctions avec pleins succès.

Je prie Votre Altesse Sérénissime d’ajouter foi et créance entières à toutes les communications qu’il aura l’honneur de faire à Votre Altesse Sérénissime au nom de la République Turque ainsi qu’aux assurances qu’il Lui donnera au sujet des sentiments de sincère amitié que Je nourris à l’égard de Sa Haute Personne, et de vouloir bien lui accorder Son puissant appui dans l’accomplissement de la haute mission qui lui est confiée.

Fait à Angora, le 5 avril 1340 (1924).

D.B.A. — MÛT. 1/94

EK: 3

DISCOURS DE S.E. HUSREV BEY, MINISTRE DE TURQUIE A BUDAPEST, A.S.A.S. L’AMIRAL HORTHY, GOUVERNEUR DU ROYAUME DE HONGRIE.

Budapest, le 9 mai 1924 Altesse Sérénissime,

J’ai l’honneur de remettre entre les mains de Votre Altesse Sérénissime les lettres par lesquelles le Maréchal Ghazi Moustapha Kémal Pacha a bien voulu m’accréditer auprès de Votre Altesse Sérénissime en qualité d’Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire de la République Turque.

Très flatté d’être le premier Représentant de la nouvelle Turquie indépendante auprès de la noble nation hongroise à laquelle elle est fière d’être unie par le sang et des souvenirs à jamais mémorables, je m’empresse d’assurer V. A.S. que je déploierai tous mes efforts pour le développement des relations si heureusement établies entre les deux Pays afin de les rendre dignes des sentiments de cordialité et de sincère amitié qui animent les deux peuples hongrois et turc.

Je suis sûr que V.A.S. ainsi que le Gouvernement Royal voudront bien m’accorder leur concours bienveillant pour faciliter, dans l’intérêt commun, l’accomplissement de ma tâche que je considère aussi noble qu’agréable.

D.B.A. — MÛT. 1/94.

EK: 4

REPONSE DE S A S. L’AMIRAL HORTHY, GOUVERNEUR DU ROYAUME DE HONGRIE, A S.E. HUSREV BEY, MINISTRE DE TURQUIE A BUDAPEST.

Budapest, le 9 mai 1924 Monsieur le Ministre,

C’est avec un vif plaisir que je reçois de Vos mains les lettres de créance par lesquelles Son Excellence le Président de la République Turque Vous accrédite en qualité d’Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire auprès de ma personne.

La conscience des liens du sang et de l’amitié traditionnelle qui unissent nos deux peuples, redoublent la joie que nous éprouvons en saluant en Votre ’

personne le premier Représentant de la jeune République Turque.

La Hongrie désirant donner à ses relations avec Votre noble nation l’empreinte de la cordialité qui correspond à ses sentiments autant qu’à ses intérêts et aux souvenir d’une gloire inoubliable, V ous pourrez, Monsieur le Ministre, toujours compter sur l’appui le plus empressé du Gouvernement Royal Hongrois, ainsi que sur mon entière confiance.

Soyez le bienvenu parmi nous.

D.B.A. — MOT. Iİ94-

EK: 5

DISCOURS DE M. LADISLASTAHY, MINISTRE DE HONGRIE EN TURQUIE, A S.E. GAZI MUSTAFA KEMAL, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TURQUE.

Ankara, le 11 mai 1924 Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de remettre entre Vos mains les lettres de créance qui m’accréditent auprès de Votre Excellence en qualité d’Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire du Royaume de Hongrie.

Fier de la mission qui m’est échue d’être auprès de la nation soeur le premier Représentant de mon pays, j’apporte à Votre Excellence, de la part de Son Altesse Sérénissime le Gouverneur du Royaume de Hongrie, l’assurance de Sa haute estime et de Sa sincère amitié. Je me fais l’interprète, en même temps, de la nation hongroise, pour Vous dire, quelle amitié chaleureuse et quelle profonde admiration elle ressent pour la Turquie qui, par une lutte héroïque, fit triompher sa cause et jeta les bases de sa renaissance glorieuse.

