YAHYA AKYÜZ

Abstract

Depuis quelques années, en France, se manifeste la tendance à utiliser le journal à l’école comme instrument d’enseignement. Μ. René Haby, ministre français de l’Education y attache beaucoup d’importance et considère l’utilisation de la presse en classe comme une “ouverture de l’école aux réalités du monde moderne”, ce qui a été défini comme l’un des objectifs de la réforme pédagogique française. L’introduction du journal en classe donne lieu en ce moment en France à la publication d’une multitude d’articles et de livres, car cela est considéré comme une nouveauté intéressante. Or, il y a plus d’un siècle, un maître secondaire turc, Ali Suavî, avait parlé de la nécessité de faire lire aux élèves des journaux et avait envoyé, régulièrement et gratuitement, à des écoles, le journal Muhbir qu’il publiait.

Ali Suavî (1839-1878) est un penseur, journaliste et maître d’école de l’époque dite “Tanzimat”. Il enseigna dans beaucoup d’écoles et dirigea pendant un an, comme chef d’établissement, le lycée de Galatasaraï où l’enseignement se faisait et d’ailleurs se fait encore en français. Il fut tué au cours d’un coup de main qu’il avait organisé contre le palais impérial pour renverser le régime monarchique.

Il publia le Muhbir en 1867, dans le premier numéro duquel il parle de la nécessité de connaître ce qui se passe dans le monde “devenu si petit grâce au développement des moyens de transport et de communication”. Il parle avec éloge du journal en général, invention culturelle étonnante, “remarquable phénomène”. Il promet d’envoyer à une quinzaine d’écoles le Muhbir dans lequel il traite de questions politiques, culturelles très importantes. Il fait appel aussi aux “personnes bienveillantes” leur demandant d’abonner les écoles à son journal. Nous apprenons dans le troisième numéro du Muhbir qu’un lecteur y abonna une école secondaire d’une petite ville d’Anatolie.

En préconisant la lecture du journal à l’école et en y introduisant le Muhbir, Ali Suavî faisait valoir “les nécessités de l’époque”, tout comme aujourd’hui, le ministre français de l’Educalion parle de “l’ouverture de l’école par la presse aux réalités du monde moderne”. Ali Suavî voulait aussi, par ce moyen, combattre, à long terme et le régime monarchique et le système éducatif de l’époque, système essentiellement religieux et strictement fermé au monde extérieur. . .