La Hongrie admire profondément la nation turque comme modèle de fervent patriotisme et d’énergie persévérante, et forme des voeux ardents pour son bonheur et sa prospérité.

Dans l’exercice de mes fonctions, j’aurai particulièrement à coeur de travailler, de toutes mes forces, dans l’intérêt des deux pays, au développement de leurs rapports intellectuels et commerciaux.

J’ai la ferme conviction que ce travail pacifique et le souvenir des efforts et des sacrifices communs fortifieront encore davantage les liens de bonne harmonie qui unissent si heureusement nos pays.

Quant à moi, je ne négligerai rien pour y contribuer, et j’ose compter à cette fin sur le bienveillant et puissant appui de Votre Excellence.

D.B.A. — Macaristan. 1130 — D.l. a.2.

EK: 6

MACARİSTAN’IN TÜRKÎYE ELÇİSİ MÖSYÖ LADISLAS TAHY’NİN, İTİMATNAMESİNİ TÜRKİYE CUMHURRElSl GAZİ MUSTAFA KEMAL HAZRETLERİNE TAKDİM ETTİĞİ SIRADA OKUDUĞU NUTUK.

(Çeviri)

Ankara, 11 Mayıs 1924 Reisicumhur Hazretleri,

Nezdi Alii Riyasetpenahilerine Macaristan Krallığının Fevkalâde Murahhas ve Elçisi sıfatile tayinimi mutazammın itimadnameleri yed’i Riyasetpenahilerine tevdi etmekle iktisabı fahr eylerim.

Hemşire millet nezdinde memleketimin ilk mümessili bulunmak vazifesinin uhdeme müfevvez olmasından dolayı mağruren Macaristan Krallığı Guvernörü Hazretlerinin hürmeti Âliye ve meveddeti samimiyesi teminatını getiriyorum. Aynı zamanda kahramanane bir mücahede ile dâvasını zafere isal ve şanlı teceddüdünün temellerini vaz’ ve tesis etmiş olan Türkiye hakkında Macar milletinin ne derece bir meftuniyet ve ne har bir muhadenet perverde ettiğini Zatı Riyasetpenahilerine arz için Macar milletine tercüman oluyorum.

Macar milleti Türk milletine ateşin vatanperverliğin, sebatkâr azim ve iradenin timsali gibi ansamim meftundur ve saadet ve refahı için har temenniyatta bulunmaktadır.

Vezaifi memuriyetimin hüsnü ifasında her iki milletin nefine, harsı ve ticari münâsebetlerinin tekâmülüne bütün kuvvetimle çalışmayı hassaten emel edineceğim.

Bu say’ müsalemet perverane ile müşterek mesai ve fedakârlıklar hâtırasının memleketlerimizi teyemmünen yekdiğerine rapteden revabıtı vifak ve vidâdı bir kat daha takviyetpezîr eyleyeceğine kuvvetli kanaatim vardır.

Kendime gelince bu gayeye hizmet hususunda hiçbir şeyi deriğ etmeyeceğim ve bu emirde Zatı Alii Riyasetpenahilerinin müzahereti hayırhahane ve kaviyyesine güvenmeğe cesaretyab olmaktayım.

D.B.A. — Macaristan, t I jo — D.l. a.2.

EK: 7

TÜRKİYE REtSİ CUMHURU GAZİ MUSTAFA KEMAL HAZRETLERİNİN MACAR ELÇİSİ MÖSYÖ LADISLAS TAHY HAZRETLERİNE CEVABÎ NUTKU.

Ankara, n Mayıs 1924 Sefir Efendi,

Macar Krallığı Guvernörünün Zatı Âlinizi Fevkalâde Murahhas Elçi sıfatile nezdime memur buyurduklarını müşir itimatnameleri yed'inizden büyük bir mahzuziyet ile tesellüm ediyorum.

Müşarünileyhin hakkımdaki hissiyatı meveddetkâranesine mütedair teminattan ve kahraman Macar milleti namına izhar eylediğiniz hissiyat ve temenniyatı biraderaneden ansamim mütehassis oldum. Türk milleti de Macar milleti hakkında hakiki dostluk hisleri perverde etmektedir.

Memleketeyn beyninde teyemmünen mevcut revabıtı vifak ve ahengin mesainiz sayesinde bir kat daha takviyetpezir olacağı hakkındaki kanaatını- za tamamile iştirak etmekteyim. Memuriyeti âliyenizin emri ifasında nezdimde müstemirren mazharı müzaheret olacağınızdan emin olunuz.

Macar Krallığının Guvernörü Hazretleri hakkında beslediğim yüksek hürmet ve samimî meveddeti kendilerine iblağ etmenizi rica eder ve Zatı Sefiranelerine beyanı hoşamedi etmekle iktisabı mesârr eylerim.

D.B.A. — Macaristan t/jo. D.l. a.2.

EK: 8

REPONSE DE S.E. GAZÎ M. KEMAL, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE TURQUE, A S.E.M. LADISLAS TAHY, MINISTRE HONGROIS EN TURQUIE.

(Traduction)

Ankara, le 11 mai 1924 Monsieur le Ministre,

C’est avec une vive satisfaction que je reçois de Vos mains les lettres de créance, par lesquelles son Altesse Serenissime le Gouverneur du Royaume de Hongrie a bien voulu Vous accréditer auprès de moi en qualité d’Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire.

Je suis profondément touche de l’assurance que Vous me donnez de Sa part au sujet de Ses sentiments d’amitie a mon égard, ainsi que des sentiments et des voeux fraternels que Vous venez d’exprimer au nom de l’héroïque nation hongroise, pour laquelle la nation turque nourrit des sentiments de réelle amitié.

Je partage entièrement Votre conviction de voir grâce a Vos efforts se resserrer encore davantage les liens de bonne harmonie qui unissent si heureusement les deux Pays. Soyez persuadé, Monsieur le Ministre, que Vous trouverez auprès de moi un constant appui dans l’accomplissement de Votre haute mission.

En Vous priant de faire parvenir à Son Altesse Sérénissime le Gouverneur du Royaume de Hongrie l’expression de la haute estime et de sincere amitié qui m’animent à son égard, je vous souhaite la bienvenue parmi nous.

D.B.A. Macaristan. 1/30. D.l. a.2.


Dipnotlar

  1. 1 Archives des Affaires étrangères de Turquie, Ankara ,AAET.: /. Hediyeler “Macar Milleti tarafından Başkumandan Gazi Mustafa Kemal Paşa Hazretlerine verilen kılıncı teslime memur M. Friedrich” Traduction du hongrois faite par la Légation de Turquie à Budapest.
  2. 2 Ibid.
  3. 3 AAET, Macaristan. / /50, D. /., a.2.: Nie hol as Horthy de Nagybanya au Ghazi Mustafa Kemal pacha, Budapest, Palais Royal, le 7.2.1924 (Lettres de créance de M. Ladislas Tahy).
  4. /W.:Nicholas Horthy de Nagybanya à Mustafa Kemal pacha, lettre privée, Fait à Budapest, le 27 Février 1934.
  5. /W.Ghazi Mustafa Kemal pacha à S.A.S. l’Amiral Horthy, Lettre privée. Angora, le 30 mai 1924.
  6. AAET. MÛT. 1/94: L’Allocution de S. E. HusrevBey, Ministre de Turquie à Budapest, à S.A.S. l’Amiral Horthy, Gouverneur du Royaume de Hongrie. Budapest, le 9 mai 1924.
  7. Ibid.:Réponse de S.A.S. l’Amiral Horthy à S.E. Husrev Bey, Budapest, le 9 mai 1924.
  8. AAET. Macaristan. 1/30. D. i,a.a: Allocution de M. Ladislas Tahy, Ministre de Hongrie en Turquie, à S.E. Gazi Mustafa Kemal, Président de la République Turque. Ankara, le 11 mai «9’4-
  9. Ibid.: Réponse de Mustafa Kemal pacha à M. Ladislas Tahy, Ankara, le 11 mai 1924.

Şekil ve Tablolar